Le codex du Sinaï (Edward Whittemore – Robert Laffont)

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Publié dans la prestigieuse collec SF Ailleurs & Demain, ce premier roman d’un cycle de quatre volume n’a en fait rien à voir avec la science fiction. Publié en 1977 aux États Unis, où l’auteur est devenu culte, il n’a jamais eu droit à une traduction française avant que Gérard Klein ne flashe sur lui. J’imagine que le sujet et son point de vue – le Moyen Orient et Jérusalem plus particulièrement avec une pointe de Bible – a effrayé les éditeurs de l’époque. Sans compter le discours d’un rêve d’une Palestine vivant en paix avec elle-même et de l’ironique remarque qu’il y avait bien des gens là-bas avant que les tribus juives ne débarquent ne devaient pas être très politiquement corrects.
Edward Whittemore a écrit là un roman épuisant: brassant plusieurs générations, il se concentre sur quelques personnages extraordinaires plongés dans l’Histoire du Moyen Orient de la reine Victoria à la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec une connaissance aigüe des enjeux politiques locaux – Whittemore a été entre autre agent de la CIA là-bas – et une culture phénoménale. Il n’y a pas proprement parler d’histoire puisque c’est l’Histoire qui est en marche, même si vue par le côté d’une lorgnette particulièrement décalée. Le bouquin fonctionne et vit à travers des personnages allumés sur plusieurs générations et tourne autour d’une version originale de la Bible qui ne serait que la retranscription d’histoires inventés par un aveugle, conteur mendiant sur les bords des routes, reprenant l’ensemble de tout ce qui a été et ce qui sera à venir dans un mélange bordélique (on n’est pas loin de Borgès là). On croisera, au hasard, un lord anglais sourd et génie botaniste qui possède un temps tout le Moyen Orient sans exercer le moindre pouvoir, un vieil habitant de Jérusalem qui a connu la ville avant l’arrivée des Juifs, un Irlandais qui snipe les troupes britanniques dans les vertes collines, une vieille famille à la paupière tombante et aux moeux sexuelles immondes, j’en passe et des plus étonnants. Cette accumulation de personnages excentriques au destin fabuleux – de la fable – pourrait être juste futile et indigeste mais l’écriture speedée de Whittemore et son sens de l’humour ironique fait passer la pilule jusqu’au final, l’entrée dans Smyrne par les troupes turques en 1922, qui met brutalement en perspective tout ce qui a été raconté plus tôt et donne son sens au bouquin.
Un livre qui sort de l’ordinaire – avec une couverture incroyablement laide signée Paternoster – mais j’avoue que je ne vais pas attaquer le tome 2 avant longtemps. L’écriture de Whittemore m’a juste éreinté…

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