Le jour où Cabanes est devenu le meilleur dessinateur au monde

J’ai chroni­qué il y a longtemps Dans les villages de Max Cabanes et j’ai eu envie de relire la suite, à savoir L’Anti-Jôle et La Crognotte rieuse, tous les deux publiés origi­nel­le­ment chez Dargaud. J’en suis ressor­ti un peu perplexe en me deman­dant si j’avais vraiment lu ces albums au moment de leur achat. Je ne sais pas si l’on peut résumer ce qui n’est qu’une suite de courses éperdues pleines de créatures bizarres évoluant dans une réali­té alter­na­tive du Sud de la France. Deux, puis trois petits person­nages tout nus essaient de retrou­ver leurs amis dispa­rus et croisent des dangers étranges.

anti jole cabanes couv

Je ne sais pas ce que Cabanes avait en tête avec ce récit mais on a l’impression qu’il est plongé dans un rêve qu’il s’applique à repro­duire sans que le lecteur puisse appré­hen­der la moindre logique. Le délire de l’ensemble a trouvé un public (de fumeurs d’herbe qui fait rire ?) mais je pense que c’est le dessin qui a rendu les gens complè­te­ment zinzin. 

crognote rieuse cabanes couv

Il faut dire que Cabanes bosse de manière méticu­leuse des cases pleines d’ombres portées rendues à la plume méticu­leu­se­ment, provo­quant la rencontre étonnante d’un décor méditer­ra­néen repro­duit avec amour et de scènes oniriques inquié­tantes et rigolardes à la fois (ce qui est très fort, il faut bien le recon­naître). Les premières planches de La Crognote sont à tomber par terre par leur rendu et ce qu’elles repré­sentent (je crois que c’est encore mieux si on ne connait pas l’histoire). J’ai l’impression que Lidwin a essayé de retrou­ver cet espèce de miracle visuel dans SON album. 

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12 commentaires

  1. Ah tiens je vois sur wikipé­dia que les humanos ont publié une intégrale des 4 tomes en 2003… Et que Cabanes a ensuite publié 3 autres volumes situés plus ou moins dans le même univers chez Dupuis. Tu n’es donc pas à jour :D

  2. L’album est incroyable, j’ai déniché la version Humanos pour une bouchée de pain en 2017, mais j’ai bien peur qu’on ait déjà eu cette conver­sa­tion sur ton article ”dans les villages”.

  3. C’est exacte­ment comme la vie, les histoires qui arrivent dans les villages de Cabanes. On a des copains qui partent en avant et qu’on n’arrive pas rattra­per, alors on se sent perdu, on est coursé par des jôles et des anti-jôles, on se fait traiter de pichette par la première chena­pouille venue, tous les gens qu’on rencontre disent des choses bizarres, et un jour on se rend compte que tout est parti de travers à cause de grandes personnes qui n’arri­vaient plus à rêver ce qu’elles auraient dû rêver. Et quand Cabanes arrête de dessi­ner nos histoires, il n’y a plus qu’à essayer de revenir en arrière, mais c’est pas facile, on a l’impres­sion qu’il manque­ra toujours des pages.

  4. L’anti-Jôle, la Crognote Rieuse et le Rêveur de Réali­té m’ont fait une vive impres­sion quand je les ai lu ado. Vrai, son dessin était à tomber et a influen­cé durable­ment quelques contem­po­rains (coucou Loisel) mais c’est surtout l’his­toire qui me trans­por­tait, cette impres­sion d’être ailleurs et ici en même temps. Oui, on n’obtient pas toutes les réponses et expli­ca­tions mais ça ne me dérange pas, le voyage valait le détour. J’ai pas lu la suite chez Dupuis et j’ai sans doute tort. J’ai bien aimé ses bouquins autobio aussi, oui il y a un peu de cul et alors ? C’est sa vie qu’il raconte, jamais eu l’impres­sion d’une complai­sance ou autre.

    • Je ne me rappelle plus trop le concept de Colin Maillard mais il y avait beaucoup d’enfants impli­qués dans des jeux sexuels et même avec des adultes sans qu’il y ait un quelconque recul là-dessus. Pour les chats, je ne pense pas que ce soit du vécu, non ?

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