nuit chat frank pe

Frank Pé (1956 – 2025) nous a quitté le 29 novembre. Ça m’a rendu tout chose. Frank Pé, c’est un auteur phare du Spirou des années 1980, et du coup, un des auteurs que j’ai suivi quand j’ai commen­cé à dessi­ner.
Ce Spirou était en pleine ébulli­tion. De jeunes auteurs ultra doués bouscu­laient le ronron­ne­ment du franco-belge classique en explo­sant le décou­page, la narra­tion et amenant de nouveaux thèmes. Les person­nages tombaient amoureux, vous imaginez !

Écologie en 46 pages

Frank Pé va rapide­ment imposer son univers : la Nature et la vie animale – et en corol­laire, l’écologie. Dans le beau journal Spirou, les animaux c’étaient Bill en chien pensant ou l’univers de Mache­rot. Pour Pé, la Nature ça ne supporte pas les approxi­ma­tions. C’est une Nature aimée, obser­vée et magni­fiée. Ça va passer par les fameux Papier de Brous­saille, des chroniques courtes sur des thèmes variés et je suis ravi d’avoir dégot­té cette histoire en deux planches dans laquelle Brous­saille déambule à la travers la campagne. Pé montre un sens de l’observation et du rendu digne de Franquin.

papier broussaille frank pe

Et comment ne pas citer la fameuse Belle histoire de M. Paul, des histoires courtes à vocation éduca­tive pas vraiment passion­nantes en général, consa­crée au travail de Rodin. Se basant sur les écrits du sculp­teur, Frank Pé livre un hommage vibrant au travail de l’artiste et, par la même occasion, nous fait prendre de la hauteur sur la nature de la repré­sen­ta­tion – et donc du dessin. Encore une histoire courte qui m’aura marqué en me faisant comprendre que dessi­ner néces­site de voir plus loin que le simple amusement.

rodin frank pe

La queue du chat

Avec Bom au scéna­rio, Brous­saille va vivre quelques albums très remar­qués dont La nuit du chat où notre héros part à la recherche de son félin domes­tique à travers la nuit bruxel­loise, croisant divers person­nages hauts en couleur. L’occasion pour lui de réflé­chir sur le sens de sa vie. Même si je n’aimais pas trop le virage réaliste du graphisme, j’ai toujours été fasci­né par le concept et la façon dont Pé avait abordé ce périple nocturne – marcher la nuit dans la ville m’a toujours inspiré.

nuit chat frank pe

Animation, piège à con

Dans les années 1990, Pé part aux USA travailler dans l’animation, comme Claire Wendling – dont il dira qu’elle est bien plus forte que lui en ce qui concerne l’anatomie animale. Je ne sais pas si on a des retours de ces expériences, mais j’ai toujours eu l’impression que cette aventure les a lessi­vé quelque peu, les faisant passer du statut d’auteur recon­nu à celui de petite main des studios. Je n’ai plus trop suivi la reprise de Brous­saille, mais j’avais déjà calé sur Zoo, avec Bonifay au scéna­rio – et je crois bien que j’en avais dit du mal dans le Margouillat, méchant bonhomme que je suis.

Mais ses dernières années ont vu un pic de quali­té avec le Spirou La lumière de Bornéo que je chronique ici, puis La Bête qui repré­sente le Marsu­pi­la­mi en véritable animal réaliste (Zidrou au scéna­rio dans les deux cas).

Autant dire que sa dispa­ri­tion m’a surpris. Je n’ai jamais eu l’occasion de le rencon­trer, je l’ai vu travailler sur ses grandes fresques anima­lières qu’il réali­sait dans le cadre des festi­vals BD et il semblait être un être merveilleux. Je regrette que l’on ait pas essayé d’inviter plus d’auteurs classiques franco-belges au festi­val à La Réunion, j’aurais été ravi de le croiser dans ce cadre.

L’élan belge

Mon hommage graphique passe par un person­nage inatten­du qui faisait de l’animation dans le journal Spirou (à cette époque, il y avait plein de rubriques et petites BD pour enrichir le magazine) : l’Élan.

elon frank pe

Un Élan dépres­sif que Spirou (le groom) tentait de dérider. Autour des deux person­nages, d’autres animaux aux carac­té­ris­tiques morales affir­mées permet­taient de parler, avec le sourire, de l’air du temp. Vu le format des strips, l’Élan pleurait souvent qu’il n’aurait pas d’album. Finale­ment, il y a eu droit, avant même les Papier de Brous­saille.

Le site officiel : https://​frankpe​.com/

L’hommage

papier broussaille frank pe
hommage frank pe li an
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13 commentaires

    • Les médias tradi­tion­nels français ont toujours été peu à l’aise lorsqu’il faut parler des franco-belges classiques.
      Tu aurais préfé­ré ”une créature poilue et indépendante” ?

  1. J’avoue que je suis complè­te­ment passé à côté de Frank Pé (à mon grand dam)… J’avais des souve­nirs de Spirou de mon enfance dans les années 90 avec ses derniers Brous­saille qui rencon­trait son faune, ça m’ins­pi­rait pas trop mais j’aime­rais bien rattra­per cette lacune… Pour commen­cer, l’idéal serait les premiers Brous­saille ? (y a une integrale en 2 volumes chez dupuis)
    (j’ai vu qu’il a aussi fait un album hommage à Little Nemo qui m’intrigue pas mal)

    • Les premiers Brous­saille sont chouettes en effet. Ensuite, j’ai l’impression que son Spirou et La Bête méritent le détour. J’ai complè­te­ment zappé son Little Nemo, j’avoue que je ne sais pas trop quoi en penser au vu des extraits.
      Un amateur de BD classique t’orienterai proba­ble­ment vers Le Zoo.

  2. C’est OK pour” La nuit du chat ”. Consul­table sur place dans certaines biblio­thèques. Donc je l’acheterai.

  3. La nuit du Chat, les Baleines Publiques, les Sculp­teurs de Lumière ont été un séisme graphique et poétique pour moi.
    Ma grand mère habitait dans le quartier où les récits prenaient place.
    J’ai passé beaucoup de temps à me balader sur les traces de ces deux bd. Inoubliable.

    merci pour cet hommage :)

  4. Toute cette tendresse triste de ton billet m’a profon­dé­ment touché ;
    C’est bien vrai que nous sommes nombreux à avoir une ”histoire ”intime qui mêle le journal de spirou avec entre autres Frank Pe.
    Ça m’a secoué pas mal égale­ment et j’en suis demeu­ré mélan­co­lique avant que d’être visité par de fort nombreux souve­nirs, des cases mémorables et des sensa­tions diverses.
    Rodin, Boeck­lin aussi…la chaleur de ses coins de campagne, ses nuits et foule de sentiments.
    Mais,Tu le dis si bien déjà.
    Son Spirou possé­dait une forme d’éner­gie un enthou­siasme similaire à son Comme un animal en cage…ce même élan de la jeunesse qu’il avait retrou­vé miracu­leu­se­ment, cette joie du dessin avec ce qu’il faut de puissance et de candeur…à 60 ans !
    Souve­nirs de la chapelle aux chats, du temps à perdre…je n’ai jamais pu lui deman­der si le vieil homme de la nuit du chat était une évoca­tion de René Follet…

  5. Une histoire courte (la bête)dans spirou.
    En guise d’hom­mage à Frank, c’est encore lui qui nous en apporte le témoi­gnage le plus boule­ver­sant, et par le sourire.
    C’est aussi un hommage appuyé à Franquin,en une delicieuse ”citation”.

  6. Oui.
    Il ne m’a pas été possible de poster un commen­taire quant au billet Beuville sous l’occupation (!?).
    Billet très instruc­tif, fouillé et précis.
    Que dire…les choix de Beuville sont ici bien définis et ”engagés”.
    Reste l’œuvre accomplie,gracieuse, évidence de son infinie beauté.
    Maquette soignée.
    À l’image des ”belles” affiches aux mêmes valeurs, aux mêmes ambitions…
    Céline comme Rebatet sont abjectes ;
    J’aime à espérer que Beuville ait évolué.
    Sous l’occu­pa­tion il n’était guère un jeunot immature…

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