Pierre Gabus & Romuald Reutimann : l’interview sur Cité 14 (2/​2)

Retrou­vez la première partie de cette inter­view ici !

L’interview – seconde partie

Une grande partie de l’ori­gi­na­li­té de Cité, c’est le mélange déton­nant d’humains, de person­nages anima­liers et d’extra-terrestres. D’où vient cette idée ? On découvre pourquoi les ET vivent dans Cité mais pas les animaux. Ce sera expli­qué ?

RR – Avant de débuter, Pierre m’avait deman­dé ce que j’avais envie de dessi­ner. Je lui avais fait un genre de liste qui corres­pon­dait aux dessins perdus que je faisais pour moi, polar, animaux, humour un peu loufoque, super-héros, ambiance urbaine…
Je n’avais pas imagi­né qu’il aurait TOUT mis.

PG – Concer­nant les animaux costu­més, pour nous c’est intéres­sant qu’il soit sous-enten­du qu’ils ne sont pas exacte­ment sur le même plan que les humains. Qu’à un moment, il y a eu une mutation ou un choix, que certains animaux regrettent plus ou moins ce choix (les néo-naturals des serres) que d’autres animaux restent des animaux (le serpent d’Hector, la souris d’Hoyerdinsk) et que même les véritables conver­tis gardent des carac­té­ris­tiques animales (les taupes sont myopes, les crapauds ont beaucoup d’enfants qui ne leur ressemblent pas). C’est possible qu’un jour, cette mutation soit racon­tée mais il faudra pour cela que nous trouvions une expli­ca­tion vraiment intéres­sante, sinon autant garder le mystère.

Cité 14 a une base film noir années 40. D’où vient ce choix ? Et pourquoi l’avoir enrichi et dévelop­pé à ce point ? On a un peu l’impres­sion que vous avez voulu mettre tous les genres : polar, SF, fantas­tique (avec le person­nage de la medium).

RR – Je crois qu’il n’y a pas vraiment de volon­té réelle de « mélange ». C’est juste cohérent dans l’univers de Cité 14 tel qu’il s’est dévelop­pé.

”Pour ma part, c’est ce « mélange » qui est excitant. Faire juste un polar, ou juste une histoire de science fiction, ou juste une aventure avec des animaux costu­més ne m’aurait pas spécia­le­ment embal­lé…” PG – Pour ma part, c’est ce « mélange » qui est excitant. Faire juste un polar, ou juste une histoire de science fiction, ou juste une aventure avec des animaux costu­més ne m’aurait pas spécia­le­ment embal­lé. Tout mélan­ger et que l’ensemble tienne debout, j’adore.

Les person­nages ont tous un parcours très dur et semblent expier leurs fautes passées (le pompon pour le journa­liste qui prend dérouillées sur dérouillées).

PG – L’explication la plus vraisem­blable est que je suis un peu sadique. Malgré tout, je suis conscient d’y être allé un peu fort avec Hector et je le regrette un peu (notam­ment parce que son œil en moins lui enlève de l’expression). La fin de la saison 2 sera plus apaisée. Ceci dit, pour que le lecteur éprouve un minimum de crainte pour les person­nages, il faut qu’il pense les auteurs capables de leur faire subir des misères pour de bon… Le côté « je mets une éraflure de temps en temps dans le gras de la jambe de mon héros mais pas plus » n’aide pas à rentrer pour de bon dans l’histoire.

Cité 14 fonctionne un peu comme des poupées russes : l’uni­vers (compre­nant les étoiles et les ET), la planète où se situe Cité 14 (la Terre ?), Cité 14 elle-même, la tour Bambell, la réserve/​serre…

PG – C’est pas faux… Je ne dirai pas que c’est conscient de ma part mais c’est juste. L’image me plaît bien et l’idée qu’on s’intéresse parfois à un problème un peu général et d’autres fois à des petites choses futiles reflète bien la série aussi.

Comment fonctionne votre colla­bo­ra­tion, comment vous êtes vous rencon­trés ? Est-ce que Reuti­mann influence le scéna­rio ?

PG – Nous nous sommes rencon­trés en 1997 me semble-t-il grâce à Natha­lie, la compagne de Romuald. C’était à l’occasion d’une de ses exposi­tions (des dessins très réalistes à la craies sur les murs des sous-sols du musée de Cherbourg). A l’époque, je lui ai propo­sé divers petits scéna­rios en essayant de suivre ses envies mais mon travail ne l’a pas vraiment embal­lé. J’ai reten­té ma chance en 2003 en lui envoyant le scéna­rio de Valbert qu’il a bien voulu dessi­ner. Depuis, nous avons du faire une bonne quinzaine de projets ensemble. Pour Cité 14 comme pour nos autres séries, j’écris tout. Par contre pour cette série plus que pour la plupart des autres, Romuald joue un rôle impor­tant de donneur d’idées (on peut citer par exemple les serres et les néo-naturals ou bien Krapal la crapule et le gang des frères têtards…). Après, j’en fait ce que je veux et je lui ressers souvent le tout modifié alors qu’il ne s’en souvient plus.

Le style du dessin est parfai­te­ment défini dès le début de l’his­toire. Est-ce que c’est venu
naturel­le­ment, est-ce qu’il y a eu un travail préli­mi­naire ?

RR – Ce dessin est vraiment venu naturel­le­ment. Au départ, notre véritable soucis, c’était de savoir si nous étions capables de produire un épisode de 22 pages par mois. Ensuite le dessin s’est équili­bré entre ce que je suis capable de dessi­ner, la néces­si­té d’un certain niveau de détails, une certaine esthé­tique, mon courage et le temps imposé pour sortir la page.

Tu expliques sur le blog que tu réalises les planches entiè­re­ment à la palette. Quel logiciel utilises-tu ? Comment en es-tu arrivé là ?

RR – Au départ, pour notre premier album, Valbert, j’avais commen­cé sur papier, au stylo. Je scannais la page pour faire les correc­tions à la tablette sous Photo­shop, et au bout d’un moment, je passais telle­ment de temps à faire ces retouches que je me suis dit que je ferais tout aussi bien de faire ça à la tablette direc­te­ment. Ce que j’ai fait.
Et heureu­se­ment d’ailleurs, parce que nous changeons telle­ment de choses sur les pages avant de les envoyer que je n’imagine même pas comment font les autres dessi­na­teurs sans cet outil !

Pour le lecteur, il y a eu trois années d’attente. Comment avez-vous géré cette période ? Est-ce qu’il n’aurait pas été plus simple de passer à un autre projet ? Comment attaquez-vous cette nouvelle saison ? Est-ce qu’il est déjà prévu une troisième saison ?

RR – Cette période a été assez diffi­cile puisque pendant près d’un an et demi nous ne savions pas si Paquet allait faire la saison 2 ou pas. Dans l’espoir que la situa­tion se débloque nous avions commen­cé douce­ment la saison 2 et puis ne voyant rien venir nous avons dévelop­pé d’autres projets sans le moindre succès. Ensuite j’ai rencon­tré Jerry Frissen par l’intermédiaire de Gobi rencon­tré dans un festi­val. Jerry m’a propo­sé de reprendre la série des Lucha­do­ri­tos que dessi­nait Hervé Tanque­relle dans Lucha Libre. Peu après, les Humanos se sont montrés intéres­sés par la reprise de Cité 14 et ont entamés des négocia­tions avec Paquet.

”Toutes ces péripé­ties nous ont un peu échau­dés et nous avons donc décidé de boucler toutes les intrigues à la fin de la saison 2…”PG – Toutes ces péripé­ties nous ont un peu échau­dés et nous avons donc décidé de boucler toutes les intrigues à la fin de la saison 2. Ceci dit les Humanoïdes Associés semblent croire beaucoup à la série et sont a priori d’accords pour une saison 3 (dont nous avons en grande partie la matière). Avant de la commen­cer, il est bien possible qu’on fasse une mini-saison sur le comman­dant Bigoo­dee et ses sœurs.

Quelles BD lisez-vous en ce moment ?
PG – En ce qui concerne mes derniers achats que j’ai bien aimés : pour les BD franco-belges jeunesse, je suis fan du Royaume (Benoit Ferou­mont) et les Épatantes aventures de Jules d’Émile Bravo. Pour le comics Y – le dernier homme (Brian K. VaughanPia Guerra) m’a beaucoup plu. Pour la bd un peu intel­lo-branché Rébeti­ko (David Prudhomme) me semble un très bon album. Pour le mains­tream 46 planches couleur j’ai lu avec plaisir Holly­wood de Jack Manini et Marc Malès. Et enfin dans un genre dont je ne raffole pourtant pas en BD, j’ai lu deux autobio­gra­phies qui m’ont bien plu : L’art de voler (Antonio Altar­ri­baKim) et Une vie chinoise (ÔtiéLi Kunwu)… Mais j’oublie sans doute des choses.

RR – En ce moment je lis, dans des genres très diffé­rents Soil de Atsushi Kaneko, Run Day Burst de Yûkô Osada (en même temps que mon môme de dix ans), La plaine du Kanto de Zuo Kamigu­ra, Sublife de John Pham chez Cambou­ra­kis, le dernier Jules de Bravo, le dernier Schrau­wen (ce type m’épate toujours) – Le miroir de Mowgli – un album muet qui me donne envie de dessi­ner et de racon­ter. Son précé­dent, L’homme qui avait la barbe qui poussait était incroyable aussi. Quand je lis ce type je me dis que, décidé­ment, tout reste à faire…Il utilise à merveille les codes de la bande-dessi­née pour faire quelque chose d’unique et j’adore ça.
J’aime beaucoup Ruppert et Mulot aussi. Avec moi ça marche à chaque fois.
J’avais adoré, le Taxis­ta de Marti qui était sorti chez Corné­lius il y a bien deux ans (mais en fait ça date des années 80)… Un truc énorme pour moi dans le genre feuille­ton noir entre Dan Clowes et Chester Gould.…
Je suis égale­ment la réédi­tion des Peanuts de Schultz
Diffi­cile d’iso­ler un genre…
100 bullets (RissoAzzare­lo) aussi j’aime beaucoup..

Compléments

Romuald Reuti­mann anime un atelier artis­tique, l’ate­lier de la Passe­relle, desti­né à des adultes déficients mentaux. Retrou­vez le site de l’ate­lier ici : http://​lapas​se​relle​-acais​.blogspot​.com/
Il travaille aussi sur de nombreux projets ‑surtout pour le plaisir de créer et pour la recherche semble-t-il- et m’a genti­ment autori­sé à publier une planche de son travail person­nel.
Encore merci à tous les deux pour avoir accep­té cette inter­view…

recherches personnelles – Reutimann
recherches person­nelles – Reuti­mann

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, infor­mez-moi en sélec­tion­nant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée.

Étiquettes
, ,

4 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *