Manteau magique et épée d’acier

Retour sur la planète des chats (Wasterlain ‑ Lily Mosquito)

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Est-ce qu’il est bien raison­nable de faire une chronique sur ce nouvel album de Waster­lain ? C’est un auteur que j’adore mais dont les dernières œuvres sont moins dans mes goûts (soyons politi­que­ment correct). En même temps, il m’a donné telle­ment de plaisir ‑ et il conti­nue quand je relis ses albums ‑ que j’ai décidé d’acheter ce nouvel opus du docteur Poche au moins pour le soute­nir psycho­lo­gi­que­ment. Mais est-ce ça vaut le coup d’un point de vue objec­tif ?

La planète des chats est une merveille de BD. Le départ involon­taire du docteur Poche avec une bande de gamins surdoués pour une planète à l’état moyen­âgeux peuplée d’animaux parlants était prétexte à de grands moments héroïques et surréa­listes, des person­nages hauts en couleur et une touche Waster­lain dans la narra­tion toujours un peu en recul et amusée. Un truc qui devrait faire partie de toutes les biblio­thèques BD qui se respectent.
Ce retour arrive plus de trente ans après la parution origi­nale (1981) et cela se ressent un peu. Surtout sur le person­nage de Poche. À ses débuts, le docteur Poche est un jeune médecin sympa­thique embar­qué dans des histoires fantas­tiques. Avec Karabouilla, il avait pris une densi­té très rare à l’époque dans la BD franco-belge ”jeunesse”. La planète des chats est un peu l’aboutissement du person­nage puisque Waster­lain va ensuite l’utiliser pour toutes sortes de projets décalés (un hommage à Hergé dans Le renard bleu puis des gags surréa­listes où Poche devient un peu ridicule et énervé. Cette évolu­tion fait un peu penser à celle de Spirou de Franquin avec Panade à Champi­gnac où les prota­go­nistes histo­riques sont ridicu­li­sés. Il faut dire que les aventures étaient passées du côté de Jeannette Pointu qui vivait des choses plus intenses que le docteur Poche.

Quand Waster­lain a relan­cé pour Caster­man le docteur Poche, c’était pour le coup du vrai ”jeunesse” sans beaucoup de degrés de lecture. Le person­nage, en régres­sant, avait perdu de son charisme et de son charme, voire de sa folie. En repre­nant le docteur à l’époque de sa gloire (et des souve­nirs émus des fans), Waster­lain s’est retrou­vé un peu encom­bré. Poche a perdu son côté posé qui faisait juste­ment le charme de la juxta­po­si­tion avec un univers décalé.

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Dans cette nouvelle aventure, le voilà de retour sur la planète anima­lière agres­sée par des cochons ET pas contents. Il va se joindre au combat avec ses anciens amis et de nouveaux. Comme pour les albums origi­nels, il y a des clins d’œil à l’Histoire de France (ici le général de Gaulle) mais qui n’ont pas la force du parcours façon Jeanne d’Arc de la petite héroïne de 1981. Seul le passage du petit chat adopté par des ours et qui ignore sa vraie nature apporte un peu de nouveau­té.

Alors, une vraie décep­tion ? Pas vraiment. J’imaginais bien que cette nouvelle histoire ne risquait pas de révolu­tion­ner les choses. C’est un peu dommage mais il faut le prendre comme le soutien d’un éditeur à un auteur qui a appor­té énormé­ment à la bande dessi­née. L’achat du livre tient plus du geste symbo­lique que du plaisir de lecture.

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