Heroic – Tillieux (Daniel Maghen)

tillieux-maghen

Réali­sé par Vincent Odin, voilà un magni­fique livre consa­cré à une partie de l’œuvre de Maurice Tillieux (1921 – 1978) , un des piliers du journal Spirou. Tillieux a une place parti­cu­lière dans l’his­toire de la BD franco-belge : inspi­ré d’abord par le travail de Hergé, il produit des histoires pour Heroic Albums bien plus violentes que celles que l’on pouvait lire dans Spirou et Tintin. Mélan­geant histoires policières et humour, la formule est reprise de manière plus allégée quand il est engagé par Dupuis – après avoir fait des manières pendant quelques années. À la demande de son éditeur, son style graphique prend une orien­ta­tion très franqui­nienne (la star de l’époque). Son goût pour les voitures, les person­nages très stylés et les ambiances urbaines des années 50 un peu noires (inspi­rées en partie par son vécu à Paris) inspire encore des auteurs adepte d’une atmosphère rétro (le plus fameux étant proba­ble­ment Yves Chaland qui préfè­re­ra toujours reven­di­quer Tillieux ou Jijé à Franquin).
Le livre est entiè­re­ment compo­sé de repro­duc­tions d’ori­gi­naux ou de magazines sans ”nettoyage” (avec annota­tions, traces de ruban adhésif et de gouache blanche). Il propose aussi des recons­ti­tu­tions de calques d’indi­ca­tions de couleur et colorie même les planches en utili­sant les couleurs aquarelles/​gouache de Tillieux qui les réali­sait sur le dos des planches direc­te­ment par trans­pa­rence !

un look quasi underground

Bon, je ne vais pas faire mon malin, j’ai lu très peu de Tillieux et surtout, j’ai complè­te­ment loupé les premières aventures de Gil Jourdan. Ce que je connais de son travail sont les réédi­tions Dupuis parues dans Spirou et ses scéna­rios (j’ai un gros faible pour le travail les histoires de Natacha avec Walthé­ry au dessin). Il faut dire que son travail scéna­ris­tique, marqué par le polar européen des années 50 reste très classique. Le héros passe son temps à froncer les sourcils et ses acolytes font des bêtises, un schéma qu’il a poussé un peu à l’extrême (je détes­tais le person­nage de Libel­lule dans ma jeunesse – ah si, j’ai dû en lire finale­ment- et ses blagues à deux balles qui me semblaient casser le rythme du récit). Le comble du bizarre étant le chapeau de Crouton, systé­ma­ti­que­ment dessi­né de profil quelque soit la position du person­nage.
Le livre donne évidem­ment très envie de sortir de mon incul­ture crasse mais se révèle aussi très frustrant sur Tillieux. Compo­sé unique­ment de travaux graphiques de l’artiste entre­cou­pés d’extraits d’inter­views, c’est litté­ra­le­ment un travail pour fan de Tillieux dessi­na­teur. Il n’y a aucun point de vue critique et j’aurais par exemple bien aimé savoir dans quelles condi­tions il a décidé d’arrê­ter de dessi­ner pour se consa­crer unique­ment au scéna­rio. Il reste un travail édito­rial marquant pour un auteur consi­dé­ré comme incon­tour­nable par beaucoup (pour preuve, l’édi­tion de son oeuvre aux États-Unis par Fanta­gra­phics).

un chat en sens interdit

nuit pluvieuse

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25 commentaires

  • La révélation,à mes yeux:Les pages-couleur(Calque)qui soulignent le talent(gaché par la suite)du Tillieux dessinateur,peut etre m^me au dessus de ses camarades déjà honorés.Son ”LAC DE L’HOMME MORT”est une réussite graphique absolue,les 3,4 premiers GIL JOURDAN achèvent de convaincre combien il maitri­sait son art:Sa propre grammaire du trait,de la composition…Un numéro de DBD(2001,2002?)proposait un recueil d’entre­tiens remode­lés en un seul…Mais en effet peu d’aveu,d’épanchement…Il comptait sincé­re­ment se remettre au dessin,mais je crois que-là encore-quelques succes­sives dépres­sions l’ont amené à ne plus faire ”que” du scéna­rio avec plus ou moins de bonheur(Ses TIF & TONDU ont trés bien vieilli,ses JESS LONG-réédi­tés prochainement-également).Au fond,il parlait assez mal de lui m^me et ce mélange de pudeur et cette manière de ne pas trop faire entrer le lecteur dans la coulisse,on peut le regretter(Est-ce que l’on ne Making-offe-t’on pas trop aujourd’hui?).Un dernier mot:Quel plaisir tout bete de savou­rer le fac-similé d’un original,ses repen­tirs..!

  • Je pense aussi que comme WASTERLAIN,TILLIEUX a été un peu malme­né pour son travail,redirigé,pas si bien consi­dé­ré et jugé peu vendeur,pas claire­ment ciblé…(Et puis les peluches Gil Jourdan,ça n’a du embal­ler le marketing).Mais aucune inter­view n’insiste là dessus,traité comme anodin,simple détail…Par Tillieux lui m^me.(ps:C’est vrai qu’ils étaient bons ses NATACHA;et Walthé­ry était trés inspi­ré)

  • En même temps, ce n’était pas très ”grand public”, un peu tordu. Dans le cas de Waster­lain, l’uni­vers est plus large.

  • Ah gil Jourdan, une de mes fortes influences de début de collège…
    IL fait envie ce beau livre chez Daniel Maghen.
    Côté scéna­rio Je ne trouve ni ”un trône pour Natacha” ni surtout ”l’ange blond” très inspi­rés.
    Tillieux recyclait des scéna­rios de ”félix” pour certains Natacha, peut-être bien au minimum deux sur les trois qu’il ait fait.
    Le 13 ème apôtre sort du lot, mais quelle est la part d’apport de Walthé­ry à l’his­toire ?
    ‑Voyage de documen­ta­tion et repor­tage photo sur place, l’atmo­sphère s’en ressent, on est loin des pays imagi­naires des débuts (Natacha et le Maharad­jah)
    – identi­fi­ca­tion totale à son alter égo Walter, jusqu’à nous parler de la perte d’un proche (la mort racon­tée du père de Walther nous renvoie a celui de Walthé­ry)
    – Le person­nage de Justin, copain d’armée réel ? etc…

  • Seuls les vrais spécia­listes peuvent discu­ter sur ce genre de choses :-) Je me rappelle d’une version N&B du 13° Apôtre qui me faisait baver dans ma jeunesse. Il paraît que le Maghen n’est plus dispo­nible à la distri­bu­tion mais je pense qu’il doit y avoir des librai­ries qui l’ont encore en stock.

  • Autant je comprends l’intérêt d’un Treizième Apôtre au format origi­nal, d’un Félix aux trames restau­rées, d’un Scorchy Smith à la biogra­phie fouillée, autant je ne comprends pas celui de repro­duire des traces de blanco ou de scotch jauni, des pages isolées… Peut-être pour les collec­tion­neurs pervers ?
    Pourtant j’adore Tillieux et tout le monde me dit du bien de ce gros livre coûteux…
    Mais là, non, je ne vois vraiment pas.
    Je retourne me replon­ger dans la splen­dide biogra­phie de Thier­ry Winants, parue chez L’âge d’or (quel boulot).

  • Ah non, je trouve ça intéres­sant de toucher ”au papier”. Les albums étant dispo­nibles par ailleurs, du moins les impor­tants, ça me parait pas si sacri­lège (par exemple pour le Scorchy). D’un autre côté, c’est vraiment un bouquin à desti­na­tion d’ama­teurs d’ori­gi­naux, y’a qu’à voir l’édi­teur.

  • Hum, tu triches : entre une histoire BD desti­née à des ados et un recueil d’illus­tra­tions desti­nés à des adultes, on ne peut pas parler que de nostal­gie.

  • @ li-an la version noir et blanc, je l’ai pour mon plaisir achetée à mi-cote (outran­cière) par hasard au siècle dernier chez un libraire qui avait récupé­ré le fond d’un collègue sans connaître le prix de l’ouvrage.
    Je l’ai reven­due à contre­coeur deux ans plus tard a un bouqui­niste sérieux, le prix que je l’avait acheté, dans le but de pouvoir m’ache­ter à manger en fin de mois diffi­cile. Ce qu’on est sot, parfois…
    Je regrette cet ouvrage très bien repro­duit, toujours bien trop cher à la cote pour que je remette la main dessus.

    @ Totoche : Un des plaisirs de la contem­pla­tion 13 eme apôtre noir et blanc, pour un dessi­na­teur (aspirant) ou confir­mé, c’était de mieux voir le dessin des petits person­nages en plan d’ensemble, de s’appro­cher du format des origi­naux et de la quali­té du trait , de consta­ter que certains aplats noirs étaient grattés au scalpel pour donner du relief…

    Idem pour l’ouvrage des origi­naux de Tillieux, la trace des repen­tirs, gouache blanche et scotch suppose un accès a une source de quali­té (origi­naux) et une repro­duc­tion ad-hoc.
    Le détail des dessins ainsi repro­duits, se rappro­chant des origi­naux valent leur pesant de cacahouètes pour quiconque s’inté­resse à la ”cuisine” des dessi­na­teurs.
    L’oné­reuse collec­tion des Gaston d’après les origi­naux chez Khani produc­tions est intéres­sante pour les mêmes raisons, et pas pour le seul plaisir de la lecture, je crois.
    Il y

  • De toute manière, les bouquins de repro de Gaston et autres sont simple­ment impos­sibles à lire au lit vu leur format.

  • Pour revenir sur son arrêt de dessi­ner, la cause princi­pale (et toute bête) est que Dupuis manquait de scéna­ristes à la fin des années 1960, on a deman­dé à Tillieux de s’y coller (tout ça est très bien expli­qué dans un des quatre intégrales Gil Jourdan récem­ment parus).

  • Merci pour ces préci­sions, Gilles mais vu comment il décrit son travail de scéna­riste dans une inter­view on peut penser qu’il aurait pu conti­nuer à dessi­ner :-)

  • Il fait partie d’une généra­tion de grands modestes, leur travail était telle­ment mépri­sé que même quand ils se défon­çaient à bosser comme des dingues, ils se devaient d’affi­cher un côté désin­volte ou humble. Je ne me rappelle plus le nombre de séries (ou certaines histoires) qu’il a scéna­ri­sé à partir de 1966, mais c’est assez hallu­ci­nant (même s’il recyclait des ”Félix” et ne s’en cachait pas) : Marc Lebut, La Ribam­belle, Tif et Tondu, Jess Long, Yoko Tsuno, Natacha… Et Dupuis ne le lâchait pas. Cauvin démar­rait à peine…

  • J’aime­rais bien lire un jour un article solide sur l’his­toire et l’évo­lu­tion (ou la régres­sion) du statut d’auteur BD en France (et ailleurs).

  • Ben, par défini­tion, l’His­toire néces­site un peu de recul et là on est en plein dans la tourmente. Il faudra compter les marins survi­vants pour connaître l’His­toire.

  • Je pensais à la période d’après-guerre à, disons, 2000. Je sais que Goscinny(50 – 60) et Mandry­ka (70) se sont battus à leur époque pour établir un statut décent à l’auteur BD, mais je n’en sais guère plus. Pour aujourd’­hui, tu es plus quali­fié que moi pour en parler correc­te­ment. Tu fais partie du syndi­cat GABD/​SNAC ?

  • Ah, non, pas syndi­qué pour le moment. Mais j’essaie de suivre ce qui se passe de loin en loin. De toute manière, le statut de l’auteur, il prend un sérieux coup avec la crise.

  • @kris : Mais… Je confirme que Le 13e apôtre ‑sauvé/​chiné dans une brade­rie où il commen­çait à moisir- fait partie de mon trésor person­nel (tout comme le Scorchy Smith) !!!

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