Naissance de la police moderne (Jean-Marc Berlière – Tempus)

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Pour les beaux yeux d’Aglaëe, je n’hésite pas à lire des livres se rap­por­tant à la Belle Époque. Dans le cas de cette Naissance de la police moderne de Jean-Marc Belière, je n’avais pas trop à me for­cer: il me sem­blait qu’un ver­nis cultu­rel sur le fonc­tion­nel­le­ment des forces de l’ordre pour­rait don­ner lieu à des idées inté­res­santes.
Berlière se penche sur le pas­sage de la police du Second Empire à une police de la Troisième République et sou­lève des ques­tions tou­jours d’actualité sur la notion de la police et sa mis­sion dans une socié­té démo­cra­tique. Sous Napoléon III, la police est au ser­vice exclu­sif du pou­voir, détes­té aus­si bien par les citoyens que par l’opposition pour la vio­lence dont elle fait preuve. Avec la III° République, l’évolution de la socié­té et l’arrivée de radicaux-socialistes au gou­ver­ne­ment notam­ment, la police doit suivre le mou­ve­ment et se moder­ni­ser. Elle le fera notam­ment sous l’impulsion du fameux Préfet Lépine qui mar­que­ra de son empreinte la réor­ga­ni­sa­tion et le chan­ge­ment de poli­tique des forces de l’ordre pari­sienne.
On peut retrou­ver des pro­blèmes encore d’actualité: pres­sion des médias sur la police, évo­lu­tion de la socié­té, pro­blème de recru­te­ment (la police pari­sienne réserve un pour­cen­tage énorme de son effec­tif à l’Armée et voit débar­quer d’anciens sol­dats qui ont ser­vi dans les colo­nies et qui ne connaissent rien à Paris), aug­men­ta­tion de la petite et grande délin­quance du fait – bandes de jeunes incon­trô­lables (Apaches) – attaque de banques par bande orga­ni­sée (bande à Bonnot), mau­vaise image des poli­ciers dans la popu­la­tion… Lépine apporte des réponses: une meilleure for­ma­tion (avec l’école obli­ga­toire, le niveau des poli­ciers va s’améliorer) ou une cam­pagne média­tique de tous les ins­tants pour redo­rer le bla­son des poli­ciers entre autres et faire entrer dans la tête des agents et des Parisiens que la police est au ser­vice des citoyens (je ne vais pas vous faire tout le bou­quin) – jusqu’à créer le fameux concours Lépine dédié aux inven­tions.
C’est ce point de vue qui rend le livre très inté­res­sant: mon­trer l’histoire de la police dans une pers­pec­tive contem­po­raine sans oublier les petites anec­dotes sou­riantes ou déca­lées. On décou­vri­ra avec effa­re­ment l’état des com­mis­sa­riats fran­çais à la fin du XIX° siècle et quelques figures de com­mis­saires gra­ti­nées, on décou­vri­ra com­ment le mou­ve­ment anar­chiste fran­çais a été boos­té par un com­mis­saire impru­dent et que l’on pas­sait à la guillo­tine pour mani­fes­ta­tion avec dra­peau rouge (la République très fra­gile ne badi­nait pas avec ce genre de choses), on ver­ra que les étu­diants de l’époque étaient ultra­na­tio­na­listes et de droite et je reste tou­jours inter­lo­qué par le fait que les forces de l’ordre, pas­sé 17 heures, soient affec­tés “aux théâtres”. Je n’arrive pas à ima­gi­ner ce que com­mis­saires et poli­ciers pou­vaient bien y faire. Enfin, vous pour­rez lire que je des­sine des tas de bêtises dans Les Maîtres de l’Étrange parce que les ven­deurs de jour­naux n’avaient le droit de ne crier que le nom du jour­nal voire le nom du rédac­teur en chef.
Un petit bou­quin vrai­ment inté­res­sant pour les curieux de l’époque et de la police en géné­ral à un moment où mou­ve­ments ultra­na­tio­na­listes, anar­chistes et syn­di­cats mena­çaient une République pas très sûre d’elle même.

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