Monsieur Chouette, une BD mortelle de David B.

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Un dessi­na­teur tendance réaliste a republié, sur son compte, l’affiche du Grand OFF d’Angoulême 2026, quali­fiée par la posteuse initiale de « immonde », sans contra­dic­tion du dessi­na­teur en question (on peut imagi­ner qu’il avait la même opinion). Une fois de plus, je croisais sur le Web des avis qui semblaient venir d’un autre âge sur ce que doit être le « beau dessin ». Une situa­tion qui s’est cristal­li­sée, notam­ment pour les États-Uniens, depuis l’ère Trump. Le « beau » étant évidem­ment un travail réaliste (ou semi-réaliste) bien soigné, héritier des peintres pompiers et de l’Âge d’Or de l’illustration US.

Une affaire de regard torve

Dans ces « débats », on ne retrouve jamais le nom de Moebius/​Giraud, pourtant héritier, dans son dessin western, de la tradi­tion évoquée plus haut, mais qui, dans son travail moebiu­sien, est plutôt inspi­ré d’une autre tradi­tion : le dessin magique. Même si, dans le cas de Moebius, ça s’appuie sur la technique accumu­lée. La répéti­tion des formes, le trait sans prépa­ra­tion, l’évocation d’objets par des lignes simples et immédia­te­ment inter­pré­tées par le cerveau, c’est aussi du dessin, et un dessin qui remonte à très loin, aux origines du monde et à l’enfance.

Ardoise magique

Avec David B, on est dans le dessin totale­ment magique. Il a racon­té dans Ascen­sion du Haut-Mal à quel point le dessin d’armées en bataille le proté­geait de la présence de la Mort. Et pour le coup, la Mort est le thème princi­pal de son dernier ouvrage chez L’Association, le premier album BD depuis bien longtemps puisque David B. semble se consa­crer surtout au scéna­rio ces derniers temps.

Dans Monsieur Chouette, une jeune femme qui a peur de son ombre croise Monsieur Chouette, un animal psycho­pompe – c’est-à-dire qui peut faire voyager les vivants dans le royaume de la Mort. Il propose d’y amener notre héroïne afin de l’aider à se débar­ras­ser de cette ombre effrayante.

Rituels et peau de morts

On ne peut pas dire qu’il y ait une histoire forte avec des enjeux tendus. Comme souvent, ça ressemble plus à une espèce de conte fantas­tique façon litté­ra­ture de l’entre-deux-guerres, une déambu­la­tion onirique où nos person­nages courent pour échap­per à Cerbère qui ne veut pas de vivants sur son terri­toire. Le gros intérêt du livre, c’est la descrip­tion d’un univers étonnant où, toutes les nuits, les objets morts se rajoutent (immeubles, voitures, mers, usten­siles…), où les morts miment la vie et les vivants doivent prati­quer des rites (magiques) pour éviter d’être recon­nus pour ce qu’ils sont. C’est fasci­nant et toujours frustrant pour moi. À noter que ces morts ressemblent plus à des créatures diverses, dans la tradi­tion graphique de David B., qu’à des humains décédés et on ne croise­ra aucun petit enfant qui pourrait foutre les chocottes à la lectrice/​au lecteur.

Côté dessin, j’ai juste décou­vert l’apparition de hachures qui font (un peu) penser à Edward Gorey. Je ne sais pas trop à qui conseiller l’album (les fans seront de toute manière ravis), et je l’ai claire­ment acheté en soutien à l’auteur et à L’Association.

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4 commentaires

  1. Oh,je suis ravi de ton billet !
    David B. Explore, exhale toutes les richesses de la bande dessinée.
    Remarquable.
    Avais tu lu son histoire avec Éric Lambe !?

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