Un étranger en Orlonde, une magnifique fantasy de Sofia Samatar

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Quelques fois, on tombe sur un objet artis­tique qui touche au cœur, un truc que vous envoyez direct dans vos préfé­rés de tous les temps, un machin que vous auriez adoré décou­vrir à l’enfance ou l’adolescence, parce que ça vous aurait accom­pa­gné tout le reste de votre vie et gue vous l’auriez lu et relu plusieurs fois. Un étran­ger en Olondre est ce type de roman.

Vous croyez aux fantômes ?

Jevick est né à Thyom. Son père possède une planta­tion de poivriers et, tous les ans, part à la cité de Bain vendre sa récolte. Un jour, il ramène de son voyage un percep­teur pour Jevick, un homme qui va lui donner le goût des livres et lui faire comprendre que le monde est plus vaste que Thyom.

Un commen­ta­teur sur le Web se plaint que le livre « met du temps à démar­rer ». Quelle erreur. Le livre débute avec l’enfance de Jevick, qui grandit avec l’amour d’une mère super­sti­tieuse et dévouée, un frère qui n’a pas toute sa tête, un père distant et la femme de son père, froide et rancu­nière. Dans un monde qui évoque l’Indonésie, peut-être une Inde réinven­tée, Sofia Samatar s’attarde sur les sensa­tions de l’enfance dans un monde riche en couleurs. Pas besoin d’action, la vie suffit.

Lorsque Jevick découvre enfin Bain, il choisit d’y rester bien plus longtemps que prévu. Une ville avec des librai­ries ! Des étudiantes et des filles légères avec qui flirter, des petites frappes qui veulent refaire le monde et son fameux festi­val des Oiseaux. Un évène­ment drama­tique va propul­ser Jevick au cœur d’un conflit religieux et politique qui va le faire voyager à travers l’Orlonde.

D’autres dieux

Un truc qui me chiffonne un peu dans les récits histo­riques et fanta­sy que je lis, c’est que les person­nages sont souvent peu concer­nés par la religion, lorsqu’elle n’est pas complè­te­ment minorée dans l’univers où ils évoluent. Pour la France, on peut voir ça comme un héritage Alexandre Dumas où ses mousque­taires sont des person­nages créés après une Révolu­tion qui se défie de l’Église. Pour les Anglo-Saxons, les Hobbits de Tolkien sont parti­cu­liè­re­ment peu religieux, mais on peut imagi­ner que Tolkien ne peut pas faire de ses person­nages positifs des païens aux croyances étranges. Quoi qu’il en soit, dans la fanta­sy classique, les cultes sont soit des trucs vagues et sympa­thiques, soit sources de problèmes à base de sorciers maléfiques.

Dans Un étran­ger à Orlonde, les religions sont traitées très soigneu­se­ment. On décou­vri­ra les grands prêtres, leurs ambitions et leur vie de cour, puis les gens du peuple, leurs croyances et jusqu’à leurs super­sti­tions (qui varient évidem­ment suivant les régions). Comme c’est un des axes fort du récit, Samatar ne pouvait pas passer à côté, mais ce soin apporte beaucoup au senti­ment de dépaysement.

Pas un seul orc

On a compa­ré Samatar à Ursala K. Le Guin et c’est compré­hen­sible. Comme son illustre collègue dans Terre­mer, Samatar développe un univers non anglo-saxon (et ses clichés habituels) peuplé de person­nages qui ne sont pas cauca­siens (sans que ce soit le sujet). Elle a un goût pronon­cé pour les détails de la vie courante, des vêtements à la nourri­ture, son monde prend vie sous nos yeux sans que ce soit forcé.

J’ai trouvé que le roman penchait aussi vers le cycle du Livre du Nouveau Soleil de Gene Wolfe (j’en parle ici). Comme le héros de Wolfe, Jevick raconte son histoire à la première personne et son récit est parse­mé de chansons, de poèmes et de contes. Le livre est d’ailleurs un vibrant hommage à la litté­ra­ture en général et au fétichisme fébrile des lecteurs compul­sifs. Jevick découvre le monde par les livres et doit adapter sa première vision à la réali­té qu’il affronte.

Des nouvelles d’Orlonde

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Un étran­ger en Olondre est le premier roman Sofia Samatar qui a mis des années à le peaufi­ner. Aupara­vant, elle avait publié des novel­las et de la poésie – d’ailleurs son écriture s’en ressent, très riche en images assez surpre­nantes, sans que la lecture en soit affec­tée. Née aux USA, Samatar a été ensei­gnante en Afrique et s’est spécia­li­sée dans la litté­ra­ture africaine et arabe.

En France, plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans diverses revues (Galaxie, Ganda­har…), et une novel­la, Hard Mary est dispo­nible chez Argyll (les avis sont très moyens). Un recueil de nouvelles situées dans le monde d’Orlonde existe en anglais, où on suit quatre person­nages féminins dans une guerre qui fait suite au premier roman (publié en 2017 !).

Bah, les couvertures

Je vous ai mis les couver­tures de l’édition anglo-saxonne et les deux françaises. La plus intéres­sante est la première. Celle de J’ai Lu (la version que j’ai achetée) est vraiment faible, on dirait une illus­tra­tion publi­ci­taire pour un voyage en Inde. J’aurais bien tenté ma version, mais je n’ai vraiment pas le temps.

Ah, j’oubliais, il y a deux histoires d’amour inoubliables…

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4 commentaires

  1. Comment ça pas de commen­taires ? À quoi ça sert que Li-An il se décar­casse ? On dit merci à Li-An de nous offrir un beau billet sur un excellent livre, alors qu’il est très occupé. Pour le dessin, pas de souci, on est prêts à attendre… les vacances de Noël ?

  2. Mais chez Alexandre Dumas ça met aussi ”beaucoup de temps à démar­rer ”,et c’est merveilleux !..
    Nous faisons connais­sance, nous attachant à des personnages…
    On y musarde,se perd un peu parfois, saisis­sant dans un décor ça et là force détails…il y a des passeurs;ton billet toujours étayé est une invitation.
    Merci beaucoup encore pour tout cela ;
    Tororo à bien raison.

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