The Life and Art of Alex Toth – vol.1 (Dean Mullaney & Bruce Canwell)

Réali­sé par le fameux tandem respon­sable du gros pavé sur Noël Sickles, Dean Mulla­ney et Bruce Canwell, voilà le premier tome d’une trilo­gie à complé­ter consa­crée à un des dessi­na­teurs les plus influents de l’histoire du comics US, Alex Toth (1926 – 2006).
En France, les quelques histoires qui ont franchi l’Atlantique à partir des années 70, sous forme de recueil chez Icare, un one shot Futuro­po­lis ou pour Torpé­do (d’une classe infer­nale), ne laissait aucun doute sur le talent énorme du bonhomme. Mais ce n’était évidem­ment qu’une vision fragmen­taire du travail de Toth. Depuis les années 80, de nombreux livres consa­crés à son travail, ses dessins voire sa corres­pon­dance ont été publiés (derniè­re­ment un recueil repre­nant tout son travail pour Zorro). Visible­ment, les trois livres reprennent l’oeuvre de Toth de manière chrono­lo­gique, allant jusqu’au tout début des années 60 pour ce Genius isola­ted. Les auteurs ont fait un gros boulot de recherche, inter­vie­want la famille, les amis ou les anciens colla­bo­ra­teurs de Toth, illus­trant leurs propos d’histoires complètes, de planches inache­vées et divers travaux, suivant le trajet de Toth de New York à Holly­wood en passant par le Japon. C’est du lourd et du sérieux.
On décou­vri­ra donc son travail tout terrain (western, fantas­tique, romance) notam­ment pour Standard Comics, ses comics réali­sés pour le journal de son régiment au Japon (Jon Fury) et comment il est parti à Los Angeles travailler pour Western, adapter des séries télé au format journal. C’est qu’il a bougé l’ami Toth, soit par obliga­tion profes­sion­nelle (le marché du comics prenant en pleine tête la censure du Comics Code Autho­ri­ty) soit… qu’il ait clashé avec ses direc­teurs artis­tiques. Car la réputa­tion de Toth dans le milieu du comics, c’est aussi son carac­tère ”entier” qui le fait casser des amitiés de vingt ans sur une phrase malheu­reuse et claquer les portes des maisons d’éditions pour désac­cord artis­tique ou person­nel. Ces rapports diffi­ciles avec les autres (certains témoins parlent de possibles problèmes médicaux) vont miner toute sa carrière et expliquent en partie ses dents de scie et l’absence d’une oeuvre impor­tante person­nelle.
Il faut dire que dans les années 40/​50, le dessi­na­teur dessine et le scéna­riste scéna­rise. Ainsi, si les histoires présen­tées dans ce premier recueil impres­sionnent par la préco­ci­té du talent de Toth, on ne peut pas dire que les scéna­rios soient tous passion­nants à lire. Romances prêchi prêcha, fantas­tique à deux balles sont trans­cen­dés par un décou­page et une effica­ci­té souvent innovantes mais on est quand même loin des univers en construc­tion dont nous avons l’habitude dans la BD franco-belge depuis Hergé. Toth ne s’entendra pas avec Kurtz­man avec lequel il ne colla­bore que deux fois, peu motivé par le dirigisme de ce dernier et le seul exemple de comics entiè­re­ment conçu et réali­sé par lui-même, c’est l’intégrale des planches de Jon Fury réali­sées dans des condi­tions techniques compli­quées alors qu’il gère le magazine du régiment basé au Japon où il fait son devoir. Jon Fury est un beau gosse qui travaille à Holly­wood et qui vient au Japon enquê­ter sur la dispa­ri­tion de son frère jumeau (!). On ne voit pas grand chose dusdit Japon, l’histoire est cousue de fil blanc et se contente d’une suite de péripé­ties – d’une grande classe graphique, il faut l’avouer. Cette diffi­cul­té à conce­voir ses propres histoires va peser lourde­ment dans la créati­vi­té de Toth… Histoire à suivre dans le tome 2 ? On annonce déjà en arrivée dans ma boîte aux lettres un recueil Toth publié par Fanta­gra­phics.

en fait, c'est son beau-frère

des avions et des locomotives

c'est chic, le lettrage en rouge

Si vous hésitez, vous pouvez aussi lire mon billet sur Setting the Standard, le livre publié par Fanta­gra­phics repre­nant des histoires datant de 1952/​54.

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10 commentaires

  • Oui, non, ce sont vraiment des poses très classiques que tout le monde repompe sur photos ou sur collègues, ça n’a rien de honteux.

  • Alex Toth c’est graphi­que­ment sublime ! J’avais été marqué par quelques histoires style Creepy dans les recueils Hurle­ments et Mécanique cosmique au début des années 1980. Depuis, à part Zorro (bof).… Je suppose que l’intégrale dont tu parles est en anglais et qu’il va falloir se gratter pour une traduc­tion ?

  • @olivier : tout à fait Thier­ry. Dans un billet consa­cré aux livres de Noël. J’ai atten­du pour l’acheter en espèrant le choper à petit prix mais quand Amazone France a annon­cé qu’il n’était plus dispo­nible chez eux, j’ai préfé­ré prendre les devants.

    @Eric Tao : tout à faite Thier­ryte, c’est complè­te­ment en anglais US. En VO non sous titré !

  • j’ai un peu honte mais je l’ai eu à petit prix avant parution chez amazon. Un gros recueil de ses histoires devrait paraitre sous peu chez Fanta­gra­phics. Peu de chance de voir tout ça en français, mais quelle impor­tance ? Anybo­dy can read English ! J’ai même eu une élève de cinquième qui lisait Harry Potter en V.O.! A onze ans !
    Ceci dit c’est vraiment un trés beau bouquin. Vivement les deux suivants ! Dommage qu’ils aient réduit la belle biblio­gra­phie inter­na­tio­nale de François San Millan à sa partie yankee unique­ment. Foutus ricains. Eux et tant pis pour le reste du monde ! D’un autre côté il faut recon­naitre qu’on trouve de tout et tout le monde chez eux, même des appren­tis pilotes de chez al-quaïda.

  • Ça va, je ne l’ai pas payé plein pot non plus :-) C’est vrai que ce n’est pas d’un anglais très soute­nu mais paradoxa­le­ment ce n’est pas toujours évident dans certaines histoires avec un langage très populaire.

    • @kris : je pensais que ça serait sorti plus vite. Du coup, je vais sûrement l’acheter vu que c’est assez calme pour le moment côté beaux livres. Je n’ai rien vu d’annoncé pour Noël.

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