La ménagerie de papier, un recueil de nouvelles SF par Ken Liu (Le Bélial)

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Cela fai­sait long­temps que je ne m’étais pas ache­té un livre avec une envie pres­sante de le lire. En voyant pas­ser ce pre­mier recueil fran­çais de nou­velles SF de Ken Liu, La ména­ge­rie de papier, je me suis pré­ci­pi­té des­sus, allé­ché par les bons retours et d’anciennes nou­velles auréo­lées de récom­penses.

Ken Liu est né en Chine mais a gran­di aux États-Unis où il est arri­vé à l’âge de onze ans. Cette double culture se retrouve dans ses his­toires où de nom­breux per­son­nages prin­ci­paux sont d’origine asia­tique – pas seule­ment chi­nois mais aus­si japo­nais ou coréen d’ailleurs.
De la même manière, il a une double culture pro­fes­sion­nelle puisqu’il a un doc­to­rat en droit et qu’il est pro­gram­meur – et tra­duc­teur de chi­nois.

Le recueil est riche : 19 nou­velles de lon­gueurs très variables et prin­ci­pa­le­ment SF. En dehors de la SF, on a droit à une enquête poli­cière his­to­rique (faible) et des his­toires à carac­tère fan­tas­tique proches de la fable.
En se cas­sant la tête, on peut trou­ver quelques thé­ma­tiques récur­rentes : la révé­la­tion mys­tique et la notion divine (après tout Dieu est le pre­mier ET connu), l’interaction avec les extra-ter­restres (de la ren­contre jusqu’à l’échange sexuel) et l’immortalité consi­dé­rée comme une pos­si­bi­li­té médi­cale. Liu pri­vi­lé­gie le voyage à tra­vers l’espace à l’aide de voiles solaires ce qui donne lieu à des durées énormes qui voit des géné­ra­tions se suc­cé­der dans le vais­seau ou les pas­sa­gers en hiber­na­tion (oui, comme dans Alien).
Ses per­son­nages sont sou­vent des femmes assez déci­dées, des scien­ti­fiques ou des pau­mées qui se trouvent une rai­son de vivre.

Transhumanisme

Les nou­velles rela­tives à la pos­si­bi­li­té d’une Huma­ni­té immor­telle m’ont par­ti­cu­liè­re­ment inter­pel­lé. Si vous sui­vez un peu l’actualité, vous savez que le trans­hu­ma­nisme est à la mode aux États-Unis, ima­gi­nant une pos­sible fusion humain/intelligence articielle/capacités phy­siques amé­lio­rées, avec des pro­mo­teurs issus des grandes boîtes infor­ma­tiques genre Google – des gens qui ont donc de l’argent.
La SF a sou­vent abor­dé ce thème mais de manière plus sym­bo­lique que scien­ti­fique – en géné­ral, l’immortalité n’était atteinte que dans un ave­nir très très loin­tain.
Liu pré­sente dans plu­sieurs nou­velles cette pos­si­bi­li­té comme « acces­sible » à une mino­ri­té d’abord puis à l’ensemble de l’Humanité. Si il pré­sente rapi­de­ment dans une nou­velle les éven­tuels incon­vé­nients à court terme, il consi­dère que cela ne peut être que posi­tif à long terme, la vraie nature de l’Homme se situant dans la pen­sée voire dans les his­toires qu’il raconte.

Les his­toires, voi­là un autre thèmes pré­sents dans plu­sieurs nou­velles et notam­ment dans une de pure SF où il ima­gine de manière humo­ris­tique et très inven­tives, comme on le fai­sait à l’Âge d’Or de la SF, la façon dont diverses races ET gardent la mémoire de leurs his­toires.
Chez Liu, les extra-ter­restres ne sont pas post-Star War : l’intelligence se révèle sous des formes très variées et la pen­sée ET est sou­vent dif­fi­cile à sai­sir.

Ça vaut le coup ou pas ?

Je suis assez par­ta­gé sur le bou­quin au final : il est d’une richesse épa­tante, aborde des thèmes intel­li­gents très contem­po­rains et s’appuie sur des réfé­rences clas­siques qui per­mettent une lec­ture agréable pour beau­coup de monde. Cer­taines nou­velles sont mar­quantes par leur his­toire ou leurs per­son­nages. Mais, d’un point de vue très per­son­nel, son écri­ture ne m’a pas fait vibrer. Ses per­son­nages sont assez géné­riques et on a quelque fois l’impression d’avoir l’impression de pré­textes plus que de vrais per­son­nages de fic­tion.
C’est donc un excellent bou­quin et je le ferai lire – je l’offrirai même – mais pas sûr que je le relise un jour.

Mes nouvelles préférées

La ména­ge­rie de papier : un jeune métis se met à détes­ter tout ce que repré­sente sa mère, une Chi­noise qui a épou­sé un Amé­ri­cain par « cor­res­pon­dance », pour s’intégrer à la culture amé­ri­caine. Au point de reje­ter les ani­maux de papier vivants qu’elle lui a offert dans sa jeu­nesse.

Le jour­nal intime : une femme au foyer découvre le jour­nal intime de son mari et refuse de le lire par crainte de ce qu’elle pour­rait y trou­ver. Au point que les mots écrits se rebellent contre elle et lui font vivre un enfer.

Le livre chez diverses espèces : cf. plus haut.

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7 commentaires

    • Disons que l’écriture ne m’a pas embal­lé. Ça se lit bien sans plus. Mais je ne suis pas apte à déter­mi­ner à quel point c’est bien écrit ou pas.

      Si on est fan de SF, c’est un bou­quin vrai­ment inté­res­sant… vu la pénu­rie actuelle du genre.

      • Pour un fan de SF, ça me semble même tota­le­ment indis­pen­sable. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit une nou­velle voix de qua­li­té arri­ver dans la pay­sage de la SF fran­co­phone.

        Après, très hon­nê­te­ment, on ne qua­li­fie­ra pas Liu de grand sty­liste, mais son écri­ture est très por­tée sur l’émotion, l’humain est qua­si-sys­té­ma­tique au centre des récits, et c’est ce qui manque aux écri­vains les plus « poin­tus » du genre (je pense notam­ment à Greg Egan et Ted Chiang qui savent jouer avec des concepts intel­lec­tuel­le­ment sti­mu­lants mais ont sou­vent, notam­ment Egan, une écri­ture très ana­ly­tique, très froide, qui a ten­dance à me lais­ser de marbre).

        Donc je dis « j’achète », pour sou­te­nir la prise de risque de l’éditeur (lan­cer un auteur incon­nu ET étran­ger, c’est loin d’être simple), pour espé­rer voir d’autres publi­ca­tions de l’auteur arri­ver en France, et parce que mine de rien il y a lar­ge­ment de quoi se faire plai­sir avec ce recueil. ;)

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