
Quelques fois, à la recherche d’ouvrages consacrés à l’image, je ne prends pas le chemin le plus direct. Je me perds dans des boutiques exotiques, à l’affût d’une perle rare qui peut se révéler décevante. Prenons le cas Simplicissimus. Il y avait un ouvrage évident à acquérir. Et, non, j’ai fait mon snob.
Simplicissimus (Stanley Appelbaum – Dover)

Sous titré One-Hundred Eighty Satirical Drawings from the Famous German Weekly, l’ouvrage compilé par Stanley Appelbaum est publié aux USA dans les années 1970 et fait partie, comme les Kley chez le même éditeur, des ouvrages qui ont permis de remettre en lumière ces artistes européens incroyables de l’époque
Alors, je sais pourquoi je ne l’ai pas acheté tout de suite. Déjà, il est compliqué à trouver en France à un prix correct. Et sa couverture est un peu repoussoir — j’ai craint que le contenu ne compile des images un peu lambda de la fameuse revue allemande. Mais un passage sur le Bon Coin m’a permis de lever mes derniers scrupules.
Appelbaum propose un contenu rédactionnel riche avec une courte biographie de chaque artiste présenté et une présentation du magazine. Les légendes sont traduites en anglais (et on découvre que ça ne vole pas toujours très haut). La chapitre reproductions comporte une courte partie en couleurs et la majorité en noir et blanc. Les images sont classées par artiste, eux-même par ordre alphabétique.
Le choix présenté donne l’impression qu’il y a une volonté de proposer un maximum d’artistes (certains noms ne me parlaient pas du tout) avec un avantage pour les plus connus au point de donner peut-être une image faussée de leur apport véritable au magazine. Il y a par exemple Pascin, Chéret, Grosz, Kollwitz ou Kubin. Blix est le grand perdant, pour une raison que j’ignore.
C’est un Dover, ça signifie des reproductions couleur un peu étranges, très lisses. Le trait ne pose pas de problème, mais je subodore qu’il y a des couleurs qui sont passées en gris, je n’ai pas checké. Le grand avantage de cet ouvrage, c’est qu’il propose des images pour leur qualité artistique plus que pour leur intérêt historique ou sociétal.
Eduard Thöny (Amira éditeur)

Eduard Thöny – Berlin um 1900. Karikaturen für den Simplicissimus, voilà une belle démonstration que les Allemands aiment les titres à rallonge. Il n’y a pas beaucoup d’ouvrages consacrés à des auteurs précis de Simplicissimus et, surtout, à cette partie de leur travail.
Ce Berlin um 1900 est donc super pointu en ciblant le travail d’Eduard Thöny, une des figures importantes du journal, sur la période d’avant la Première Guerre mondiale — sachant que la revue a duré à peu près jusqu’à la fin de la Seconde.
Eduard Thöny (1866 – 1950) est né en Autriche. Après une formation artistique assez classique de l’époque, il travaille en Allemagne et il rejoint en 1896 Simplicissimus (il travaille en parallèle avec d’autres magazines satiriques de l’époque). Il fait partie des artistes qui arrachent au propriétaire du magazine un changement de statut qui les mets en position de dirigeants.
Si le livre se concentre sur cette période de sa production, c’est parce que c’est à ce moment que Thöny est le plus mordant. Il représente une bonne partie de la société allemande de l’époque, mais se concentre surtout sur les militaires, à l’époque avec des textes antimilitaristes. Paradoxalement, ce travail est très populaire dans l’armée et, à partir de la Première Guerre mondiale, devient nationaliste et pro-militaire.
En 1933, une partie de l’équipe de Simplicissimus est contrainte de quitter le pays, sous la pression du parti Nazi. Pas Thöny qui sera nommé professeur honoraire de l’académie des Beaux-Arts de Munich par Adolf Hitler. Son travail de peintre est exposé dans les manifestations officielles du régime et il est sur la liste des artistes importants. Un de ses fils meurt au combat en 1941 en tant que pilote, le second, officier SS, est fait prisonnier sur le front de l’Est.
La page Wikipédia française charge le personnage, soulignant sa proximité avec le régime hitlérien et un travail de propagande. La page allemande est plus nuancée, soulignant le fait que Thöny n’écrivait jamais les textes qui illustraient ses images. Il est donc difficile de savoir ce qu’il en est réellement de ses opinions politiques véritables (sauf info nouvelle), même s’il est clair qu’il n’était pas en opposition avec la politique de Hitler.
Une grande partie de ses œuvres originales va partir en fumée en 1944.
Il est comment le livre ?
Deux cent pages avec un papier épais glacé, l’ouvrage présente une image sur la page de droite et la légende sur la page de gauche. Le point important à souligner, c’est que ce sont pour la plupart des reproductions d’originaux, ce qui permet de découvrir sa méthode de travail avec des recherches de matières, des collages, etc… Par contre, je regrette quelque peu l’abondance de représentation de soldats. Ça saoule un peu.
Il va falloir que je fasse une page pour résumer mon avis sur ces différents ouvrages consacrés à Simplicissimus.




















C’est une plongée dans l’audace, la beauté, la suprême intelligence de l’équilibre d’une image;savoir composer entre trait et absence de trait, les noirs et les blancs sachant se fondre et,ou accueillir la couleur…un bonheur, toujours renouvelé…tout avait été dit, il n’y a plus qu’à le répéter ou faire passer…
C’est un maître de la masse.
Ps j’attends la page sur cette somme de livres…on ne s’instruit jamais assez…
Aux côtés du département Beuville…
C’est surtout un problème de temps.