Moebius : sex, drug et pas de rock’n roll

couverture 30x30
couver­ture 30x30

Ce qui est rigolo avec les fans de Moebius, c’est que la période à laquelle ils découvrent son travail change la perspec­tive qu’ils ont de l’œuvre. Par exemple, les primo­fans sont tombées sur ses planches dans le magazine Pilote, voire Hara Kiri pour les plus pointus et leur choc initial a été La dévia­tion, voyage familial onirique, tour de force graphique et délirant qui a dû faire comme une enclume tombant sur la tête à certains. En me baladant sur les forums et les blogs, je lis des gens qui conseillent L’Incal (certains croient même que Moebius est un auteur mineur dans la série) et d’autres Édéna, voire même 40 jours dans le désert B – et je ne parle pas des États-Uniens qui abordent son travail avec le Silver Surfer (ouh ouh) et Blueber­ry à contre courant.

Comme j’ai décou­vert Moebius avec Métal Hurlant, ce sont Arzack et surtout Le Major Fatal qui m’ont marqué, grosso modo la décen­nie 1970. C’est la période où il se contente de suivre son incons­cient et ses pulsions, positives ou négatives. Comme il est très proli­fique et très solli­ci­té, il fait des couver­tures de romans, des affiches de cinéma, des pubs, des illus­tra­tions à droite à gauche et, pour le collec­tion­neur, c’est une espèce de chasse au trésor qui semble sans fin (de temps en temps, encore aujourd’­hui, je tombe sur des images de l’époque pas connues). À l’époque, Métal Hurlant aurait pu s’appe­ler ”la Machine à fantasmes”: SF débri­dée, extra terrestres débiles ou lubriques, gros seins, humour noir, toute une image­rie sans complexe – ou plutôt décom­plexée mais avec plein de tabous à casser – pré Star Wars qui me ravis­sait à chaque numéro trouvé chez mon bouqui­niste.
Honnê­te­ment, L’Incal, ça n’était pas ça… Déjà, tout était déjà dit et en plus efficace dans ”The Long Tomor­row” scéna­ri­sé par Dan O’Ban­non et puis, ce n’était pas un scénar de Moebius et puis il n’abor­dait pas le dessin de cette histoire comme il le faisait habituel­le­ment, tout en inspi­ra­tion et en recherche de quelque chose de neuf, c’était plus ”pro”. Moebius, en quête de lui-même explique ça très bien : à la recherche d’une autre dimen­sion dans son travail il montre les planches de La citadelle aveugle, persua­dé d’avoir trans­cen­dé la violence dans ses histoires et les types de son groupe trouvent ça horri­ble­ment primi­tif. Cette prise de conscience va l’ame­ner à revoir complè­te­ment son inspi­ra­tion et va affadir son travail jusqu’au séjour tahitien. Sans compter que les diverses analyses de son oeuvre vont le faire souvent travailler de manière moins incons­ciente puisqu’il maîtrise une partie des clefs de son œuvre.

À partir de là, j’ai commen­cé à avoir un temps de retard sur son travail, regret­tant ”l’ancien temps” mais finis­sant par me rendre compte de la quali­té et de la validi­té de l’évo­lu­tion (bon, quelque fois, ça flottait, c’est vrai) après quelques années. Jusqu’à ce que je puisse me détacher de cette période et suivre son évolu­tion sans choui­ner comme un fan lourdingue. Évidem­ment, 40 jours dans le Désert B est un chef d’oeuvre mais, bon, franche­ment, voir Arzack niquer le grand singe rouge, faire l’amour dans un robot humanoïde ou partir à la chasse sur Pharar­go­nes­cia, c’était quand même plus juicieux que ces fichus cristaux volants, ses horizons plein de lignes décora­tives voire ses photos détour­nées en images porno-chic !
Côté Giraud, j’ai mis beaucoup de temps à prendre mon plaisir à lire Blueber­ry. Il aura fallut La longue marche pour que je trouve dans le dessin allégé et une narra­tion plus fluide quelque chose qui me parle. Finale­ment, mon préfé­ré reste quand même Angel Face (1975 !), où Giraud, en panne de scéna­riste, s’amuse à dévelop­per l’his­toire de manière très Moebiu­sienne. Assez étran­ge­ment, cette liber­té, il ne la retrou­ve­ra pas vraiment quand il repren­dra tout seul les albums de la série après la mort de Jean-Michel Charlier.
Alors, qu’est-ce que j’amè­ne­rai sur une île déserte ? Pas diffi­cile, il suffit de regar­der ce que j’avais dans ma valise pour Tahiti. Un maillot de bain, des slips, ah… Oeuvres complètes t.2 et 3 (avec le Major Fatal inside) et le Moebius 30x30, gros recueil de travaux de sa jeunesse jusqu’en 1979 avec ses images autodé­ta­chables. Évidem­ment, tous ça a été réédi­té plus ou moins bien (par pitié, évitez les éditions ”colori­sées”, qui font souvent mal aux yeux). Et suivant vos goûts person­nels, parcou­rez la période jusqu’à trouver celle qui vous convient le mieux :-)

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