Même pas mort, un roman celtique de Jean-Philippe Jaworski (Folio SF)

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Dans ma jeunesse, j’ai eu l’occa­sion de lire une revue d’His­toire assez intéres­sante parue en fasci­cules qui consi­dé­rait que le procès de Dreyfus était à refaire et que son innocence n’était pas assurée. Bref, l’His­toire du Monde version extrême-droite – l’ori­gine de la Première Guerre Mondiale était aussi assez grati­née mais je n’en ai plus le moindre souve­nir.
On y parlait aussi des Celtes, le peuple dont sont issus les vrais Français, des gens coura­geux et travailleurs, pas comme ces Gaulois braillards, fainéants et batailleurs.

Un truc étonnant avec tous ces peuples, c’est qu’on a très peu de récits grand public qui traitent de la période. Évidem­ment, il y a Astérix mais le petit Gaulois fait partie d’une Histoire où la Gaule entre dans le monde ”civili­sé” sous le joug des Romains et qui est ample­ment documen­tée.
On ne connaît pas grand chose des Celtes qui privi­lé­giaient la tradi­tion orale à l’écri­ture. Pas de texte, pas de choco­lat. Et l’autre grand effaceur, c’est le chris­tia­nisme – cette religion impor­tée par des fauteurs de trouble étran­gers sans papier qui ont dévoyé nos dirigeants pour imposer leur valeurs venues d’ailleurs – qui a pour habitude de gommer et minimi­ser tout ce qui vient avant lui. Les Celtes n’étant pas chrétiens, ils ne méritent pas que l’on s’inté­resse à eux et, de toute manière, ils n’appar­tiennent même pas à l’His­toire.

Pas de roman référence, pas de film populaire, pas de jeux vidéo. Autant dire que Même pas mort de Jean-Philippe Jawors­ki a titillé ma curio­si­té. Jawors­ki est devenu un auteur phare dans la litté­ra­ture fanta­sy française par son sens de l’his­toire soute­nu par une belle écriture et ce premier volume d’une trilo­gie nous amène galoper dans les vallées, forêts et bataille au côté de Bello­vèse, fils d’ex-roi.

Bello­vèse a un problème : il n’est pas mort alors qu’il le devrait et le grand druide a décidé qu’il devrait consul­ter. Genre les Galli­cènes, sorcières aux pouvoirs immenses qui vivent sur une île battue par les flots. Et pour expli­quer comment il en est arrivé là, Bello­vèse raconte sa jeunesse.
Ce premier volume est donc centré sur l’enfance d’un fils de roi qui n’est plus qu’un gamin dégour­di plein d’éner­gie qui sillonne son petit terri­toire à donner des coups de poing et à faire des bêtises, appro­chant peu à peu un monde magique plein de person­nages pitto­resques.
Comme souvent chez Jawors­ki, la partie fanta­sy ne repré­sente qu’un élément du texte qui tourne plutôt autour de la vie quoti­dienne d’un jeune garçon de l’époque. Le langage est très soute­nu et il y a bien deux mots par page que je ne connais pas – tous ces instru­ments anciens, les termes d’agri­cul­ture, ces bestioles des campagnes – mais ça ne gêne pas la lecture et, en contre partie, les person­nages ont un parler très naturel voire contem­po­rain.
Peu à peu, Bello­vèse prend conscience des enjeux politiques qui l’entourent et qu’il doit faire sa place avec sa tête et ses armes.

C’est donc un excellent premier tome qui n’est pas sans rappe­ler Game of Throne – univers violent où les enjeux politiques sont impor­tants décrits avec un réalisme inspi­ré. Certains lecteurs trouve­ront sûrement le vocabu­laire et certaines descrip­tions un peu trop ”riches” mais on ne va pas de plaindre d’apprendre des mots et d’une belle écriture.

Chasse royale

Mise à jour du 31 mars 2017 — Deuxième tome de Rois du monde, ce Chasse royale m’a bien déçu. On retrouve Bello­vèse et son frère héros chez leur oncle (à l’origine de la mort de leur père). Le livre est décou­pé en trois parties : une chasse après un grand cerf un peu magique, une fête de l’Été qui réunit toutes les tribus Celtes qui tourne au coup d’État et Bello­vèse qui massacre de l’ennemi.
Ce qui ne fait pas vraiment une histoire. Le coup d’État est parti­cu­liè­re­ment laborieux avec d’innombrables dialogues où les gros bras s’invectivent (ce qui ne fait pas une histoire) et m’a bien fatigué. La dernière partie est consti­tuée princi­pa­le­ment de baston et, sauf si le massacre en série à l’arme blanche vous fascine, vous pourrez trouver ça un peu lourdingue.
J’ai eu l’impression que le récit avançait au rythme d’un bœuf dans un chemin de boue.

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4 commentaires

  • Pour les œuvres avec des celtes dedans (et pour parler de bande dessi­née), je crois me souve­nir que Chauvel et Lerecu­ley ont fait un Roi Arthur chez Delcourt en collant aux racines celtiques du mythe.
    J’aimais bien ce qu’ils faisaient en polar, mais j’ai pas tenté leur percée dans la celtic fanta­sy.

    • Ah oui, ces histoires pleines de barbus. Je n’ai pas lu mais feuille­té mais dans mes souve­nirs, le visuel est plutôt Seigneur des Anneaux que Game of Thrones ou Sacré Graal.

  • Ravi de voir que tu as à nouveau succom­bé aux charmes de l’écri­ture de Jawors­ki.
    Ce roman est bien diffé­rent de ce qu’il avait publié aupara­vant, plus histo­rique que fanta­sy, ça n’en reste pas moins une oeuvre marquante, sur un peuple et une culture trop mécon­nus.
    J’ai déjà acheté le tome 2 qui, d’après les premiers échos, semble tout aussi bon.

    • J’ai préfé­ré ce dernier bouquin à Gagner la guerre, plus foutraque. L’ensemble est mieux tenu il me semble.

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