

Les dessinateurs BD ont un peu le cul entre deux chaises. Est-ce qu’il faut développer un graphisme efficace qui permet de vivre de son travail efficacement ou faut-il pousser le bouchon un peu plus loin et continuer à explorer ses possibilités graphiques… au risque de s’y perdre ou de perdre son public ?
Quand t’es dans le désert
Cela faisait plus de vingt ans que Denis Bodart n’avait pas publié d’album. Il avait abandonné la série Green Manor qui marchait pourtant bien et était parti sur d’autres défis. Sauf que lorsque l’on passe dix ans à bosser sur un projet western pour ensuite abandonner, on peut rendre fou les lecteurs, les scénaristes et les éditeurs.
J’ignore comment Zabus et Dupuis l’ont convaincu de remettre le couvert, mais ça valait le coup. Avec un trait au crayon plus relâché, le dessin de Bodart gagne en expressivité et en force. Il faut aussi saluer le travail sur les couleurs toutes en ombres portées qui rendent magnifiquement. Enfin, jusqu’à ce que j’apprenne que Bodart a modélisé les bâtiments pour obtenir des ombres sans tricher. Incorrigible…
Scénario en béton sans mère
Par contre, je ne vais pas faire semblant sur le scénario de Zabus. Il raconte les souvenirs du petit Louis qui a perdu sa mère et qui passe ses vacances au bord de la mer avec sa tante compréhensive, son oncle qui blague et son père un peu perdu face à la tristesse de son fils (il manque à peine les glaces à l’eau). Une histoire sensible comme on dit, mais vraiment pas écrite pour un amateur de Hitchcock ou Lynch comme moi.
Plus qu’à espérer que l’on n’attendra pas vingt ans pour un nouvel album, avec peut-être un scénario plus dans mes goûts. Il faut juste que Bodart apprenne à se mettre moins de pression, mais on ne peut que saluer son meilleur travail graphique. Ça ne peut qu’encourager les dessinateurs qui n’ont pas publié depuis de longues années (suivez mon regard).








