
Complètement sfar
Richard Adams (1920 – 2016) a quelque peu galéré pour écrire ce roman inclassable, puis pour trouver un éditeur. Ceux qui ont refusé doivent encore s’en mordre les doigts puisque c’est devenu un classique de la littérature anglo-saxonne.
Les lapins vivent dans des garennes et il est courant que de jeunes mâles quittent leur garenne natale, soit parce qu’ils sont rejetés, soit pour créer une nouvelle garenne. C’est ce que j’ai cru comprendre en lisant le roman. Mais dans cette histoire, si Hazel, un lapin particulièrement intelligent et courageux, décide de s’en aller avec le maximum d’autres camarades, c’est parce que son frère, doué de prescience, sent un danger mortel arriver. La structure sociale des garennes étant ce qu’elles sont (un Maître, une police appelée Hourla, constituée des lapins les plus costauds), c’est plus une fuite vers l’inconnu qu’en départ honorable dont il s’agit.
Le trajet vers la Terre Promise va se faire au milieu des dangers naturels, des prédateurs sans pitié, mais sera aussi l’occasion pour nos personnages de faire des rencontres étonnantes (une mouette impatiente) ou effrayantes et de croiser deux garennes qui sortent de l’ordinaire.
Contes et légendes de carottes
On peut s’amuser à comparer ça au Seigneur des Agneaux : Adams crée tout un vocabulaire (sfar signifie folie angoissante) et une mythologie lapinesques. Pour passer le temps ou se rassurer, les lapins se racontent les histoires de Shravailshâ, un lapin d’une ruse sans pareille qui berne ses ennemis. Ce sont de vraies histoires originales (pas des resucées de contes connus), merveilleusement écrites, qui enrichissent le récit, puisqu’elles sont en résonnances avec les problèmes rencontrés par les personnages. Enfin, il faut que je dise un mot des citations en tête de chapitre. Shakespeare, le Nouveau Testament, William Blake, Platon, l’Odyssée ou des chansons populaires : ces citations étonnantes sont une idée de génie . Elles placent cette épopée dans un univers littéraire plus large, avec beaucoup d’humour.
Pour terminer, je ne peux dire que du bien d’un auteur qui rend hommage aux bêtes sauvages qu’il oppose aux animaux domestiques (un chien bien débile et des chats vicieux). Et il y a la course poursuite la plus haletante que j’aie jamais croisée dans mes nombreuses lectures.
C’est un formidable récit d’aventure, une ode simple à la nature et même un récit politique où Adams refuse tout manichéisme, se mettant à la place des « méchants » et privilégiant l’intelligence de la discussion et de la négociation au conflit brutal.
BD
Une adaptation BD est sortie il y a peu chez Monsieur Toussaint Louverture, signée James Sturm et Joe Sutphin au dessin, qui rencontre un beau succès. Je n’ai pas été très intéressé parce que je la trouve trop « gentille » visuellement. Le problème des lapins dessinés, c’est qu’ils sont mignons, et ce n’est évidemment pas ce que l’on ressent à la lecture du roman. Et j’aurais probablement préféré un travail visuel plus marquant.








Bravo pour cette découverte de ce ”Watership Down” dans la collection ”Les Grands Animaux” de Monsieur Toussaint Louverture. Très belle collection, au demeurant.
Personnellement je recommanderais vivement ”La Maison dans laquelle” de Mariam Petrosyan dans cette même collection.
Ah ben merci pour le conseil. Je vais regarder ça.