Le charlatan (W.L. Gresham – Série Noire)

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W.L. Gresham, roman­cier états-unien connu surtout pour ce seul roman Le charla­tan, a eu un parcours assez étonnant : marxiste convain­cu, il s’engage pendant la guerre d’Espagne, rentre au pays pour travailler dans les magazines pulps avant que le succès du Charla­tan ne lui permette de vivre de sa plume – et de laisser tomber le marxisme. Adepte des tours de magie, ami des forains, il ressemble beaucoup à son person­nage Stan Carlisle, en moins angois­sé on peut l’espé­rer.

Carlisle a fuit un père autori­taire et une mère volage pour une tournée foraine où son goût pour les tours de magie trouve son public. Le numéro de voyante d’une de ses confrères va lui donner des idées et sa capaci­té à scruter l’âme des gens lui ouvre une carrière de médium de music hall puis de médium tout court.

Les commen­taires que j’avais lu rapide­ment mettaient en avant le côté freaks de la première partie du roman mais ce n’est qu’une des nombreuses compo­santes d’un récit assez étonnant et construit de manière relati­ve­ment éclaté, le lecteur suivant le parcours de Carlisle à partir de plusieurs points de vue.
Pour le coup, c’est un vrai roman ”noir”. Le person­nage princi­pal ne s’aime pas et n’aime pas l’Huma­ni­té dans son ensemble, exploi­tant sans vergogne les faiblesses de son entou­rage, aveugle à ce qui le motive et perpé­tuel­le­ment insatis­fait, s’appuyant sur les femmes pour avancer avant de tomber. On assiste litté­ra­le­ment à la naissance d’une petite ordure qui croise­ra plus méchant que lui.

La préface de de Jean-Pierre Deloup insiste lourde­ment sur le chapi­trage en forme de carte de tarot et cherche un symbo­lisme qui n’est à mon avis qu’un gros clin d’œil ironique puisque tout le roman s’attache à démon­ter les systèmes de pensée symbo­listes. La postface de Philippe Garnier s’attarde surtout sur le film qui a été tiré du livre que je n’ai jamais eu l’occa­sion de voir et qui semble assez culte même si Zanuck, le produc­teur, a tenté de gommer la noirceur sans conces­sion du récit.

Un excellent roman où Gresham parle avec un humour noir des milieux qu’il connaît bien : les forains états-uniens, le music-hall, les délires parapsy­cho­lo­giques – un thème central que la quatrième de couver­ture évite avec prudence. Dommage que l’expli­ca­tion psycho­lo­gique soit un peu trop appuyée comme c’était la mode à l’époque.

À remar­quer que le terme ”geek” utili­sé dans le roman décri­vant un pauvre type qui égorge à pleine dent des poulets en public – traduit maladroi­te­ment par ”vampire” dans le roman – semble être à l’ori­gine du ”geek” tel qu’on l’uti­lise de nos jours. On est passé d’un type à moitié fou qui s’exclut de la socié­té à la grosse tête scien­ti­fique qui plane puis à la personne férue d’infor­ma­tique et de culture fantasy/​SF facile.

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2 commentaires

  • Sur l’ori­gine du ”geek”,
    dixit wikipe­dia :
    Au XVIIIe siècle, dans l’Empire austro-hongrois, les cirques ambulants présen­taient déjà des gecken, des monstres de foire (personnes avec des défor­ma­tions, femmes à barbe, etc.). De nombreux arrêtés munici­paux inter­di­saient à ces bateleurs de pénétrer dans les villes avec leurs monstres ou les obligeaient à les faire coucher avec les bêtes dans les granges. Vers la fin du XIXe siècle, en Amérique du Nord, dans les foires, on a commen­cé à présen­ter des geek dans les side-shows, ces exposi­tions annexes aux spectacles de cirque.

    Tout ça vient d’un terme allemand désignant un fou ou un idiot du village.

    Ce sera ma contri­bu­tion à ce sujet :)

    • Moi aussi je suis allé lire ça :-) Mais j’ai préfé­ré me limiter à la version US. Parce qu’ils parlent même des ”Gilles” des carna­vals – ça va loin.

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