The Lone Ranger, un western ketchup de Gore Verbinski

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Pirates de l’Ouest

Il semble­rait que je sois désor­mais desti­né à sauver les block­bus­ters de l’opprobre dans lequel les critiques plongent les films grands public. Effrayé par les avis négatifs d’une grande partie des journa­listes payés pour aller au cinéma et pas tout à fait convain­cu par les suites de Pirate des Caraïbes (mêmes réali­sa­teur et tête d’affiche) , je m’étais dispen­sé du Lone Ranger de Gore Verbins­ki. Évidem­ment, le passage à la télé était une bonne occasion de ricaner devant l’inanité des grosses produc­tions commer­ciales US. Et la surprise fut.

The Lone Ranger est d’abord une série radio des années 1930 avant de devenir une série télévi­sion et d’essaimer sous diffé­rents formats. Le scéna­rio du film reprend à peu près le début de l’histoire origi­nale : John Reid (Armie Hammer), jeune procu­reur épris de justice est porté pour mort dans une embus­cade mais il a été sauvé par l’Indien Tonto (Johnny Depp) qui le fait porter un masque pour rétablir la justice (on retrouve la même base dans la naissance du Spirit de Eisner). Évidem­ment, c’est plus tordu chez Verbins­ki. Repre­nons au début.

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Il était une fois dans le train

En 1933, à San Francis­co, un petit garçon habillé du costume du Lone Ranger entre dans une attrac­tion de fête foraine et découvre un Indien momifié en fait encore vivant, Tonto, qui lui raconte la vraie histoire de l’origine du Ranger. John Reid, idéaliste, survit à une embus­cade où l’ensemble des Rangers menés par son frère meurent. Pour Tonto, Reid a été choisi par un esprit qui apparaît sous forme d’un cheval blanc au compor­te­ment étonnant afin de l’aider à venger son peuple massa­cré par deux brutes possé­dées par le démon de l’argent.

Le film est donc avant tout une histoire effrayante racon­tée pas un Indien qui semble complè­te­ment gâteux (il nourrit un corbeau mort perché sur sa tête). Elle confronte Tonto qui croit en une lutte d’esprits supérieurs à un Blanc raison­nable qui refuse d’endosser le rôle qu’on lui assigne. Comme pour les Pirates, le film est rempli de seconds rôles aux trognes expres­sives (on retrouve le pirate qui aime s’habiller en fille et Helena Bonham Carter en tenan­cière de maison close à la jambe en ivoire). Pour le coup, on se rend vite compte que les influences de Verbins­ki ne viennent pas du western classique holly­woo­dien mais bien du spaghet­ti et parti­cu­liè­re­ment de Sergeo Leone, ce que j’avais déjà dûment noté dans son western d’animation Rango].
En fait, les clins d’œil et théma­tiques leoniennes foisonnent (et c’est sûr que j’ai dû en louper un paquet). Le film est une histoire d’enfant qui trouve sa revanche des années après comme dans Il était une fois dans l’Ouest et on y retrouve aussi le thème de la locomo­tive qui sert aussi bien le dévelop­pe­ment écono­mique que la fin d’un monde en appor­tant avec elle la violence liée à l’avidité. Le méchant se retrouve traîné dans le désert et une ombrelle de femme rappelle des choses. Le person­nage traves­ti rappelle Brando dans Missou­ri Breaks (Arthur Penn).
Par contre, le thème du massacre des Indiens est complè­te­ment absent chez Leone et central dans Lone Ranger. Il est traité d’ailleurs de manière très violente avec les Comanches qui partent sur le sentier de la guerre en sachant qu’ils n’ont aucune chance («  Nous ne sommes déjà plus que des fantômes sur cette terre ») avant de se faire massa­crer par un officier fou de Dieu très inspi­ré par le général Custer.

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Du caca dans les yeux

Beaucoup des critiques français ont axé leur article sur l’échec cuisant du film aux États-Unis en pointant le budget, la longueur, un scéna­rio qu’ils jugent boursou­flé et la presta­tion de Depp mais aucun ne semble un instant perce­voir que les théma­tiques abordées sont bien plus sérieuses que l’univers chatoyant et fantas­tique des Pirates. L’avidité des hommes blancs, la violence pour l’assouvir, la respon­sa­bi­li­té des insti­tu­tions (via l’usage de l’armée), le massacre indien ne sont pas obliga­toi­re­ment des sujets aptes à réjouir le grand public états-unien. Et l’absence d’un vrai person­nage féminin fort n’a pas aidé.
Quant au maquillage et au jeu inexpres­sif de Depp, j’y vois une sorte d’hommage à Buster Keaton et à son Mécano de la Générale auquel les cascades sur trains (virtuels) m’ont fait penser.

Finale­ment, un western moderne plus intéres­sant que les pelle­tées de super héros bien pratiques pour éviter de parler de sujets qui fâchent.

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2 commentaires

  • ”dans son western d’animation Django”… Rango, tu veux dire…
    J’avais beaucoup aimé ce Lone Ranger à sa sortie. Après, à la revoyure, force est de consta­ter que c’est quand même bien trop long avec 3/​4 d’heure de ventre mou au milieu (qui se fait ressen­tir d’autant plus que le film démarre sur les chapeaux de roue), mais effec­ti­ve­ment le fond énervé et anti-capita­liste (et quasi­ment anti-améri­cain) de l’affaire est très surpre­nant dans un film de cet acabit. On peut d’ailleurs noter que cette défiance vis-à-vis d’un certain corpo­ra­tisme capita­liste est une constante dans l’œuvre de Verbins­ki, entre les bureau­crates de la Compa­gnie des Indes Orien­tales de Pirates des Caraïbes et les promo­teurs magouilleurs de Rango… Pas vu son dernier ”A cure for life” (qui n’a pas écopé de meilleures critiques) mais là aussi il me semble que ça parlait de socié­té d’ultra-riches pourrie de l’inté­rieur.

    • Je corrige. Je regrette du coup de ne pas être allé voir A Cure for Life qui a été peu appré­cié en effet.

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