L’Afghanistan près de chez vous

Loin de chez nous (Fred Scottlande ‑ France 4)

Quand on est jeune, on se demande pour­quoi les vieux passent leur temps à se plaindre. Quand on est vieux, on ne manque pas de rai­son de se plaindre, de la BD qui était mieux avant, des tomates qui avaient du goût, des moi­neaux qui dis­pa­raissent, des han­ne­tons qui ont dis­pa­ru… Et on tombe sur un truc qui est pro­met­teur et on se dit que l’avenir peut encore appor­ter des trucs sym­pas.
Prenons par exemples les séries télé. J’ai com­men­cé tous mes billets sur le sujet en grom­me­lant que les Français pour­raient quand même faire un peu mieux et l’année der­nière j’ai chro­ni­qué des pro­duc­tions fran­çaises aux­quelles j’ai accro­chées. Et voi­là Loin de chez nous, une série de dix épi­sodes de 26 minutes qui passe en ce moment même sur France 4.

LOIN DE CHEZ NOUS

La France va reti­rer ses troupes d’Afghanistan et une jour­na­liste débarque dans un camp de l’armée où magouille tran­quille­ment le sergent-chef Dostali et sa sec­tion de recon­nais­sance Les chats noirs. Un capi­taine indé­cis, une infir­mière pète-sec, un aumô­nier qui tourne un peu en rond, tout un petit monde puant le treillis s’agite dans un éton­nant mélange humo­ris­tique et dra­ma­tique.

Fred Scottlande, scé­na­riste, réa­li­sa­teur et acteur dans la série, est peu connu ‑ les infos à son sujet sont ridi­cules sur le Web ‑ mais on ne met pas beau­coup de temps à devi­ner qu’il a été sol­dat. Les situa­tions sonnent vraies, les blaguent fonc­tionnent et les rap­ports humains sentent le vécu. C’est déjà une base excel­lente car les fic­tions à base d’Armée fran­çaise ont très très sou­vent pâtit d’approximations foi­reuses ou de mise en scène publi­ci­taire dépri­mante. Mais, évo­lu­tion des mis­sions dévo­lue à la Grande Muette oblige, recru­te­ment pro et nivel­le­ment par le haut du niveau d’étude des bidasses, de plus en plus d’histoires inté­res­santes s’inspirent des troupes modernes (oublions un peu la Grande Guerre et la Seconde Guerre Mondiale, ça nous fera des vacances).

C’est que le grand public voit les troupes de plus en plus sou­vent en action, que ce soit en repor­tages sur le ter­rain d’action ou à tra­vers des docu­men­taires plus ou moins raco­leurs valo­ri­sant l’adrénaline et inquiétant/rassurant le télé­spec­ta­teur avec un par­fum d’aventure qui n’est pas si éloi­gné du besoin d’activité à haut risque dont rêve le vacan­cier moderne. Que la fic­tion s’empare des mili­taires me paraît donc plu­tôt une bonne idée ‑ les États-Uniens ont une grande tra­di­tion de ce genre de chose.
Mais là où Loin de chez nous mérite le vision­nage, c’est que Scottlande a écrit une série avec de nom­breux chan­ge­ment de tons : scènes comiques (les mens­trua­tions fémi­nines expli­quées aux troupes est un grand moment), répliques malignes et blagues idiotes alternent avec une his­toire dra­ma­tique qui risque de tour­ner mal et qui n’élude pas l’inutilité mani­feste de cette opé­ra­tion mili­taire. Et tout cela avec des moyens très limi­tés qui ne sont pas sans ajou­ter au plai­sir du spec­ta­teur aver­ti. Je ne l’ai lu nulle part, mais il y a quelque part là-dedans un peu de l’esprit M.A.S.H de Altman.

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