Le Grand Sommeil, un film d’Howard Hawks avec Lauren Bacall

Lauren Bacall nous a quitté le 12 août et, franche­ment, ses rôles dans les années 40 m’avaient durable­ment marqué. Un genre de fille à mon goût. Pour lui rendre hommage, le Cinéma de Minuit de France 3 a diffu­sé Le Grand Sommeil d’Howard Hawks sorti en 1946, deuxième film où elle partage l’affiche avec son grand homme de mari, Humphrey Bogart.
C’est un choix de film un peu étrange pour lui rendre hommage parce que, même si il y a une histoire d’amour entre son person­nage et celui du privé Marlow, le film se carac­té­rise par une floppée de jolies actrices qui font de l’œil au privé.

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Tiré du roman de Raymond Chand­ler – dont je ne saurai trop recom­man­der la lecture vue la quali­té d’écriture de ce dernier – le film présente un arché­type du détec­tive privé US de l’époque – feutre mou, imper, cigarettes, whisky et petites pépées – qui devien­dra un cliché usé jusqu’à la corde. Il est un peu passé de mode mais dans les années 80, il était partout (de Jérôme K. Jérôme Bloche de Letendre et Dodier à Jack Palmer de Pétillon).

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Voilà donc Marlowe, privé de son état, engagé par un vieux général en fauteuil roulant pour régler un problème de maître chanteur qui s’en prend à sa plus jeune fille (très entre­pre­nante Lolita Martha Vickers) mais c’est la sœur aînée, Lauren Bacall, qui tape dans l’œil de Marlowe malgré leurs joutes verbales à tiroir.
L’histoire est terri­ble­ment compli­quée et un peu artifi­cielle du fait du code holly­woo­dien qui empêche de traiter claire­ment les réelles motiva­tions des person­nages – homosexua­li­té, photos porno­gra­phiques… Elle tient en grande partie sur les person­nages croisés par Marlowe, très intri­gants, très bien distri­bués et qui prennent vie en quelques lignes de dialogues. La complexi­té de l’histoire est souli­gnée par le passage répété dans une même maison où ‚succes­si­ve­ment, Marlowe découvre un cadavre et la jeune nympho stone, ne retrouve plus le cadavre, redécouvre le cadavre dans son lit, etc… Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la multi­tude de jolies filles – aux longues jambes – qui ont même droit à quelques lignes de dialogues (libraire, chauf­feuse de taxi, ouvreuse, employée d’antiquaire…). Je crois que je n’ai jamais vu autant de jeunes starlettes au mètre de pelli­cule – je ne parle pas des films musicaux.
Mais le vrai déséqui­libre du film vient du person­nage de Bacall. Tourné en 1944, le film sort dans les salles en 1946 après le mariage des deux acteurs qui font l’actualité avec leur couple glamour. Du coup, on retourne des scènes pour monter en sauce l’histoire de séduc­tion dans le film et on sacri­fie un peu le person­nage de Vickers qui est pourtant au centre de l’intrigue. Bacall a même droit à sa petite chanson qui est un peu surréa­liste vu la pression qui pèse sur le person­nage.

Au final, un film référence pour les amateurs de noir et d’Hollywood mais pas l’hommage qu’on atten­dait pour Bacall. Si il y a de très bonnes choses visuelles, je crois que du point de vue purement policier je conseille­rai plutôt le roman. Et pour finir sur un dernier mot : en regar­dant les photos de Vickers dans sa première rencontre avec Marlowe – jupe courte et sourire en coin – je ne peux pas m’empêcher de penser à la Laura Palmer ou Audrey Horne de Twin Peaks.

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8 commentaires

    • Par contre, j’ai vu des photos d’elle vers la fin de sa vie et c’est super dur de recon­naître la jeune fille qu’elle était – en plus elle a commen­cé très jeune. C’est vraiment très étrange la façon dont un visage vieilli.

      • J’aime bien sa tête de vieille femme. Je trouve qu’elle a toujours gardé cette allure de renarde. Je trouve surtout dommage que passé la trentaine on l’ait canton­née à de simples seconds rôles de luxe.

        • Elle est devenue un vrai symbole de femme un peu hautaine, très ”racée”, au regard mortel. Mais l’absence de rôles marquants font qu’on retient ses films avec Boggie.

  • Bel et doux hommage.Grand film.Grande figure.Comme Nicolas,j’ai adoré la voir vieillir,se mêler à d’autres caractères.Le cinéma n’a pas suivi.Vieillir comme un portrait de L.Freud…Il y avait toute une vie sur ce visage.J’étais persua­dé qu’elle avait joué dans ”In a lonely place” aux côtés de Bogart.
    Persua­dé aussi que Milton Caniff l’avait ”emprunté”.Tout faux,c’était Joan Crawford.(Décidément).
    Le paral­lèle avec la mort de(cependant excellent) Robin Williams a pu confir­mé assez cruellement,et naturellement,la victoire d’un cinéma pop-corn.
    J’aimerai pourtant bien voir son Popeye,tiens,signé R.Altman,Jules Feiffer…

    • Robin Williams, c’était quelque chose. Je me rappelle l’avoir vu dans des inter­views en roue libre. À sa sortie, le Popeye avait été un peu assas­si­né. Un travail de commande pour Altman il me semble.

      • Oui,une pure commande.Un petit rêve du produc­teur Robert Evans​.Il était question de Jerry Lewis.Puis Louis Malle.60 % du script de Feiffer a été respecté,ce qui,paraît-il,est miracu­leux.

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