Bouffer de l’écran, c’est bon en ce moment

Il me faut de la dope, des bonnes histoires, des trucs qui m’excitent un peu, il me faut quelque chose à décou­vrir pour nourrir mon cerveau rabou­gri…
Puisque la BD semble me faire défaut, allons voir des images qui bougent.

The Revenant, un film de Alejandro González Iñárritu

revenant

Alors vous n’avez pas vu le dernier film du Mexicain Alejan­dro Gonzá­lez Iñárri­tu et vous vous deman­dez si Leonar­do DiCaprio mérite vraiment son Oscar ?
Je n’ai pas vu Birdman, le précé­dent Iñárri­tu, un peu parta­gé à la lecture des critiques et malgré une bande annonce intri­gante. D’un autre côté, je n’ai pas tenu plus de vingt minutes sur 21 grammes et Babel, d’un sérieux qui m’a rapide­ment fatigué. Mais la bande annonce de The Revenant était vraiment trop classe : DiCaprio qui galopait dans la neige avec les Indiens au cul dans une lumière blanche, ça le faisait trop. Alors, hop, direc­tion la salle obscure.

Déjà, The Revenant est un western et ça rentre dans la logique du blog. Glass (DiCaprio) est un scout au service d’un négociant en fourrures qui finit une campagne dans le grand Nord états-unien. La troupe se fait attaquer par une bande d’Indiens et les survi­vants menés par Glass tentent de rejoindre leur quartier général et d’échap­per aux diffé­rentes tribus locales. Glass se fait attaquer par une ourse, survit mais ralen­tit la progres­sion de la troupe. Le grand chef (Downall Gleeson) est obligé de le laisser avec trois volon­taires : Hawk, le fils métis de Glass, un ami (Bridger – Will Poulter) et Fitzge­rald (Tom Hardy), un gros con violent qui doit voter Trump. Fitzge­rald essaie d’accé­lé­rer le trépas de Glass qui semble inéluc­table, se fait surprendre par Hawk qu’il tue et s’enfuit en mentant à Bridger. Glass trouve l’éner­gie de survivre, obsédé par la vengeance.

Le film est donc une succes­sion de scènes âpres dans des décors sauvages baignés dans une lumière délicate. Il faut dire que Glass en prend plein la gueule à se traîner dans la neige, bouffer tout ce qui lui tout ce qui lui tombe sous la main et échap­per à une bande d’Indiens à la recherche d’une princesse enlevée.

Je ne vais pas pipeau­per, on en prend plein les mirettes et les scènes de bravoure se succèdent avec une régula­ri­té impres­sion­nante – la scène d’attaque du début, la poursuite à cheval, l’attaque du troupeau de bisons… – et j’ai pris mon pied. DiCaprio donne de sa personne et on regarde éberlué ses efforts pour survivre.
Reste que les critiques négatives n’ont pas tout à fait tort. Le film est inspi­ré d’un roman de Michael Punke (qui raconte une histoire vraie) où le héros cherchait à se venger d’avoir été abandon­né. Point barre. Pas de fiston, pas de femme indienne tuée par de méchants soldats et qui revient hanter Glass. En cherchant à rendre plus touchante la perte de Glass, l’his­toire tire vers une espèce de pathos un peu guimauve pas vraiment utile. Plus embêtant, le méchant Fitzge­rald est méchant point barre. Il manque vraiment de person­na­li­té et d’ambiguïté et on a envie que ça en finisse au plus vite ce qui donne un dernier affron­te­ment limite grotesque – j’ai eu envie de me lever et de crier à l’écran ”C’est bon, on a compris !”. De la même manière, la quête des Indiens inter­fère un peu artifi­ciel­le­ment avec celle de Glasss – peut-être pour éviter de faire des Natives des méchants de western classique.
Mais se serait dommage de passer à côté d’un beau film où tous les person­nages sont fatigués et perdus dans une Nature belle et hostile – et j’ai appré­cié de voir des Indiens pas propres sur eux, un peu largués et déses­pé­rés eux-mêmes.

Le tableau de Jean-François Laguionie

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Le tableau est un film d’ani­ma­tion sorti en 2011 de Jean-François Laguio­nie déjà réali­sa­teur du Château des Singes et L’Île de Black Mór.

Dans un grand tableau inache­vé repré­sen­tant un château illumi­né, un jardin et une jungle sauvage, les person­nages en attente du peintre ont recréé une hiérar­chie sociale où les person­nages finis ont préséance sur les inache­vés et, tout en bas, on trouve les ”roughs” (esquisses). Trois person­nages qui ne peuvent pas se satis­faire de la situa­tion partent à la recherche du peintre pour lui deman­der de finir son travail et quittent le tableau pour rentrer dans l’ate­lier où ils vont décou­vrir d’autres œuvres et surtout le moyen de changer l’ordre établi.

Laguio­nie a travaillé avec Paul Grimault et on retrouve la poésie et les thèmes sociaux du créateur du Roi et l’Oiseau. Je me rappelle avoir vu L’Île de Black Mór au cinéma et m’être un peu ennuyé. On retrouve encore ici un rythme un peu lent dans la narra­tion qui peut agacer mais la splen­deur des couleurs, l’intel­li­gence des thèmes abordés, la réflexion sur une œuvre peinte (les tableaux citent des peinture bien connues) méritent un peu d’effort. J’ai beaucoup aimé le person­nage princi­pal qui préfère son indépen­dance et la liber­té de la décou­verte qui nous change agréa­ble­ment des films d’ani­ma­tion ”classiques” qui ramènent toujours les héros dans le chemin de l’inté­gra­tion familiale ou sociale.

Une très jolie décou­verte et un vrai plaisir plastique.

No Offence de Paul Abbott

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Les séries anglaises sont un peu la bouée de sauve­tage des chaînes publiques qui échappent ainsi au prété­lé­char­ge­ment illégal, sort habituel réser­vé aux séries US par le consom­ma­teur peu regar­dant sur les droits d’auteur, et permettent de montrer un univers plus exotique et curieu­se­ment plus proche de nous, Frenchies critiques.

Dans un commis­sa­riat de Manches­ter à forte propor­tion féminine, l’ins­pec­trice
Kowals­ka (Elaine Cassi­dy) cherche à coincer un serial killer sous l’œil vigilant de sa supérieure hiérar­chique Deering (Joanna Scanlan). À chaque épisode, six au total il me semble, une affaire se rajoute à la trame princi­pale.

Je n’ai jamais été un très grand sérivore mais je me suis farci trois épisodes d’un coup hier soir et j’ai hâte de voir les autres. Il faut dire que les person­nages princi­paux sont savou­reux (tous les person­nages secon­daires ont leur petit grain de folie), les dialogues pétillants et les habituels affres person­nels des person­nages ne s’étalent pas au détri­ment des enquêtes. C’est très féministe puisque la majori­té des flics en situa­tion sont des femmes mais sans en faire des tonnes – ça nous donne juste des blagues pas ordinaires et quelques retour­ne­ment de situa­tion. Les actrices ont des physiques et look ”normaux” ce qui change aussi agréa­ble­ment des fliquesses US qui sortent perpé­tuel­le­ment du coiffeur. Un bon point pour les histoires qui m’ont surpris à chaque fois et vous savez ici à quel point je suis blasé.

Bref, n’hési­tez pas à revision­ner – France 2 – ça si vous l’avez loupé, vous devriez passer un bon moment – sauf si vous êtes aller­gique aux gentils ”pigs” (l’équi­valent du ”poulet” en France). Après un très bon Wolf Hall sur Arte, les Angliches nous prouvent que si ils ne font pas autant de cinéma que nous, ils font des séries épatantes.

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, infor­mez-moi en sélec­tion­nant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée.

16 commentaires

  • J’ai vraiment envie de tenter No Offence mais le site de revoyure de France 2 est tout pourri (au passage il y a 4 épisodes diffu­sés, tu en as manqué un !).

    • Ah zut, je pensais qu’il y en avait six. Le quatrième est déjà début regar­dé :-) No Offence mérite le détour. Vu comme ça cause dessus sur mon Facebook, il va devenir une référence et source de discus­sions.

  • Beaucoup trop de citations , d’emprunts , d’hom­mages , de plagiats , je ne sais lequel choisir , au cinéma de Tarkovs­ki dans cette version de l’odys­sée de Hugh Glass . Je préfère celle de Richard C. Sarafian et son Convoi Sauvage avec Richard Harris et John Huston , tourné dans les Pyrénées .

    • Ah, voilà un commen­ta­teur qui cite Tarkovs­ki. Vous n’êtes pas le seul sauf que… pas grand monde ne connait le cinéma de ce grand metteur en scène. Même moi qui tente de regar­der tous les films TT de Télémé­rou, je n’ai vu qu’une seule de ses œuvres (Solaris). Du coup, ces citations n’ont pas vraiment d’écho pour 99,8 % des specta­teurs – au contraire du dernier Star Wars. De plus, il ne me semble pas qu’il y ait des attaques d’Indiens et des ourses déchaî­nées dans Tarkovs­ki, ce qui est quand même le vrai centre du film – juste­ment, les échos tarkovs­kiens me semblent les plus faibles.

      En fait, je ne pense pas que cette critique soit ”positive”: avec ce film, Iñárri­tu n’est pas devenu un de mes metteurs en scène favoris mais j’aurai tendance à le défendre pour son ambition visuelle et narra­tive. À une époque où on nous bombarde de films de super héros, où l’évè­ne­ment mondial c’est le dernier Star Wars, je me vois obligé de tirer mon chapeau à un type qui cite Tarkovs­ki. Au moins, il a choisi de se situer dans une histoire du cinéma ambitieuse.

      Pas vu le Convoi sauvage et j’espère que ça passe­ra un jour à la télé que je fasse un compa­ra­tif. À mon humble niveau, je trouve par exemple que la nature de la Nature est moins bien rendu dans ce Revenant que dans Dersou Ouzala de Kurosa­wa.

  • Ce n’était pas une critique , impos­sible en deux phrases . Juste une remarque . Techni­que­ment le film est très bon et le duel final déçoit par rapport à tout ce qui précède . Pour Tarkovs­ki peut- une affaire de généra­tion ? Quant à Man in the wilder­ness ( Le Convoi Sauvage ) où le person­nage du capitaine est très diffé­rent , il y a depuis quelques années un dvd pour moins de dix euros .

    • Ah d’accord. Disons que j’ai réagi vivement puisqu’il semble qu’il y ait une envie de dire du mal du film pour ce qui me semble être de mauvaises raisons.
      Tarkovs­ki c’est vraiment généra­tion­nel parce que ses films ne passent jamais à la télé. Il faut donc être motivé pour connaître son œuvre.

  • L’influence/​hommage à Tarkovs­ki (et Andreï Roublev en parti­cu­lier) est quand même assez évidente dans la séquence de rêve qui voit débar­quer une chapelle ortho­doxe dans le grand ouest améri­cain (j’ai trouvé ça un rien pataud d’ailleurs).

    • ”Évidente” pour les gens de culture :-) – pas comme moi. Oui, j’avoue que la chapelle a fait bizarre. Mais comme je l’ai dit, ce sont les séquences faiblardes et qui n’apportent d’ailleurs rien à l’his­toire ou au person­nage. Il aurait mieux fait de dévelop­per le méchant.

  • j’ai adoré le début, la beauté des images, et trouvé aussi des longeurs et redites. Effec­ti­ve­ment, la quête des indiens fait un peu doublon avec celle du héros.
    Une info futile trouvée sur le net m’à bien fait tripper.
    Le jeune Bridger qui à abandon­né Glass est devenu une légende à son tour ( jim bridger, fameux guide, et le fort portant son nom).
    Du coup, il ne s’est tout de même pas trop vanté de cette annec­dote de jeunessse dans sa biogra­phie et le lien à été admis plus tard par les histo­riens.

    • Pas vu Birdman – j’étais tenté mais mes amis étaient d’un avis parta­gé. Et j’ai suppri­mé votre lien vers un strea­ming pirate.

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