Le Rire jaune (Pierre Mac Orlan – éditions Sillage)

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À force de croiser le nom de Mac Orlan (notam­ment associé à Bofa), je finis­sais pas avoir envie d’en savoir plus. J’ai lu il y a longtemps ”L’ancre de miséri­corde” sans être tout à fait convain­cu. En tombant sur ce recueil des cinq premiers romans, je me suis dit que je pouvais encore tenter le coup…
La Maison du retour écœurant vaut surtout pour son titre. Une œuvre pour se défou­ler, pleine de jeux de mots, de situa­tions délirantes où l’on voit Paul Choux expédié à la recherche de tabac cubain par son oncle parce qu’il fricote avec sa tante. À peine rentré, il est réexpé­dié dare dare aux antipodes parce qu’il n’a pas ramené la monnaie. Je n’ai pas été plus loin. Plutôt saoûlant à lire, sans réelle histoire. Du pur plaisir d’appren­ti écrivain.
Le Rire jaune est plus passion­nant. Nicolas Mouton­not s’engage à la Légion Étran­gère (en fait, c’est le frère de Mac Orlan qui fut légion­naire) par dépit amoureux et voit mourir un des ses compa­gnons… de rire. Démobi­li­sé, il trouve la France gogue­narde face à une maladie venue des États-Unis qui ferait mourir litté­ra­le­ment les gens de rire. Elle ne va pas faire la maligne longtemps parce que l’épi­dé­mie ravage la popula­tion et ramène la civili­sa­tion à l’âge de pierre. On retien­dra un Paris hallu­ci­nant où la foule lynche les amuseurs. Une idée fasci­nante… La fin tourne un peu en eau de boudin avec notam­ment un person­nage d’homme tronc insup­por­table qui ne sert pas à grand chose.
La clique du café Brebis est une suite de courts textes publiés à la fin de la première Guerre Mondiale, assez inégaux. Je n’ai pas termi­né mais le gag à répéti­tion d’un complot pour utili­ser tout le papier dispo­nible afin de publier les Fleurs du Mal de Baude­laire m’a bien fait rire.
La Bête conqué­rante rappelle La ferme des animaux de Georges Orwell. Par accident, un paysan rend son cochon savant. L’opé­ra­tion fonction­nant sur nombre de bêtes, voilà les gens de science qui utilisent cochons ou moutons comme secré­taires parti­cu­liers, devenant eux-mêmes de plus en plus pares­seux. Si bien que les animaux prennent le pouvoir et vont jusqu’à faire la guerre, les hommes servant de bétail. Jusqu’à ce qu’un savant cochon prenne conscience que l’homme est peut-être intel­li­gent, qu’il suffit de l’édu­quer et, de fil en aiguille, voilà l’ani­mal retom­bé à son statut initial…
Le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin est le texte le plus fasci­nant. Le narra­teur a pour servante puis maîtresse une Flamande rousse qui semble avoir deux person­na­li­tés le jour et la nuit. Il découvre rapide­ment qu’elle est une sorcière et l’accom­pagne au sabbat le plus proche. Mac Orlan y montre un Diable en perte de vitesse, miné par la moder­ni­té et l’impa­tience des gens. La perte de son influence va provo­quer la mort de la servante, mourrant litté­ra­le­ment de bonté. Un texte très ironique et en même temps rêveur. Il s’y mêle amour, désir, et une espèce de langueur du person­nage princi­pal qui refuse d’être acteur de sa vie. La scène du sabbat est parti­cu­liè­re­ment politi­que­ment incor­recte et très réjouis­sante…
Finale­ment, c’était une bonne mise en bouche et il y a de fortes chances que je tente de lire autre chose de Mac Orlan (saviez-vous que son pseudo est détour­né du nom d’Orléans où il a passé quelques années de sa vie ?).

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