Annihilation, un texte rongé de Jeff Vandermeer

Annihilation de Jeff Vandermeer – Au Diable Vauvert

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Quand j’ai vu le nouveau Jeff Vander­meer dans les cartons de mon libraire, je me suis préci­pi­té dessus comme une poule sur un ver. La seule autre publi­ca­tion en français de Vander­meer, La Cité des saints et des fous m’avait laissé un souve­nir marquant et je ne pouvais pas passer à côté de ce qui parais­sait un nouvel opus de folie – dans le sens premier du terme.

Le gouver­ne­ment envoie des expédi­tions dans la Zone X depuis des années. La douzième n’est consti­tuée que de quatre femmes. Avec des consignes très strictes : ne pas s’appeler par son nom mais par sa fonction, éviter toute conta­mi­na­tion, rédiger un journal de bord person­nel. Et Annihi­la­tion est le journal de la biolo­giste. Irrésis­ti­ble­ment attirée par la Tour, long escalier qui s’enfonce dans la terre.

Annihi­la­tion est donc un récit à la première personne complè­te­ment paranoïaque. Si toutes ces femmes se sont portées volon­taires, elles ignorent comment elles ont atter­ri dans la Zone voire comment en sortir – seule la psycho­logue détient ces clefs et elle les a guidées sous hypnose. La Zone X est un espace vierge de toute humani­té où la vie grouille, une vie en lente mutation inexpli­quée. Il n’y a pas de danger direct mais il y a dans la Tour quelque chose. Et les membres de l’expédition dispa­raissent une par une.

Premier volume d’un triptyque, Annihi­la­tion est un roman horri­fique étran­ge­ment lent qui avance au rythme de la narra­trice. Jeune enfant solitaire fasci­née par une petite mare grouillante de vie, elle s’est portée volon­taire autant pour laisser derrière elle une vie person­nelle qui partait à vau l’eau que pour explo­rer un nouveau terri­toire. De manière paradoxale, ce n’est pas la peur qui la pousse – je ne peux pas tout spoiler – mais le désir d’en savoir plus sur ce monde pétant de vie et malade à la fois, d’une maladie dont on ne perçoit que quelques symptômes fugaces.

Si vous aimez les récits carrés, passez votre chemin. Vander­meer, fidèle à lui-même, ne propose que des bribes d’explications, laissant le lecteur se débattre avec l’indicible et inven­ter lui-même des raisons d’avoir peur. J’ignore si les prochains tomes appor­te­ront plus d’explications sur la Zone X mais celui-là tient très bien tout seul.

Éventuel petit bémol : si vous avez déjà lu du Vander­meer, vous perdrez l’effet de surprise en (re)découvrant ses obses­sions person­nelles. Mais c’est un texte très stimu­lant si on aime une litté­ra­ture inquié­tante – il m’a même déblo­qué. Au final, je retiens qu’il suffit d’accepter un monde effrayant pour y trouver une forme de paix.

La tour, qui n’était pas censée être là, s’enfonce sous terre tout près de l’endroit où la forêt de pins noirs commence à abandon­ner le terrain au marécage, puis aux marais avec leurs roseaux et leurs arbres rendus noueux par le vent.

On annonce une adapta­tion cinéma­to­gra­phique du livre par Alex Garland – rien vu de lui- avec Natha­lie Portman et Jenni­fer Jason Leigh. Mais doit-on croire tout ce que l’on nous dit ?

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