Et si je commençais à apprécier les séries françaises ?

De nos jours, la série télé semble être devenue le seul sujet de discus­sion cultu­rel trans­gé­né­ra­tion­nel et, si on en croit la plupart des commen­ta­teurs, le refuge de la narra­tion et des histoires ambitieuses. Télémé­rouille publie chaque semaine une chronique où une person­na­li­té crie son amour pour les séries – et j’avoue que lire des écrivains français vanter les quali­tés d’his­toire de séries US me laisse pantois vu ce qu’ils écrivent eux-mêmes.
Si j’ai fini par m’y mettre petit à petit – merci les Danois et merci Breaking Bad et merci Drôles de dames et Magnum – j’ai rarement été convain­cu d’une éventuelle ”supério­ri­té” de la série sur le cinéma ou le roman. La longueur de la série moderne permet­trait de creuser profon­dé­ment les person­nages mais, en contre partie, ces person­nages finissent réguliè­re­ment par se contre dire eux-mêmes du fait du besoin de rebon­dis­se­ments perpé­tuels de ce système de narra­tion. Évidem­ment, ce problème dispa­raît dans le cadre de mini-série – entiè­re­ment scéna­ri­sée dés le début – voire d’adap­ta­tion de saga romanesque comme le très média­ti­sé et un peu sures­ti­mé Game of Throne. En y réflé­chis­sant bien, si la série est portée aux nues, c’est parce qu’elle touche un public qui ne lit plus (les person­nages chez Victor Hugo ou Alexandre Dumas ont toute la place pour se dévelop­per, merci) ou qui cherche un diver­tis­se­ment simple et vite consom­mé en allant au cinéma.
Il y a d’ailleurs un signe qui devrait inter­pel­ler les adora­teurs des séries : quelles que soient leurs quali­tés, elles n’incitent pas au revision­nage – et c’est un type qui revoit pour la quatrième fois Twin Peaks qui l’affirme. Contrai­re­ment à la BD par exemple…

Dans le paysage audio­vi­suel, la France a un petit train de retard dans la produc­tion de séries marquantes et ambitieuses. Au départ, on disait ”oui mais les Améri­cains, ils ont le marché, le vivier d’Hol­ly­wood, la culture de la télé, blabla­bla”. Et puis les Danois ont fait des trucs, les Anglais ont fait des machins et mêmes les Israë­liens ou les Austra­liens ont démon­tré qu’il n’y avait pas besoin de peser des milliards pour écrire et réali­ser des choses passion­nantes pour la télé.
En général, les critiques télé hexago­naux se rabat­taient sur Canal+ pour montrer qu’il y avait une création origi­nale en France mais Canal+ c’est payant et le petit peuple dont je suis l’humble repré­sen­tant ici n’y avait pas accès. J’ai un peu déchan­té en décou­vrant la première saison de Engre­nagesTéléma­rouille me bassi­nait avec ça depuis des années : person­nages grima­çants, image et mise en scène sous influence, j’ai tenu un épisode et demi.

Finale­ment, l’ambi­tion grand public est venue d’Arte – quand je pense qu’il y a des gens qui se plaignent d’Arte. Ainsi soit-il ne m’a pas passion­né plus que ça, mais faire une série sur des appren­tis curés, voilà qui sort de l’ordi­naire. Le p’tit Quinquin explo­sait les conven­tions ”série policière” mais, comme disait l’autre, c’est un ”univers”. Ce qui signi­fie que si vous ne suppor­tez pas que les acteurs amateurs réflé­chissent deux secondes à chaque fois pour retrou­ver leur texte, vous allez souffrir – j’ai souffert, j’ai zappé. Et j’oublie Un village français (pas accro­ché non plus).

Autant dire que suite à l’annonce à coup de trompettes de 10 pour cent, la série de France 2 consa­crée au monde des agents du cinéma, j’y suis allé tranquillou. Et j’ai été très agréa­ble­ment surpris. Avec Cédric Klapisch en direc­teur artis­tique, on a droit à un truc bien filmé aux décors ambitieux et à la lumière agréable. Ajoutez là-dessus un casting impec­cable – mais vraiment impec­cable, des guest-stars qui s’amusent et une histoire bien fichue, franche­ment, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Au point d’être frustré, hier soir, à la fin de cette première saison en six épisodes.
Évidem­ment, c’est léger, ça ne ”qu’est-ce que ça dit du monde d’aujourd’­hui” pas (la phrase à la mode chez certaines jeunes critiques de France Cul ces derniers temps) mais, mine de rien, présen­ter l’homo­sexua­li­té comme une norma­li­té et la diffi­cul­té pour une actrice de couleur à trouver un rôle intéres­sant, ce n’est pas rien quand c’est présen­té avec autant de naturel au grand public.

Du coup, je vais me mettre devant Arte ce soir puisque commence Au service de la France par le scéna­riste des OSS 117, Jean-François Halin, qui reprend le même univers d’agents secrets franchouillards convain­cus de leur mission civili­sa­trice.

Conseil shopping : si comme moi vous avez inves­ti derniè­re­ment dans un lecteur Blu-ray et que vous avez voulu acheter le coffret copieux Twin Peaks et que vous l’avez trouvé un peu cher et que vous refusez de téléchar­ger et que personne sur Fesse­bouc ne vous donne de solution alter­na­tive, allez voir la version italienne. C’est exacte­ment la même chose (VOST français inclus) pour 30 % moins cher en neuf.

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12 commentaires

  • Vu le 1er épisode de ”Au service de la France” sur le site de Téléra­ma qui propose les 3
    premiers épisodes. Pas convain­cu, car si OSS117 version Hazana­vi­cius était un pastiche de haut vol des OSS117 des années 60, ”Au service de la France” ma semblé gauche et peu drôle, essayant de capita­li­ser sur les vannes ayant fait le succés des 2 films avec Dujar­din. Bon, il y a des quali­tés, de bonnes tronches d’acteurs qui pourraient avoir tourné dans des films dialo­gués par Audiard, et une bonne direc­tion artis­tique, une bonne photo. Affaire à suivre.

    • J’ai vu un ou deux commen­taires sévères sur ce premier épisode. Mais comme il ne dure que 30 minutes, j’attends de voir les quatre premiers pour me faire une opinion. Après tout, le premier épisode de 10 pour cent me parais­sait bien gentillet et j’ai vu ensuite qu’il y avait une vraie progres­sion dans les person­nages et l’his­toire. D’ailleurs, j’espé­rais un gag sur le livreur que l’on aperçoit à plusieurs reprises – tout maigre – et qui n’est jamais venu.

  • ”quand je pense qu’il y a des gens qui se plaignent d’Arte” : Mais qui sont-ils ??
    Sinon pour ce qui est d’Engre­nages, autant la saison 1 est immonde, autant la saison 2 redresse bien la barre (change­ment de scéna­riste). Après c’est moyen-bof, je crois (pas poussé au-delà de la saison 3).
    10% c”est bien parce qu’ef­fec­ti­ve­ment le casting est au poil et il y a une certaine envie d’être en phase avec le monde contem­po­rain qu’on ne voit pas beaucoup dans les séries françaises (ne serait-ce que voir un person­nage aller draguer en ligne sans que ça soit mis en avant plus que ça). Après j’ai un peu de mal avec le principe des guest stars, c’est un peu trop répéti­tif dans l’écri­ture (la star a un problème, elle se conduit comme une merde mais à la fin on se rend compte qu’elle a un coeur gros comme ça, l’hon­neur est sauf).

    • On va dire que ce n’est pas ma tasse de thé. Mais il y a une floppée de série auxquelles je n’ai pas du tout accro­ché – Lost, The Wired, 24h chrono… Je ne suis pas un très bon public pour ce format.

  • Pour ma part, je ne regarde jamais les séries françaises qu’on voudrait nous infli­ger. Pour les histo­riques, on dirait que les costumes sortent tout frais du magasin, que les acteurs disent un texte tout juste appris, sans convic­tion, et que les décors et scènes viennent tout juste d’être instal­lés.
    Pour les policières, la mode est à la commis­saire ordinaire, qui sort tout juste de sa cuisine. Madame tout le monde, sans relief, sans origi­na­li­té.
    De façon plus générale, je peux résumer les choses ainsi. J’aime les séries et les films étran­gers – notam­ment améri­cains – qui mettent en scène un indivi­du aux prises avec des struc­tures, des fonctions officielles ou sociales. Les séries françaises, au contraire, mettent en scène des fonctions sociales qui ont des diffi­cul­tés avec les indivi­dus. Et cela me débecte.

    • Je ne vais pas commen­cer un débat que je ne maîtrise pas mais j’ai l’impression que vous avez beaucoup simpli­fié. Si vous opposez Joséphine ange gardien à True Detec­tive, je veux bien. Mais on peut citer une foulti­tude de séries US qui se contentent de glori­fier l’uniforme et l’utilisation des armes. Et je ne parle pas de ces flics qui sortent toujours de chez le coiffeur. D’ailleurs, les deux séries que je cite ne souffrent en aucun cas des défauts que vous évoquez.

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