Monstres et malédictions, deux BD qui font un peu peur

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Amotken, une enquête du lieutenant Bertillon (Cyrille Pommès & Carine Barth – Dupuis)

Un inspec­teur falot, peu aimé de ses collègues et sa hiérar­chie, enquête sur la mort suspecte d’un forain. Enfin, qu’il juge suspecte, parce que ni les autori­tés ni la famille de forain ne veulent le voir traîner sur les lieux. Jusqu’à ce que surgissent des histoires de vieille malédiction.

Avoir une chèvre comme bon copain

Un enquê­teur un peu perdu et une malédic­tion familiale, ça fait un peu série télé France TV et, si ça se lit agréa­ble­ment, je ne vais pas faire croire que c’est ma tasse de thé. Après, c’est une histoire pour le magazine Spirou ne peut pas lorgner du côté de Ellroy ou Peace.

C’est un peu dommage en ce qui me concerne, puisque ça fait super longtemps que je voulais parler du travail graphique de Cyrille Pommès qui a un dessin très origi­nal. Mais, à chaque fois, les théma­tiques m’ont fait hésiter. J’avais bien acheté Moon, une chronique adoles­cente au bord de mer en hiver. Mais, c’était plié d’avance, ce n’était pas pour moi.

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Trêve de pleur­ni­che­ries, parlons plutôt du dessin. Toute la première partie de l’histoire se dérou­lant dans la fête foraine, la plupart des dessi­na­teurs auraient des suées en pensant à tous les trucs complexes à dessi­ner type manèges. Aucun problème pour Pommès qui multi­plie les angles de vues avec une facili­té décon­cer­tante. Il faut dire qu’il a un sens des formes et volumes impres­sion­nant. Tout paraît simple et évident. Et ses person­nages sont délicieux et semblent danser d’énergie. Pas étonnant que Mike Migno­la lui-même ait écrit une préface à cet album pour dire son admira­tion. Ça vous pose un dessinateur.

À noter que ce n’est pas vraiment une actua­li­té BD. Il y a eu deux volumes consa­crés au lieute­nant Bertillon et le dernier album de Pommès, c’est Les enfants de Chatom, scéna­ri­sé par Thomas Lavache­ry, d’après son propre roman jeunesse (qui a l’air très bien). Publié par Rue de Sèvres.

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Thrillerville (Lerenard & Puvilland – Daniel Maghen)

Thril­ler­ville est une BD from Québec qui m’a été chaude­ment recom­man­dée par Laurence Croix, qui en a assuré les couleurs. L’univers avait l’air rigolo, le dessin sympa et c’est une vraie histoire barrée, ça nous change un peu du sérieux dans les rayons des libraires. Allez, vendu.

Qui fait plus peur que Michael ?

Le titre n’est pas une référence au genre policier, mais plutôt à la chanson du fameux chanteur décolo­ré amateur de petits garçons. Celle où des zombies sortent des tombes pour danser comme des chochottes.

Ainsi donc, une petite locali­té au milieu de la forêt, près d’un lac, où repose une ancienne usine chimique. Un endroit parfait pour le repos… éternel. C’est qu’entre le Sasquatch (ou Bigfoot) local qui a une furieuse tendance à se nourrir sur le randon­neur, la chose dans le lac ou le retour du tueur en série local, on ne peut pas dire que l’on s’ennuie à Thrillerville.

Lerenard vient de l’audiovisuel et ça se sent dans le scéna­rio. Le me suis quelque fois deman­dé si ça partait en délire, mais Lerenard cadre bien tout ça et c’est un peu construit comme une série, avec par exemple des flash­backs sur certains person­nages, des lieux très définis, et des inter­ac­tions entre person­nages bien construites. Lerenard fait des repérages pour des tournages et on sent presque les consignes en amont pour prépa­rer le set.

Côté dessin, Puvilland fait le job. Le décou­page est dynamique, les persos bien rendus et le côté gore des situa­tions est atténué (heureu­se­ment, parce que les auteurs y vont gaiement dans l’étripage).

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Au final, un bon moment de lecture sans prise de tête, qui détourne avec malice sur les codes du thril­ler d’horreur, du film de monstre ou d’horreur et même comics, tout cela dans une ambiance québé­coise au fond des bois qui ajoute une touche de singularité.

Ce qui est étonnant, c’est que ce soit publié chez Daniel Maghen, le célèbre galeriste, puisque ça a été dessi­né direct à l’ordi. Pas de planche à vendre.

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