Gus Bofa, l’enchanteur désenchanté (Emmanuel Pollaud-Dulian – Éditions Cornélius)

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550 pages d’un gros pavé apte à arrê­ter un CRS en pleine charge, voi­là ce que nous pro­posent les Édi­tions Cor­né­lius et Emma­nuel Pol­laud-Dulian : une vraie belle et riche bio­gra­phie de Gus Bofa.
Si on ne pou­vait pas dou­ter du sérieux du tra­vail de Pol­laud-Dulian qui prouve avec son site consa­cré à l’œuvre de Bofa qu’il maî­trise son sujet, il res­tait l’inquiétude de lire un livre gen­ti­ment enthou­siaste sans recul sur l’artiste. Vous pou­vez être ras­su­ré, c’est magni­fi­que­ment écrit – un vrai plai­sir de lec­ture – et ter­ri­ble­ment pré­cis dans la docu­men­ta­tion et la culture géné­rale. Vous aurez réel­le­ment un por­trait de Bofa dans son époque et vous appren­drez plein de choses – le name drop­ping est par­ti­cu­liè­re­ment redou­table et il vous fau­dra une seconde lec­ture atten­tive pour noter les noms des illus­tra­teurs croi­sés qui semblent méri­ter le détour.

Gus­tave Hen­ri Émile Blan­chot, dit Gus Bofa, est né en 1883 et mort en 1968 – ce qui signi­fie que j’ai été son contem­po­rain même si à trois ans, je ne sais pas ce que j’aurais pu lui dire. Fils et petit-fils d’officiers de car­rière, il rêve d’expéditions loin­taines, de tri­bus hos­tiles et de bra­voure magni­fique. Las, pour faire offi­cier il faut être bon en maths et ça ne convient pas à la nature un peu fai­néante de Bofa. Il pré­fère s’orienter vers le des­sin d’humour où il peut gagner faci­le­ment un peu d’argent. Et le des­sin d’humour de l’époque étant par trop limi­té, il passe au livre de col­lec­tion illus­tré qui sera son acti­vi­té prin­ci­pale jusqu’à sa mort.
Entre temps, il y aura la Grande Guerre où il est griè­ve­ment bles­sé, une expé­rience trau­ma­ti­sante qui accen­tue­ra son côté misan­thrope déjà assez mar­qué et noir­ci­ra son ins­pi­ra­tion.

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L’époque de sor­tie de ce magni­fique bou­quin est para­doxal : comme le sou­ligne Pol­laud-Dulian, l’héritage de Bofa est à recher­cher du côté de la BD sur­tout (Tar­di, Blain et Blutch mais on le recon­naît aus­si chez De Cré­cy ou les Dupuy-Ber­be­rian) mais il me semble que le moment actuel n’a pas par­ti­cu­liè­re­ment le goût de rêves, d’aventures nos­tal­giques et d’ironie triste que Bofa cherche à faire pas­ser. L’époque du moment est dans un natu­ra­lisme qu’il ne goû­tait guère. Il y a d’ailleurs plein de choses qu’il n’aimait pas trop – sans en faire un com­bat, il pré­fé­rait la tran­quilli­té aux débats sté­riles. Ce qui ne l’a pas empê­ché d’écrire des cri­tiques théâ­trales – un peu par hasard et en pre­nant plus de plai­sir à lire les pièces chez lui qu’à les voir mon­tées sur scènes avec des acteurs insup­por­tables – et des cri­tiques lit­té­raires (il n’aime pas vrai­ment Proust, La Fon­taine – un mora­liste de cour – ou Céline).
Côté gra­phisme, il débute comme humo­riste et sur­tout affi­chiste avec un cer­tain suc­cès. Mais le livre de luxe de col­lec­tion sera son grand dada… même s’il aurait pré­fé­ré se pas­ser des col­lec­tion­neurs, un petit peuple de bour­geois riches aux pra­tiques étranges. Son idéal aurait été le livre illus­tré tel que nous le connais­sons main­te­nant et comme le pra­tiquent des gens comme Sem­pé. D’ailleurs, il finit par réa­li­ser des œuvres qui lui appar­tiennent tota­le­ment – comme la fameuse Croi­sière incer­taine. Étran­ge­ment, il n’a jamais écrit de vrais textes qu’il aurait pu illus­trer. C’est peut-être à mettre au compte d’une « paresse » dont il se vante beau­coup mais ça aurait peut-être pu l’aider à trou­ver un nou­veau public et à pas­ser plus faci­le­ment à la pos­té­ri­té 1.

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S’il a mon­tré une éner­gie cer­taine, c’est dans le fameux Salon de l’Araignée où il a regrou­pé autour de lui divers artistes dont des illus­tra­teurs qui avaient pour seul point com­mun leur indé­pen­dance d’esprit à une époque où il valait mieux faire par­tie d’un cou­rant ou d’une cha­pelle – est-ce que cela a vrai­ment chan­gé ? Salon qu’il a sabor­dé gen­ti­ment une fois que celui-ci a com­men­cé à avoir un cer­tain suc­cès.

Le bou­quin est évi­dem­ment plein d’images ter­ribles ce qui n’empêche pas le grin­ce­ment de dents quand Pol­laud-Dulian évoque des affiches ou des livres dont on ne voit rien ou presque. Il reste donc une énorme par­tie de l’œuvre de Bofa à redé­cou­vrir car celle réédi­té récem­ment cor­res­pond à la part la plus sombre et en tous les cas la plus per­son­nelle. Mal­heu­reu­se­ment, Bofa ne rentre pas dans le cadre de l’Histoire offi­cielle de l’Art. Il ne goûte guère les avants-garde de l’époque ni le com­mu­nisme ni l’antisémitisme ni Freud, enfin rien de ce qui per­met d’être dans un cou­rant de l’Histoire qui fait vendre de la presse et écrire des livres à suc­cès. C’est ce désir d’être à l’écart des modes et des péro­rai­sons – ses goûts l’inclinent vers un humour anglo-saxon plus que fran­çais à une époque très natio­na­liste où le mot « fran­çais » est très cou­ram­ment uti­li­sé pour par­ler de l’Art – qui me touche le plus.

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À la fin du bou­quin, vague­ment dépri­mé (je n’arrête pas de lire des bio­gra­phies d’artistes que j’admire au plus haut point et qui ne ren­contrent pas le grand suc­cès ou finissent leur car­rière avec dif­fi­cul­té), je me suis quand même posé quelques ques­tions. Avant la guerre, Bofa fré­quente le milieu artis­tique et même théâ­tral de Paris mais il ne semble pas pro­fi­ter de sa situa­tion auprès des femmes. En fait, il se marie une pre­mière fois avec Alice de vingt ans son aînée et 40 cm plus petite – elle mour­ra de mala­die – puis Cathe­rine qu’il croise en cure, qui boîte comme lui et qui ne semble pas être d’une beau­té ren­ver­sante. Alors que son des­sin peut se mon­trer très sen­suel, il n’a pas fait de tra­vaux éro­tiques, ne goû­tant guère l’humour coquin « à la Pari­sienne » de l’époque, un clas­sique pour­tant du livre illus­tré de col­lec­tion. Et alors que Pol­laud-Dulian ne cesse de sou­li­gner le rap­port très fort de Bofa à l’enfance, il n’a pas eu d’enfant. Ces ques­tions, qui m’ont assez intri­guées au vu de son tra­vail et de son ins­pi­ra­tion, n’auront pas de réponse ici 2.

Je vais finir avec deux points sou­li­gnés par l’auteur. Sur le por­tail de Joconde, une seule réa­li­sa­tion de Bofa est visible et c’est une affiche publi­ci­taire pour un savon – un petit black deve­nu tout blanc par le savon sur­prend sa copine – consi­dé­rée comme raciste. Elle est deve­nue pro­ba­ble­ment l’œuvre la plus connue actuel­le­ment de Bofa puisque uti­li­sée très fré­quem­ment pour illus­trer le racisme ordi­naire de la France de l’époque (1910). Elle est ran­gée dans les sec­tions « impri­mé ; eth­no­lo­gie » et je vous invite à envoyer un mes­sage à la res­pon­sable de la sec­tion pour pro­tes­ter bruyam­ment.
Et l’affaire Jean Brul­ler. J’ai pos­té des illus­tra­tions de Jean Brul­ler dit Ver­cors ici mais j’ignorais à l’époque que cette « très forte » influence de Bofa avait tour­né à l’aigre puisque Ver­cors a fini par se van­ter d’avoir fait peur au Maître par son talent alors que Bofa, qui l’a pous­sé à trou­ver sa voie, ne com­pre­nait rien à la pseu­do-gué­guerre que Ver­cors menait tout seul comme un grand. Il sem­ble­rait qu’une ana­lyse poin­tue des tra­vaux de Brul­ler dans l’exemple en ques­tion montre des repom­pages de plan, de construc­tion d’images voire de légendes qui vont un peu plus loin que le simple hom­mage.

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Et j’oubliais de par­ler du prix. Vous me connais­sez, j’ai ten­dance à me rou­ler par terre en me pleu­rant à chaudes larmes dès qu’il faut abor­der le coût pécu­niaire d’un ouvrage – spé­cia­le­ment un Cor­né­lius. Mais, magie de l’inflation des prix dans la BD, ce bou­quin énorme se révèle très abor­dable com­pa­ré au moindre truc en noir et blanc à 30 euros qui vous raconte la lutte d’une vigne­ronne musul­mane les­bienne bio qui aime faire du shop­ping dans les belles bou­tiques de fringues avant de par­tir se battre en Syrie avec son super pote mignon repor­ter qui écrit un roman dou­lou­reux sur son arrière grand-père fusillé en 14-18. Vous n’avez donc aucune excuse pour ne pas l’acheter.


  1. Emma­nuel Pol­laud-Dulian n’est pas tout à fait d’accord avec cette inter­pré­ta­tion, cf. com­men­taire ci-des­sous mais il a l’avantage d’avoir lu et vu des livres dont je ne connais rien. 
  2. en fait si, Emma­nuel Pol­laud-Dulian apporte des pré­ci­sions très éclai­rantes dans son com­men­taire ci-des­sous

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32 commentaires

  • Le por­trait ici des­si­né vaut bien l’oeuvre du maître.Il y a un bou­quin for­mi­dable d’Emmanuel de Wares­quiel, »entre deux rives » qui s’épanche sur la fin de vie tant d’un Léautaud,Gracq que Gérard de Nerval.Dans « vie et oeuvres »,il n’est pas mau­vais de réchauf­fer la vie.Passionnant.(et,merci,convaincu).

    Le name-drop­ping est un voyage formidable:pour exemple,dans un entre­tien de Charles .M.Schulz ,celui-ci invoque quel­qu' »incon­nus » épa­tants.

    A ce propos,à quand un bou­quin de Li-An sur un musée ima­gi­naire des illus­tra­teurs..? (pour tes­ter la fri­lo­si­té-2014 des édi­teurs)

    • Ça serait rigo­lo de rêver d’un livre sur les illus­tra­teurs tom­bés peu ou prou dans l’oubli mais je me rends compte que je suis loin de maî­tri­ser le sujet.

  • Je vous ras­sure, cher Li-An, c’était pas la peine de vous ess­cu­ser de ne pas pou­voir nous four­nir de pré­texte pour ne pas ache­ter le bou­quin : on n’en cher­chait pas (de pré­texte). Mer­ci, plu­tôt, pour les scans, sûre­ment pas faciles à faire vu le volume de la chose.

  • « …une vigne­ronne musul­mane les­bienne bio qui aime faire du shop­ping dans les belles bou­tiques de fringues avant de par­tir se battre en Syrie avec son super pote mignon repor­ter qui écrit un roman dou­lou­reux sur son arrière grand-père fusillé en 14-18…. »

    On veut des noms !

    Meilleurs voeux pour 14, qu’elle te soit fruc­tueuse et pleine de planches.

    « …mais je me rends compte que je suis loin de maî­tri­ser le sujet… »

    Votre modes­tie vous honore, cher Maître, ce qui n’est pas, hélas, le cas de beau­coup de bio­graphes auto-pro­cla­més.

    Ami­tiés.

    • Pour ce qui est des planches, ça ne dépend mal­heu­reu­se­ment pas que de moi à moins de me lan­cer dans le périlleux exer­cice de l’autoédition.

  • Cher Li-An.

    Mer­ci beau­coup pour ce compte-ren­du détaillé et enthou­siaste.

    Ce fut vrai­ment un plai­sir de le lire.

    Déso­lé pour le « name-drop­ping ». Je pen­sais, au début, inclure un dic­tion­naires des per­son­nages mais, à l’arrivée, le livre était déjà assez volu­mi­neux comme cela ! Nous avons dû reti­rer 20 pages de des­sins pour res­ter à un for­mat rai­son­nable.

    Sur les ques­tions que vous posez à juste titre, voi­ci les réponses que je peux don­ner.

    Comme beau­coup d’hommes reve­nus de la Grande Guerre, Bofa pen­sait qu’il valait mieux évi­ter de mettre au monde des enfants, qui ser­vi­raient de chair à canon pour la pro­chaine « der des ders ». Ayant com­pris « l’étonnante vani­té » de la vie, Bofa ne sou­haite pas « la léguer à d’autres ». A ceux qui lui rétor­quaient que si tout le monde pen­sait comme lui, l’humanité dis­pa­raî­trait, il répon­dait : « Et alors ? »

    Il est cer­tain que le jeune Gus Bofa, grand, spor­tif, atti­rait les femmes. Lui-même ne sem­blait pas insen­sible aux charmes des comé­diennes. « Solu­tion Zéro » évoque une suite d’aventures plus ou moins sen­ti­men­tales. Mais dans ce que j’ai pu consul­ter de sa cor­res­pon­dance et de ses car­nets intimes, Bofa n’y fait aucune allu­sion. Le seul sou­ve­nir qu’il évoque est celui de la femme qui venait faire le ménage dans son ate­lier, et qu’il n’a jamais ren­con­trée. J’ai donc choi­si de res­pec­ter sa dis­cré­tion.

    Quant aux « curio­sa », bou­quins éro­tiques et des­sins gra­ve­leux, cela ne l’intéressait pas. Il pré­fé­rait faire l’amour plu­tôt que le des­si­ner. Pour lui lais­ser la parole : « J’ai com­pris tout de suite qu’il n’y avait pas à rêver sur l’amour. J’ai com­pris un petit peu plus tard qu’il n’y avait pas non plus à rêver sur la guerre. Ce sont les deux sujets sur les­quels il est impos­sible de rêver, per­son­nel­le­ment il m’est impos­sible de rêver. Ce sont des sujets qui sont noyés dans des contin­gences tel­le­ment ser­rées et tel­le­ment pré­cises qu’il est abso­lu­ment impos­sible de s’évader. Ou bien on est content de ce qu’on fait, ou bien on n’est pas content. On est content s’il s’agit d’une jolie femme qui vous plaît ; on n’est pas content s’il s’agit d’une guerre contre l’Allemagne et l’Autriche – Hon­grie. On est obli­gé de les subir, et puis il n’y a rien d’autre à faire. On subit la vie amou­reuse, on ne la fabrique pas. On subit la guerre, on ne la fabrique pas. Si on la fabri­quait, on ne la fabri­que­rait pas comme ça. »

    Les seuls des­sins fran­che­ment et crû­ment sexuels qu’il a réa­li­sés, étaient un cadeau de Noël des­ti­né à son épouse Cathe­rine. Ils les repré­sentent, lui et sa femme ( une sorte d’autobiographie sexuelle d’une fran­chise désar­mante). Hélas, ces des­sins ont dis­pa­ru au hasard des ventes. Je les évoque dans la bio­gra­phie mais, faute d’en avoir alors retrou­vé la trace, je n’ai pu les repro­duire.

    Si je peux me per­mettre de cor­ri­ger un point de détail, Bofa a écrit de « vrais textes » et les a illus­trés. C’est du moins mon opi­nion. Je pense à « Roll­mops », qui sous ses allures de farce est lar­ge­ment auto­bio­gra­phique, à « La Voie libre » , à « Déblais », à « La Croi­sière incer­taine » et sur­tout « La Sym­pho­nie de la peur », que Cor­né­lius réédi­te­ra.

    Mer­ci encore pour vos com­men­taires et votre ana­lyse, juste et fine.

    Emma­nuel.

    • « 20 pages de des­sins en moins » ? Arghhhh, je meurs.

      Mer­ci beau­coup pour ces pré­ci­sions. J’avais plus ou moins devi­né pour ce qui est des enfants et il y avais quelques pistes côté femmes mais très légères. Pour de ce qui est de ses ouvrages « com­plets », je ne connais que La croi­sière incer­taine qui est sur­tout gra­phique – et ne peut pas pré­tendre à un sta­tut lit­té­raire. Je vais quand même pré­ci­ser tout ça dans le billet.

  • Certes, le choc est rude…

    Mais si les ventes vont bien, il est envi­sa­geable de publier un sup­plé­ment, avec des des­sins qui ont du être écar­tés, faute de place, de la bio­gra­phie, et des inédits décou­verts depuis.

    La par­tie « lit­té­raire » de l’oeuvre de Gus Bofa reste à réédi­ter. Elle en vaut la peine. Dans un monde idéal, on repu­blie­rait aus­si ses cri­tiques lit­té­raires, parues dans « Le Cra­pouillot ».

    En prin­cipe, il devrait y avoir des sur­prises cette année…

    A suivre donc.

    Emma­nuel.

  • J’ai aus­si eu le plai­sir de me le faire offrir pour pour noël, ça se lit tout seul, c’est beau et bien fait (« beau comme un Cor­né­lius », dit l’expression popu­laire). Hélas, l’aillant lu au lit j’ai bien faillit me faire étouf­fer par le poids du volume !

    • Je l’ai trou­vé rela­ti­ve­ment confor­table – com­pa­ré aux édi­tions luxe de Fran­quin dans les­quels je n’ose même pas inves­tir.

  • J’ai ache­té ce livre magni­fique sans réflé­chir, ça ne m’arrive plus sou­vent, mer­ci à l’auteur puisqu’il passe par ici (et à l’éditeur).

    Mer­ci pour cette chro­nique, et l’avant-dernière phrase m’a fait beau­coup rire.

  • Par ailleurs,sur ce blog,d’autres pré­ci­sions d’Emmanuel Pollaud-Dulian.Une bête question,sur la popu­la­ri­té de son oeuvre:y avait-il une résonnance,des échanges entre Gus Bofa et le public-masse ano­nyme et sans doute peu visible-un frêle contact ?

    Ache­tait-on « du » Gus Bofa ?

  • Bon­jour.

    Excel­lente et épi­neuse ques­tion !

    Gus Bofa a tou­ché un public rela­ti­ve­ment large avant la Grande Guerre. Les murs des rues où étaient col­lées ses affiches consti­tuaient une sorte de grande salle d’exposition pour ses des­sins. Il tou­chait aus­si les lec­teurs de la presse, que ce soit le « Jour­nal », créé par Fer­nand Xau , ci-devant impré­sa­rio de Buf­fa­lo Bill, un des quatre plus grands quo­ti­diens fran­çais, des­ti­né à une clien­tèle d’instituteurs, de com­mer­çants et d’ouvriers, ou « Le Rire » et « Le Sou­rire », heb­do­ma­daires illus­trés, dits humo­ris­tiques, lus par la petite bour­geoi­sie . On peut aus­si pen­ser que des fas­ci­cules bon mar­ché comme « Les Gaî­tés du Chat Noir » (1913) , ven­dus 95 cen­times, avaient une clien­tèle assez large.

    Des livres comme « Le Chant de l’équipage » (1918) ou « Mar­tin Bur­ney »(1919), qui ne sont pas des livres de luxe, ont été tirés à 6.000 exem­plaires, et ven­dus 4 francs pour l’un, 2,50 pour l’autre. Et Antoine Blon­din se sou­vient d’avoir lu, enfant, « Mar­tin Bur­ney ». On peut donc pen­ser que, si on fait confiance aux chiffres des édi­teurs, Bofa pou­vait au mieux tou­cher quelques mil­liers de per­sonnes.

    En ce qui concerne l’après-guerre et le livre de luxe, c’est un tout autre pro­blème. Par exemple « Les Fables de La Fon­taine » sont tirées à 100 exem­plaires, ven­du 7.000 francs. Il va de soi que pra­ti­que­ment per­sonne, à l’époque de Bofa, hor­mis ses amis et quelques col­lec­tion­neurs for­tu­nés, n’a vu les des­sins pour « Les Fables ». Cer­tains des des­sins du « Don Qui­chotte » ont été expo­sés à l’occasion de la publi­ca­tion du livre , mais vus par une poi­gnée de visi­teurs pari­siens. Le livre lui-même, tiré à 580 exem­plaires et ven­du par sous­crip­tion, a aus­si­tôt dis­pa­ru dans le secret des biblio­thèques.

    Pour résu­mer, je pense que Gus Bofa était par­fai­te­ment incon­nu du grand public. Lequel n’aurait pas com­pris, de toute façon, son des­sin et a tou­jours pré­fé­ré Dubout ou Poul­bot.

    Sa répu­ta­tion n’a jamais dépas­sé le cercle des écri­vains (Car­co, Mac Orlan, Cen­drars, Mal­raux, Max Jacob…) que le des­sin inté­res­sait, celui des des­si­na­teurs qui le consi­dé­raient comme un exemple (Digni­mont, Fal­ké, Chas Laborde, Ober­lé…) et celui de quelques ama­teurs éclai­rés (Gal­tier-Bois­sière, René Ker­dyk, André Sal­mon…).

    Bofa avait choi­si de créer son oeuvre dans le cadre du livre parce qu’il pou­vait s’y expri­mer de façon plus libre et plus com­plexe que dans l’affiche ou le des­sin de presse. Il avait, de ce fait, choi­si, en toute connais­sance de cause, comme Chas Laborde d’ « entrer dans la clan­des­ti­ni­té artis­tique » et de ne pas faire for­tune.

    On n’achetait pas du Bofa. « Roll­mops » a été un échec total, Bofa devant rache­ter le stock. A noter que le milieu de l’art sérieux, hon­nête, coté, igno­rait tout autant Bofa que le fai­sait le grand public. Il n’a eu l’honneur ni des gale­ries, ni des musées, ni des ins­ti­tu­tions. Après sa mort, il fut briè­ve­ment pré­sent dans le « Dic­tion­naire des petits maîtres de la pein­ture », avant d’en être chas­sé en tant que des­si­na­teur.

    Disons que la renom­mée de Bofa aujourd’hui n’est sans doute pas très éloi­gnée de celle qui était la sienne de son vivant !

    Je ne sais pas s’il faut en tirer une leçon et laquelle…

    Emma­nuel Pol­laud-Dulian.

    • Oui, on m’a pré­ve­nu. Si j’ai le temps – d’après mon expé­rience on en apprend pas plus que ce qui est déjà mar­qué dans les livres.

  • Cet article plus l’intervention de l’auteur him­self (ain­si que le lien vers l’INA), ne peuvent que déci­der à l’achat ceux, qui comme moi, ne connaissent Gus Bofa que de vue(s).

    Dans les héri­tiers de Gus Bof­fa, Jean Brul­ler arrive (selon moi) en tête, ce qui explique sans doute « L’affaire Brul­ler », que je connais­sais racon­tée, ver­sion Ver­cors, dans le livre de ce der­nier « Le mariage de M. Lako­nik » (réédi­té par le CNBDI en 2002). La « ver­sion » de Jean Brul­ler entou­rait Bofa d’une aura un peu sombre.

    Mais comme il n’y a pas de vrais bons, ni de vrais méchants dans la vraie vie. Je vais suivre Emma­nuel Pol­laud-Dul­lian pour en savoir un peu plus cet « enchan­teur désen­chan­té », même s’il manque 20 pages des­sins ! :-)

    • Oui, il faut ache­ter ce bou­quin pour qu’il soit un vrai suc­cès pour qu’on puisse voir d’autres choses de Bofa – et mer­ci pour ce « test*, ami Pat.

  • Cher Mon­sieur Pol­laud-Dul­lian,

    J’aurais besoin d’entrer en contact direc­te­ment avec vous pour une ques­tion liees aux rela­tions (si elles existent) entre Bofa et le Stu­dio Dis­ney.

    Je suis un his­to­rien de Dis­ney, auteur de plu­sieurs livres sur le Stu­dio Dis­ney et ses artistes, dont Disney’s Grand Tour et Walt’s People. Je pre­pare ces temps-ci une serie de six livres d’art pour l’editeur de San Fran­cis­co, Chro­nicle Books, sur les « concept artists » de Dis­ney.

    En condui­sant mes recherches pour ces ouvrages, je me suis penche sur les pro­jects aban­dones d’une ver­sion en des­sins animes de Don Qui­chotte pre­pares dans les annees 40 par Dis­ney.

    L’un des diri­geants de Dis­ney, John Rose, dans une inter­view inedite men­tionne que vers 1940 il a fait decou­vrir la ver­sion de Don Qui­chotte par Gus Bofa aux artistes de Dis­ney qui furent fas­cines par son art.

    Tout ceci nous conduit a un mys­tere dont j’ai besoin de dis­cu­ter par email avec vous.

    A tres bien­tot.

    Didier Ghez

    didier.ghez@gmail.com

  • L’adresse email sur le site ne fonc­tionne pas, mal­heu­reu­se­ment et tous le emails me reviennent :-(

    • Il se peut que j’aie une adresse email fonc­tion­nelle mais mal­heu­reu­se­ment, mon ordi est en trans­for­ma­tion. Il devrait reve­nir sous peu. Je vous recon­tacte dès que pos­sible.

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