Capitale du Sud, une trilogie fantasy de Guillaume Chamanadjian

capitale sud guillaume chamanadjian couv
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Pour les mecs, avec l’âge et le passage de l’andropause, il y a des choses qui changent. Des problèmes d’érection, des siestes devant la télé, un bide qui gonfle, moins d’énergie… Et la lecture de fanta­sy française au lieu de la bonne SF de son adoles­cence. Il semble­rait que je n’échappe pas à ce dernier symptôme.

De la cave au grenier

Dans la Capitale du Sud, les habitants n’utilisent même pas le vrai nom de leur ville. Ils vivent dans un monde clôt, fermé de remparts côté terre et de falaises et fortins côté mer. Dans cette cité, qui ressemble fort à une ville méditer­ra­néenne du XVIème siècle, vit un jeune garçon nommé Nox, le commis du meilleur épicier de la ville, mais aussi l’un des deux enfants trouvés au fin fond d’une cave d’un seigneur devenu fou.

Pris dans les jeux de pouvoir des diffé­rentes factions qui gouvernent la ville, il va tenter d’échapper à un destin de violence pour créer quelque chose de nouveau.

Deux fois trois

Capitale du Sud est une trilo­gie fanta­sy écrite par Guillaume Chama­nad­jian qui fait elle-même partie d’une double trilo­gie puisqu’elle accom­pagne Capitale du Nord, une autre trilo­gie écrite, elle, par Claire Duvivier (que je n’ai pas encore lue). Les diffé­rents ouvrages se répondent (un ordre possible de lecture serait de commen­cer par le premier tome de Sud pour passer ensuite au premier tome de Nord, puis le deuxième tome de Sud, etc…). Mais en attaquant Capitale du Sud, j’ai été telle­ment pris par l’histoire et les person­nages que j’ai lu d’abord la trilo­gie Sud – ce qui est tout à fait possible si j’en crois les commen­taires glanés ici et là.

Pain, jeux et vin

Chamand­jian a, visible­ment, voulu décrire une cité dans sa globa­li­té, du mendiant estro­pié au pêcheur, du seigneur au poète. Odeurs, cuisine (parti­cu­liè­re­ment détaillée, notre héros étant fin cuisi­nier), bruit des ruelles, artistes, toute une vie urbaine est décrite avec préci­sion et beaucoup de gourman­dise. Jusqu’à un jeu type échecs (le jeu de la Tour de Garde) qui a une parti­cu­la­ri­té unique : les joueurs utilisent les pièces qu’ils possèdent. S’il en manque, il faut faire avec. C’est assez surpre­nant et je me demande si ça existe déjà dans « la vraie vie ».

Il réussit aussi à trans­crire l’énergie et les rapports d’amitié d’une bande d’adolescents/jeunes adultes. J’ai eu l’impression de retrou­ver le plaisir de mes lectures jeunesse type Club des Cinq voire Les trois mousque­taires. Mais un Club des Cinq avec des relations sexuelles assez variées.

Moderne avec l’ancien

En tant que bon Français bien républi­cain, une partie de la fanta­sy m’agace un peu. On y voit rois, reines, princesses et personne ne songe à changer un système politique bien inéga­li­taire, dans une espèce de conser­va­tisme bon teint. Pas de ça chez Chamand­jian qui cherche visible­ment à aborder, sans lourdeur, des thèmes contem­po­rains. La Capitale ressemble quelque peu à notre Europe : agréable à vivre (oui bon), où l’abondance règne, mais qui réagit avec bruta­li­té lorsque des colonnes de réfugiés se pressent à ses portes. Nox, notre héros, n’est pas révolu­tion­naire. Il adore sa ville, mais se rend compte aussi de ses défauts et, de toute manière, il faudra qu’il la quitte s’il veut sauver sa peau et il en profite pour recréer autre chose, plus en accord avec sa vision du monde. C’est toute la théma­tique du troisième volume, la création d’une commu­nau­té et la diffi­cul­té à la faire tenir et à garder vivants de beaux concepts.

Plus le méchant est réussi…

Et plus l’histoire est bonne. Ce vieux précepte narra­tif est un peu bouscu­lé ici. Nox va être confron­té succes­si­ve­ment à plusieurs ennemis, de plus en plus inquié­tants, mais l’ultime confron­ta­tion est proba­ble­ment la partie faible des romans. C’est peut-être dû au fait que Nox, son évolu­tion, son combat pour reprendre sa vie en main, est l’enjeu princi­pal de la trilo­gie et, du coup, Chamand­jian ne s’est pas inves­ti autant dans les méchants. Un autre petit problème, c’est la construc­tion des deux trilo­gies dont les éléments en commun semblent sous-dévelop­pés, avec des person­nages qui ont l’air impor­tants et qui ont un tout petit rôle, parce que, visible­ment, ils sont dévelop­pés dans Capitale du Nord. Autre surprise, l’absence totale de religion dans la Capitale. Ce n’est pas tout à fait étonnant dans la fanta­sy, mais, dans ce cas précis, on découvre que ce n’est pas le cas partout ailleurs.

Ce sont de petits reproches. J’ai avalé goulû­ment les trois volumes.

Version intégrale

En fait, j’ai avalé UN livre. Après avoir attaqué le premier tome en poche, je suis immédia­te­ment parti à la recherche de la suite et j’ai décou­vert que les éditions Aux forges de Vulcain avaient sorti une intégrale (pour chaque auteur). Un très joli objet avec un papier que je ne savais même pas que ça existait et super agréable. Avec en bonus une nouvelle presque indis­pen­sable puisqu’elle éclaire les origines de notre héros (malheu­reu­se­ment agrémen­tée d’une illus­tra­tion vraiment bof).

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