Fiction n°4 (Les Moutons Électriques)

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Trois ans pour lire ce recueil de nou­velles, me voi­là avec une bonne idée du temps pas­sés par mes achats livresques dans ma biblio­thèque avant consom­ma­tion… Sous cette très jolie cou­ver­ture qui reprend une case du Major Fatal de Moe­bius que se cache-t-il ? Ben pas des choses qui m’ait fait décol­ler réel­le­ment et autant d’histoires fan­tas­tiques que de SF. Je retien­drai quand même
Miss Cars­tairs et le tri­ton de Delia Sher­man qui trace le por­trait émou­vant d’une vieille fille férue de bota­nique dans l’Angleterre Vic­to­rienne confron­tée à l’Homme de l’Atlantide.
Le cos­mos de cris­tal de Rhys Hughes, texte déjan­té qui pré­sente le voyage dans les dimen­sions paral­lèles comme solu­tion pour le voyage dans l’espace et sur­tout la pré­sen­ta­tion d’un uni­vers ins­pi­ré de la Grèce Antique où la science moderne est pré­sen­tée comme une aber­ra­tion super­sti­tieuse. Cela pour­rait paraître futile mais à une époque où la science fait peur à beau­coup de gens qui pré­fèrent se réfu­gier dans des remèdes « naturels/bio » qui tiennent quelque fois de l’incantation et où la théo­rie du com­plot fait office de véri­té révé­lée, on se rend compte que ce texte est peut-être pro­phé­tique.
Notre-Dame d’Heisenberg de Xavier Mau­mé­jean, une espèce d’uchronie où la guerre d’Espagne voit l’affrontement en paral­lèle de Poètes qui recréent une nou­velle Terre inver­sée dans le ciel. Une réflexion sur le pou­voir de l’esprit bien tem­pé­rée par du réa­lisme poli­tique : les poètes ne sont pas obli­ga­toi­re­ment de gauche comme on a finit par le croire à la fin du XX ème siècle.
Ins­truc­tion au sosie de David Cal­vo, un texte très lit­té­raire qui montre un glan­deur par­fait comme sujet d’étude scien­ti­fique qui finit par se vider lit­té­ra­le­ment de son être. J’ignore si c’est une ode au tra­vail dégui­sée mais il y a une idée inté­res­sante pour les théo­ri­ciens du tra­vail : essayer de gagner de la pro­duc­ti­vi­té en obser­vant ceux qui en font le moins pos­sible.
L’auteur de fan­ta­sy et son assis­tante de Jef­frey Ford qui voit une lit­té­raire tra­vailler pour un tâche­ron qui pond de la lit­té­ra­ture d’héroïque fan­tai­sie de bas étage fort popu­laire. Comme d’habitude, on peut remar­quer le pou­voir d’attraction de ce genre tel­le­ment décrié : l’univers décrit, mal­gré (ou grâce à ?) sa parade de cli­chés, sus­cite une vraie fas­ci­na­tion cou­pable qui conta­mi­ne­ra jusqu’à l’amatrice de Proust et Sha­kes­peare.
Terres Irréelles, un entre­tien à bâtons rom­pus entre C.S. Lewis, King­sley Amis et Brian W. Aldiss qui se posent des ques­tions sur le rap­port entre les ins­tances cultu­relles et média­tiques bri­tan­niques et la SF en géné­ral. On pour­rait aisé­ment trans­po­ser ce pro­blème à la BD mal­gré quelques avan­cées ces der­nières années. J’ai bien aimé la réflexion qui sou­li­gnait que la lit­té­ra­ture « sérieuse » était deve­nue une espèce de reli­gion où le com­men­taire du texte était deve­nu plus impor­tant que le texte lui-même. Les ama­teurs de comics feront la gri­mace lorsqu’un des inter­lo­cu­teurs se plaint de la qua­li­té de ces der­niers qui repren­drait sans ver­gogne des thèmes de SF pour les affa­dir. Mais ils s’en tirent bien sur le sujet.

Fic­tion c’est aus­si des images et elles sont visi­ble­ment choi­sies sous l’égide de Smol­de­ren. Il y a donc dans ce numé­ro deux port folios : Ash­ley Wood qui m’ennuie un peu et Rubi­no, illus­tra­teur ita­lien dont j’ai déjà par­lé, avec des planches de gags sur le thème géo­mé­trique. Mal­heu­reu­se­ment, l’absence de cou­leurs et le papier assez trans­pa­rent ne rend pas hom­mage à son tra­vail. Le reste est proche du n’importe quoi : la plu­part des des­sins n’ont pas vrai­ment leur place dans la revue. J’aime bien Gré­go­ry Elbaz mais ces planches sont hors sujet, le pire étant des planches et gags de James qui sont visi­ble­ment des bouche trous recy­clés pour l’occasion qui donnent un aspect fan­zine un peu miteux à la revue. Il y aus­si un hom­mage à Métal Hur­lant par Laurent Queys­si qui ne va pas très loin.

Je ter­mi­ne­rai avec la rai­son de la cou­ver­ture moe­biu­sienne. Dans le Moebius/Sadoul, Giraud expli­quait qu’il lisait dans sa jeu­nesse la revue Fic­tion de l’époque et qu’il avait tiré son pseu­do Moe­bius de ces lec­tures. Smol­de­ren a eu l’idée rigo­lote de far­foui­ler dans les vieux numé­ros pour voir si l’on y trou­vait une his­toire qui tour­nait autour du ruban de Moe­bius. Et, en effet, L’homme non laté­ral de Mar­tin Gard­ner, parue en 1957, joue sur les objets à une face et tente de pas­ser de la 3° à la 4° dimen­sion. Ce qui est un des thèmes fétiches de Smol­de­ren (on le retrouve dans la série Mac Kay parue chez Del­court sur un des­sin très classe de Jean-Phi­lippe Bra­man­ti). À par­tir de là, Smol­de­ren écrit un petit essai sur la laté­ra­li­sa­tion dans l’oeuvre de Giraud et les décou­pages de sur­face. Un truc ter­ri­ble­ment arti­fi­ciel : les exemples d’ « erreurs incons­cientes » de laté­ra­li­té qui ten­draient à prou­ver l’importance du ruban de Moe­bius dans le tra­vail du jeune Giraud sont tout bête­ment des erreurs de débu­tant que l’on retrouve dans le tra­vail de la plu­part des jeunes des­si­na­teurs (per­son­nages qui partent à droite et qui se retrouvent à gauche etc…). J’aime beau­coup Smol­de­ren pour sa culture ency­clo­pé­dique mais il est très fort pour écrire n’importe quoi …

En résu­mé, un numé­ro qui m’a un peu déçu. Suite au pro­chain comme dirait l’autre.

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