”Volume” ou comment réinventer l’eau chaude

moderne et laid ancien et culte

Tiens, je vais parler un peu de moi pour changer… Dans les pays domto­miens (il parait qu’on ne dit plus Dom Tom, ça fait ringard), il y a (avait ?) une tradi­tion pour la presse écrite venue de Métro­pole qui fleure bon le parfum de vanille ou les fleurs de tiare : les magazines ”par bateau”. Les magazines ”par bateau” sont à opposer aux magazines ”par avion”. Ces derniers sont plutôt des quoti­diens qui néces­sitent d’être impor­tés rapide­ment faute de quoi leur intérêt se volati­lise plus que rapide­ment à l’heure de la télé et des radios satel­lites (c’était bien avant Inter­net). Les magazines par bateau peuvent se permettrent d’arri­ver avec deux mois de retard par rapport à leur édition métro­pole du fait d’un conte­nu moins lié à l’actua­li­té. Par exemple, à Tahiti à l’époque où j’y résidais, les films sortaient avec deux mois de retard sur la métro­pole notam­ment parce que les magazines (Première, les Cahiers etc…) arrivaient eux mêmes avec ce même retard. Inutile pour un distri­bu­teur de sortir un film dont les amateurs n’avaient eu que des échos lointains… J’ai décou­vert les Inrockup­tibles grâce à ce retard monstrueux : en effet le prix de la presse à Tahiti est farami­neux et un magazine ”bateau” est bien moins cher qu’un magazine ”avion”, ce qui était le cas des Inrock. Ne croyez pas que c’était la seule raison de mon soudain intérêt pour la presse rock’n roll. J’écou­tais déjà le genre musical mais l’aus­té­ri­té de la revue m’avait un peu rebuté et je me rabat­tais plutôt sur Best ou Rock & Folk. Mais bon, là, je n’avais rien à lire, il y avait cette revue épaisse et pas chère, j’ai attaqué le sujet. Je peux l’avouer sans honte, je lisais tout des Inrock tendance mensuelle. Jusqu’aux pubs et à l’ours. Je me délec­tais des chroniques de single que je n’aurai jamais l’occa­sion d’écou­ter et je m’esbau­dis­sais sur des inter­views plus longues que le Gange en crue. Et les Inrocks sont passés hebdo­ma­daires (là, j’étais à la Réunion) piéti­nant sans vergogne leur slogan ”Trop de couleur distrait le specta­teur”. Autant dire qu’après quelques numéros, je les ai laissé vivre leur petite vie.
L’annonce d’un nouveau mensuel produit par les Inrock m’a fait beaucoup rire, je l’avoue. Et comme ils tentent de faire de l’humour, je peux y aller de bon coeur moi-même. Déjà, l’édi­to est extra­or­di­naire. Faut dire que pour expli­quer le pourquoi et l’urgence d’un nouveau mensuel rock, c’est pas gagné venant d’un ancien mensuel qui avait choisi de se sabor­der avec un sérieux papal. Alors en fait, c’est la faute à l’Inter­net et qu’il fallait prendre son temps d’écrire sur la musique. Bon. Ça se termine par une envolée digne de Manoukian+Manoeuvre (qu’ils traitent de has been ah ah) ”Cette époque mutante avait son groupe. Elle possède désor­mais son magazine.” La maquette est pourrie comme on pouvait s’y attendre (nous vivons une époque où des maquet­tistes fous ont pris le pouvoir et imposent leur goût à TOUTES les revues qu’elle soit pour mec, pour nanas, pour jeunes, pour vieux, pour intel­los, pour populos : tous la même maquette). Évidem­ment, c’est plein d’articles inutiles (les concerts pour mineurs, l’inté­rêt des duos dans le rock) et le ”Top des vide-greniers” est une grossière erreur : qui est-ce que ça peut faire rire de voir du Jarre ou du Sardou démodé à part de vieux gars comme moi (et encore…) ? Le paradoxe de tout ceci, c’est que je suis fonda­men­ta­le­ment ”Inrock” dans mes goûts musicaux (bah, c’est comme ça, faut assumer) et que j’ai évidem­ment trouvé de quoi étancher ma soif de nouveau­tés dans les rubriques ”à venir” ou ”news” avec tout plein de liens MySpace à visiter. Mais le magazine n’est pas cliquable. Le monde est mal fichu… Au final, un magazine que même mon bouqui­niste il n’en voudra pas dans trois mois.

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11 commentaires

  • Au début, les Inrocks étaient même bimes­triels. Je regrette infini­ment cette période où chaque inter­view-fleuve était pour moi une sorte de messe fébrile, un témoi­gnage vital. Aujourd’­hui, les inter­views rock me tombent des mains, quelle tristesse.

  • Big Ben : tu as vieilli, c’est dur à admettre :-)

    Bon, on va tous squat­ter chez Doc – je dis ça mais Radio­head n’est pas mon groupe préfé­ré…

  • Deux trois beaux albums avant que Tom Yorke ne se prenne pour le messie et que le groupe ne s’ enferme dans un studio pour expéri­men­ter à tout va.*
    Ah les longs articles des premiers inrocks mante­nant on peut lire les longues chroniques du Li-An sur son Blog.

  • C’est pas parce que le Gange est en crue qu’il est plus long d’un centi­mètre.

    Par ailleurs, les Inrocks sont devenus défini­ti­ve­ment illisibles le jour où ils ont mis l’insup­por­table DJ Mehdi (mon ancien voisin) en couver­ture. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des goyaves des bois.

  • Totoche : c’est Michael Jubel (et j’ai vague­ment fait quelques retouches). Mais moi, j’ai pas payé une fortune pour ça…

    Hobopok : sans blague ? :-)

    Raoul : tu veux dire des billets aussi longs que l’Ama­zone en crue ?

  • Pareil, j’étais une lectrice assidue de leur mensuel-bimen­suel-bitri­mes­triel etc. mais dès qu’ils sont devenus hebdo­ma­daires, j’ai trouvé ça atroce.
    Mais qu’est-ce que j’aimais ces longues inter­view où les groupes racon­taient leurs genèses… comme BigBen.
    Volume, je jette­rai un œil à l’occase.

    En ts cas, musica­le­ment, à l’heure où le web n’exis­tait pas, ce mag était une manne.

  • Faut-il préfé­rer l’Ama­zone en crue à l’ama­zone en rut ? (C’était la minute indis­pen­sable de Mr Cyclo­pède.)

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