
Le premier mai 2025 disparaissait Lidwine , un auteur qui aura marqué son époque… par son absence, avec seulement deux albums publiés chez les grands éditeurs BD.
C’est soigné, mais ça prend combien de temps à faire ?
Autant être franc, ce ne sont pas ces deux albums qui motivent mon hommage, mais la personnalité d’un auteur très à côté du petit monde BD traditionnel. J’ai eu la chance – via Emmanuel Lepage – d’aller manger le pain de Lidwine dans sa maison perdue au fin fond de la Bretagne. Il nous a fait visiter son atelier, nous a montré le découpage de Cromwell (si je ne me trompe pas) pour la reprise de La quête de l’Oiseau du Temps qu’on lui avait envoyé pour qu’il reprenne le flambeau. Il s’était amuser à faire une ou deux planches d’essai, mais ça ne l’intéressait pas. C’était une personne passionnée et entière, qui travaillait des éléments de ses planches quand l’inspiration lui venait et dans le plus grand désordre. Pas étonnant qu’il ait fallu sept ans pour achever le prologue de la saga fantasy qu’il ruminait : Le dernier Loup d’Oz.
Le premier sera le dernier
Dans mes souvenirs, Le dernier Loup d’Oz (1994), prologue d’une série, est annoncé dans les tous premiers catalogues des éditions Delcourt. Une annonce qui sera reprise année après année avant une délivrance qui ravira les amateurs de fantasy au dessin réaliste.
Pour ce billet, j’ai essayé de le relire. Et j’avoue que ça m’est un peu tombé des mains. Le récit est très sérieux avec une race à tête de loup en voie de disparition, de l’amitié et de l’amour, des complots politiques… Le dessin est dans la tradition de Giraud, ce qui explique probablement en grande partie la hype autout de l’album : une fantasy dessinée comme un Blueberry ! Mais un Blueberry avec des double pages, des effets de lumière et un peu de trop de détails. Avec le recul, je me rends compte qu’en en faisant moins, Lidwine aurait pu atteindre un résultat tout aussi spectaculaire. Mais j’imagine qu’il avait besoin de se perdre dans son dessin.
Oiseau écolo
Vous avez bien lu, ce premier album n’était qu’un prologue. Les lecteurs n’en connaîtront jamais la suite. En 1998 sort le cinquième tome de La quête. Finalement, Lidwine a changé d’avis sur le sujet et assume le dessin. Mais il a pris quatre ans pour réaliser ce qui doit relancer la franchise. Le Tendre et Loisel préfèrent trouver un autre dessinateur.
À partir de là, Lidwine ne va plus publier que des illustrations et quelques histoires courtes dans des collectifs pour les éditeurs mainstream. Par contre, il va continuer son travail pour des causes qu’il soutient depuis longtemps, notamment l’écologie. Affiches, dessins de presse, il publie des recueils à compte d’auteur sous le pseudonyme de Marcel de la Gare. De temps en temps, j’essayais de voir ce qu’il devenait et j’ai franchement ri lorsque j’ai découvert un échange de messages avec des souscripteurs mécontents se plaignant… du retard dans le bouclage de l’album pour lequel ils avaient avancé de l’argent.
Je regrette un peu de ne pas avoir eu la chance de ne pas plus le croiser. J’ai un faible pour les dessinateurs qui n’en font qu’à leur tête, particulièrement lorsque leur travail correspond à un public large. Je rajoute quelques images d’un ouvrage publié à compte d’auteur qui rappelle un peu Claveloux ou Barbe (oui, c’est large).















Très intéressant. Merci
De rien.
Un hommage, des souvenirs, un profil type d’auteur pas taillé pour la bd…
Dans Metal il y avait jean claude Gal, autre rythme, des méticuleux,me souviens de thierry Segur, c’est loin mais ces rares livres de Lidwine m’avaient marqué…
C’est lourd,ça a du poids mais travaillé avec finesses,soins qui s’échappent du récit…
Dans le genre j’étais fou du travail de Lelong …
Ça en fait des ”mourus”.
Et je m’égare.
C’est vrai que Gal est un peu dans la même lignée – et univers – et lenteur. Je lui dois mon premier prix BD :-) Il faudrait que je relise du Carmen Cru. À son époque, ce n’était pas trop mon type de BD.
À ses débuts, Max Cabanes incarnait aussi ce courant,la parenté avec la gravure,mais il a su s’en défaire, se trouver un langage…
Je peux en savoir davantage sur Gal et ce tendre souvenir d’un premier prix !?
C’est bien vrai pour Cabanes. Mais il avait des histoires à raconter et il a fallut faire un choix pour trouver le temps de les développer. Lidwine a fait un choix inverse.
Quand j’étais étudiant à Metz, il y a eu un mini festival BD avec un concours amateur. Il y a eu deux prix dont un prix décerné par les pros et Gal m’a félicité – j’ai eu celui des pros. Je ne me rappelle plus qui d’autres étaient présents. Je n’ai pas pu passer aux séances de dédicaces semble-t-il. Mais j’ai vite oublié cette histoire parce que j’étais un peu agacé. Mon prix était plus ”prestigieux” sauf que le voyage a été offert à l’autre gagnant. Ça m’a paru un peu bidonné.
Merci
Un souci du détail ( le loup), et des pleines pages illustrées, qui me rappellent aussi, pour ma part, un certain Philippe Druillet.
Ce sont deux approches très différentes parce que Lidwine s’inscrit dans une tradition du dessin réaliste que Druillet évite complètement, à mon avis.
J’ai eu l’immense chance de coscenariser avec Dominique Lidwine l’album Les petits riens qui changent tout paru aux éditions Bamboo. Je ne remets toujours pas de son départ. C’était un homme exceptionnel.
Merci pour ce témoignage.