Yves et Ada Rémy dans le Bifrost 79

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Yves et Ada Rémy ont écrit à quatre mains Les soldats de la mer, décou­vert à l’époque où j’abordais la SF et le livre m’avait suffi­sam­ment marqué à l’époque pour que le Bifrost qui leur est consa­cré me donne envie d’investir pour en connaître un peu plus sur des auteurs atypiques.

On va commen­cer par la fin avec l’annonce du prix Nebula remis à Jeff Vander­Meer pour Annihi­la­tion à paraître Au Diable Vauvert – sa Cité des saints et des fous était une des choses les plus étonnantes que j’ai lues. Je suis donc impatient de décou­vrir ce nouvel ouvrage.

Roland Lehoucq décrypte de manière très compré­hen­sible les problèmes de physique soule­vés par le film Inter­stel­lar de Chris­to­pher Nolan que je n’ai pas vision­né – et donne une vision critique assez paradoxale du film qui semble oscil­ler entre incohé­rence scéna­ris­tique et ambition. Du coup, ça donne envie pour se moquer ou s’esbaudir.

Trois nouvelles

Côté nouvelles, c’est plutôt de la bonne pioche.

Nuits cristal­lines de Greg Egan nous montre un gros ponte des nouvelles technologies/​médias en posses­sion d’un proces­seur révolu­tion­naire et qui utilise ces farami­neuses capaci­tés de calcul pour créer une intel­li­gence artifi­cielle par le biais d’une race de créatures virtuelles.
Au final, avec un point de départ moderne, on retrouve le vieux thème classique de la SF du petit peuple qui élève au rang de divini­té un être humain – on le retrouve dans Toy Story, Men in Black et même un épisode de Rick et Morty.

L’introduction de Facteur X de Laurence Rivière m’a un peu fait peur puisqu’il est dit qu’elle travaille sur un roman où Pierre Tcher­nia borgne serait patron de la DST. Et la nouvelle est tout à fait dans cette veine : travaillant au service de recherche de l’ORTF – la télé française des années 1960 pour les plus jeunes de mes lecteurs et un service qui a donné les Shadocs notam­ment – Michel Bertin a l’idée d’un person­nage de facteur, inter­pré­té dans la première saison par Daniel Gélin – qui voyage­rait dans des univers paral­lèles où il vivrait des aventures étranges et fabuleuses. Au fil des décen­nies, cette série télé devenue culte, va profi­ter de la parti­ci­pa­tion de tous les créateurs SF français.
Évidem­ment, si vous avez un peu de culture geek, vous pensez immédia­te­ment à Doctor Who. Et c’est tout le concept de la nouvelle. Puisque le Docteur Who vit dans des univers paral­lèles, on peut imagi­ner un univers où ce sont des créateurs français qui ont créé un person­nage équivalent. Il y a donc moultes clins d’œil à la célèbre série britan­nique mais aussi à tous les acteurs de la SF française – jusqu’à Dionnet, Moebius ou Druillet par exemple pour rester dans la BD.
Si je me suis un peu deman­dé à quel public s’adressait le texte à ses débuts – les nombreuses références très documen­tées parlent d’une époque incon­nue à la jeune généra­tion – le travail de recons­ti­tu­tion d’une série imagi­naire devrait parler à des lecteurs très contem­po­rains. Un résul­tat assez étonnant qui me rend curieux du travail de Mme Rivière.

Les légions du Temps de Michael Swanwick est un hommage à une SF classique – William­son, Van Vogt mais ça m’a aussi fait penser à une série de Leiber. Dans le Chica­go des années 1930, une femme travaille dans un bureau vide à surveiller la porte d’un placard vide, sous les ordres d’un odieux person­nages à l’autorité surna­tu­relle. Dans un geste de défi, elle ouvre le placard à une heure non autori­sée et se retrouve dans un étrange futur où les humains sont esclaves de… de quoi exacte­ment ? Une histoire pleine de paradoxes et de rebon­dis­se­ments énormes assez jouis­sifs. J’aime beaucoup ce genre de SF qui laisse le lecteur imagi­ner des choses derrière ce qu’il lit.

Dossier Yves et Ada Rémy

J’ai lu les Soldats de la Mer il y a fort longtemps et je me rappelle de nouvelles à carac­tères fantas­tiques autour d’un univers napoléo­nien et paral­lèle qui m’avaient beaucoup plues à une époque où la SF française oscil­lait entre pamphlet politique et expéri­men­ta­tions linguis­tiques dickiennes. Du coup, j’ai eu envie d’en savoir plus sur un couple qui a écrit très peu de textes. On a les envies que l’on peut…
Le dossier comporte une nouvelle militaro/​fantastique, Naissance, vie et mort d’un fantôme, dont le titre résume tout. Il montre les deux auteurs dans leur élément naturel puisqu’ils ont beaucoup travaillé pour l’Armée à filmer des documen­taires et courts-métrages. Ils recueillent ici l’histoire d’un pilote qui se tue à l’entraînement en pilotant le fameux F 104 surnom­mé le Faiseur de veuve par les militaires allemands qui eurent à le piloter. Mais le défunt ne se résout pas à quitter ce monde. Pas très passion­nant de mon point de vue. Passons.
L’interview est bien plus rigolote. Ada et Yves racontent leur vie et elle pourrait faire l’objet d’un roman sur la jeunesse française dans l’après-guerre. Deux jeunes gens qui montent à Paris, se rencontrent à l’IDHEC et flirtent avec le cinéma français sans véritable vocation – Ada pensant même faire chanteuse dans les caves de St Germain. Et petit à petit, ils finissent par se poser, découvrent la SF et le fantas­tique – ils racontent des histoires de chineurs épatantes comme ce voisin qui a fait fortune en vendant des photo­gra­phies porno­gra­phiques pédophiles aux soldats allemands pendant l’Occupation – et écrivent pour se faire plaisir des nouvelles fantas­tiques à rebours de ce qui plaît au public.
C’est très agréable de décou­vrir un couple qui s’est cherché, qui n’a jamais tenté de faire une carrière et dont la curio­si­té tranquille a été le moteur du plaisir de vivre une vie à deux heureuse. On est loin des clichés sur les artistes et les roman­ciers.

Conclusion

Au final, un très bon numéro de Bifrost avec évidem­ment une partie critique qui m’a alléchée. Et je vais finir par m’habituer à la maquette… On peut toujours rêver.

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2 commentaires

  • Ah, si la maquette finit par ne plus te choquer, tout va bien ! :D

    Je n’ai pas lu ce numéro, mais j’ai pu rencon­trer le couple Rémy (et sans doute une deuxième rencontre bientôt à Rennes), et ils sont extrê­me­ment sympa­thiques, gentils, d’un abord facile, bref c’est un vrai bonheur de discu­ter avec eux.
    Faudrait que je lise ”Les soldats de la mer” un jour (et en plus il m’attend sagement sur ma pile de livres…).

    • Je ne sais plus si je l’ai acheté ou pas – je l’avais emprun­té à une biblio­thèque à l’époque. Je suis tenté de réinves­tir mais bon.

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