Des insectes, de l’humidité, des seins nus et de la neige en Guyane

La loi de la jungle, un film de Antoine Peretjatko

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À France Inter, ils se partagent les invités selon les émissions. Par exemple, Nagui récupère les comédies françaises ”grand public” où son enthou­siasme délirant – ”si il faut voir un film cette semaine, c’est celui-là” – me laisse toujours perplexe au point que j’en étais venu à penser qu’un film vanté par Nagui ne pouvait être qu’un sombre navet. Mais cette semaine, visible­ment pertur­bé, il a décla­ré que La loi de la jungle se situait « entre Tati, OSS117 et Bruce Lee ». Comme il m’était impos­sible de visua­li­ser une telle chose, ma curio­si­té a été titillée.

Marc Châtaigne (Vincent Macaigne) est stagiaire au Minis­tère de la Norme et chargé de valider le projet d’ins­tal­la­tion de Guyaneige, une piste de ski indoor… en Guyane au milieu de la jungle. Évidem­ment, il va se retrou­ver perdu en compa­gnie de son chauf­feur Tarzan (Vimala Pons), ingénieur(e?) des Eaux et Forêts stagiaire (il y a beaucoup de stagiaires dans ce film) au chômage technique et en short moulant. Mais qui sait se débrouiller en forêt. Et heureu­se­ment pour notre drôle de couple qui va tenter de survivre aux singes voleurs de portable, aux insectes de toutes formes, à un type chargé de déter­mi­ner le parcours d’un futur TGV, une secte pas si cool que ça et des survi­va­listes doués en chimie aphro­di­siaque.

Comme la critique le souligne, c’est un film hors norme et qui arrive pourtant à rester dans les rails. Je n’ai pas vu le premier opus d’Antoine Peret­ja­ko consi­dé­ré déjà comme déjan­té et celui-là est une excel­lente surprise.
On a un peu l’impres­sion que Peret­ja­ko a commen­cé à écrire une histoire sur les stagiaires en France, une espèce d’enfer desti­né à faire déses­pé­rer la jeunesse, et il s’est dit ”c’est vraiment la jungle ce truc ! Tiens, pourquoi ne pas tourner ça dans une vraie jungle ?”. La Guyane repré­sen­tée est donc une espèce de parodie de Guyane – ”la Guyane ce n’est pas le far-west” déclare Matthieu Almaric affublé d’une chapeau de brousse – mais Peret­ja­ko a le talent d’exploi­ter tout ce qu’il croise et qui l’étonne. D’où des insectes en pagaille – tous aussi bizarres qu’étranges – un green de golf peuplé de mygales et la jungle, la vraie où ses acteurs ont dû galérer à crapa­hu­ter, se casser la gueule et grimper aux arbres.

Spoil à tous les étages

Des courses-poursuites incroyables !
Des courses-poursuites incroyables !

Si vous comptez voir le film, arrêtez de lire.
Du coup, on a affaire à un film d’aven­tures qui tient la route visuel­le­ment et certaines scènes reste­ront dans la mémoire des specta­teurs. Nos deux héros ont ainsi ingur­gi­té à l’insu de leur plein gré une boisson aphro­di­siaque qui pousse Marc à complé­ter hysté­ri­que­ment son rapport de stagiaire pendant que Tarzan commence une danse du désir effré­né avant de lui sauter dessus. Ce qui aurait pu donner une séquence drôle de ridicule ou ridicule tout court se révèle d’un érotisme brûlant et moite grâce à une Vimala Pons déchaî­née et deux acteurs qui assument parfai­te­ment la scène ”d’amour” à l’écran. Je me demande si j’ai jamais vu un truc aussi chaud au cinéma – et pourtant j’ai revu il y a peu l’excellent La fièvre dans le sang de Kasdan.
Et là, on se rend compte de l’excellent travail des acteurs. Macaigne et Pons, je les avais déjà croisé plusieurs fois dans des films français ”modestes” (d’un point de vue budget). Pons faisait déjà un objet du désir lunaire dans le très recom­man­dable et assez décalé Comme un avion de Bruno Podaly­dès et je l’ai revue dans Marie et les naufra­gés de Sébas­tien Betbe­der dont j’avais beaucoup aimé 2 automnes 3 hivers avec … Vincent Macaigne (ah, zut, je vois que les deux étaient déjà dans le premier Peret­ja­ko La fille du 14 juillet qu’il va falloir que je me zieute). Bon bref, je ne m’atten­dais pas à les voir forni­quer sur une plage tous nus pendant 75 minutes ou se battre façon comédie kung fu (Pons a fait cirque et ça épate de la voir bouger).

Bon, là, vous pouvez relire

l'amour dans les branches
l’amour dans les branches

C’est donc déjà un film rigolo par ses person­nages, ses scènes (l’arbre géant qui tombe en direct sur la baraque) et ses dialogues (”envoyez-moi plus de stagiaires, des troisièmes s’il le faut”) mais il a plein de niveaux de lecture. Il est étonnam­ment politique – de vieux décideurs rêvent de projets pharao­niques finan­cés par le Qatar et les Chinois et qui ne créera pas d’emploi, on vous l’assure – mais refuse d’oppo­ser gentils et méchants. Chaque person­nage est dans son rêve et la vraie vie est hors du système dans un monde où il faut prouver adminis­tra­ti­ve­ment son existence – en dehors du système mais en maillot de bain et une coupe de champagne à la main.
C’est aussi un film très cinéphile – pour ce que j’ai pu en voir – avec des références à Godard et un travail très libre dans le rythme, la construc­tion de scènes (je suis un gros nul en Godard) – mais j’y ai vu aussi du Tati (comme quoi même Nagui peut avoir raison) dans un comique purement visuel et la France en hélico­ptère m’a fait penser au Roma de Felli­ni.

Vous l’aurez compris, c’est un truc que vous devez aller voir – quitte à m’insul­ter, j’ai vu des gens quitter la salle – histoire de pouvoir mettre des commen­taires intel­li­gents sur ce billet (et admirer le coup de rein de Pons – et admirer un superbe T‑Shirt dans le coin à droite – et béer devant la chenille qui fait de l’accor­déon).

Préambule

Comme un mien ami va sûrement me faire la remarque, je rajoute ici que Vimala Pons a tourné avec ”l’artiste dont je ne dois pas pronon­cer le nom ici” dans un film qui se passe en partie à la Réunion et qui va sortir cette année 2016. Un truc où des garçons se trans­forment en filles…

Et je regrette que l’affiche de La loi de la jungle ne soit pas plus barrée, elle est vraiment trop gentille par rapport au conte­nu.

Leur amour saura-t-il vaincre tous les obstacles – et le TGV ?
Leur amour saura-t-il vaincre tous les obstacles – et le TGV ?

Pour une fois, la bande annonce ne raconte pas tout puisqu’il y a même des extraits coupés au montage.

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10 commentaires

  • Très bon film. J’ai rattra­pé récem­ment ”La fille du 14 juillet” et celui-ci est meilleur. Même si Peret­jat­ko a toujours quelques diffi­cul­tés à tenir la distance (après, le fait que ça s’enlise un peu après un début tonitruant peut aussi faire partie du propos), l’ensemble est mieux tenu, avec des acteurs plus inves­tis et plus inven­tifs dans les seconds rôles. Ce cinéma me rappelle un peu le Zazie dans le métro de Louis Malle, avec cette inven­tion visuelle et un fond satirique (mais je crois bien que je préfère Peret­jat­ko). Et puis ce qui est beau c’est qu’il y a une vraie cohérence dans le thème (lâcher prise, sortir des sentiers battus) et la mise en forme en allant se paumer en pleine jungle pour faire une comédie à petit budget.

  • P.S : anecdote pour briller en socié­té : afin de dynami­ser ses films, Peret­jat­ko a pris l’habi­tude de tourner à une fréquence un peu inférieure à 24 images /​seconde. Ici c’est 23 images/​seconde, d’où un accélé­ré subli­mi­nal des mouve­ments et une légère montée dans les aigus des voix des comédiens.
    P.P.S : Sinon, je suis bien d’accord, 2 automnes, 3 hivers c’est très chouette aussi.

  • Il semble que le film sera intéres­sant. Cepen­dant, je ne l’ai pas regar­dé ce film. Mais Vincent Makaigne fait de bons films, tels que ”Ce qu’il reste­ra de nous”! C’est super !

    • Ah, je ne regarde qu’en version ”officielle”. Pas de strea­ming pour moi… J’atten­drai que ça passe à la télé :-)

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