Ralph Azham t.1 (Lewis Trondheim – Dupuis)

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Voilà donc un nou­vel album 100 % Trondheim mais pas dans sa propre col­lec­tion (qu’est-ce que c’est que ces auteurs qui dirigent des col­lec­tions et qui sont pas fichus d’y publier ?). Après Dargaud, il sem­ble­rait que l’ex Associé ait déci­dé de poser ses valises chez Dupuis pour un bout de temps.

Avec un titre, un sous titre (Est-ce qu’on ment aux gens qu’on aime ?) et une cou­ver­ture assez moyenne, le lec­teur basique peut être un peu inquiet. Après la pause pro­lon­gée de Donjon, est-ce qu’il était vrai­ment utile de res­ser­vir une recette héroïque fan­tai­sie ?
En fait oui. Les deux pre­mières pages donnent le ton: ce n’est plus de la bagarre tout azi­muth dont il va être ques­tion. Ralph n’est pas un nou­veau Herbert (même s’il est canar­desque, lui aus­si): avec ses longs che­veux bleus (Trondheim viserait-il les pubs l’Oréal ?), son refus de la vio­lence et son pou­voir un peu pour­ri (il peut devi­ner que les femmes sont enceintes), il ne risque pas de faire le poids contre n’importe quel type un peu bara­qué. Souffre dou­leur du vil­lage de péque­nots où il réside, il n’a que son humour et son père pour sup­por­ter une vie vague­ment ennuyeuse. Il faut dire qu’il a été l’Élu dans sa prime jeu­nesse, l’Enfant qui allait sau­ver l’Empire (oui, ça fait beau­coup de E majus­cule). Mais, fina­le­ment, il n’en a rien été. Il s’en est retour­né dans son pauvre vil­lage au grand sou­la­ge­ment de son père mais ses conci­toyens en ont fait un vague paria. Et voi­là ti pas que la Horde se ramène sou­le­vant de graves ques­tions: jusqu’à quel point faut-il s’humilier pour évi­ter de voir le vil­lage détruit et la popu­la­tion pas­sée par les armes ?

Avec ses quatre bandes par planche, on a droit à un album plu­tôt dense pour du Trondheim et même grave. Le déta­che­ment de Ralph par rap­port aux humi­lia­tions qu’il subit, les rap­ports avec son père apportent une den­si­té bien­ve­nue. On retrouve quelques thèmes trond­hei­miens (le refus d’assumer cor­rec­te­ment le pou­voir) mais ici ce ne sont pas seule­ment les Anciens qui en prennent pour leur grade mais toute la com­mu­nau­té. Et les rap­ports père/fils prennent une nou­velle ampleur (on peut ima­gi­ner que le fait que les enfants de Trondheim gran­dissent y est pour quelque chose). Assez curieu­se­ment, le point faible ce sont des gags et des dia­logues drôles très Trondheimiens qui tombent un peu comme des che­veux sur la soupe. Comme si l’auteur n’avait pas pu se résoudre à se débar­ras­ser de recettes qui ont fait son suc­cès mais qui n’apportent rien au récit dans ce cas pré­cis . Ces réti­cences sont très légères et au final c’est une très agréable sur­prise qui laisse espé­rer un retour de moti­va­tion pour la BD d’un auteur qui avait peur de s’épuiser, sou­li­gné par les cou­leurs de Brigitte Findakly “à la main” qui donnent un bel aspect rugueux à l’univers très éloi­gné de la dog­ma Walter. Alors que la plu­part des com­men­ta­teurs aspirent vite à un second tome, j’espère seule­ment qu’il sera à la hau­teur de ce pre­mier opus et qu’il ne som­bre­ra pas dans le Donjon fati­gué.

glace au canard

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3 commentaires

  • C’est sans doute la fré­quence de l’adjectif trond­hei­mien qui donne cette impres­sion. Ca sonne un peu comme Trondheim, mais en plus long, alors ça donne l’impression qu’on parle davan­tage de Trondheim.
    Mais com­ment évi­ter d’employer cet adjec­tif si puis­sam­ment évo­ca­teur de héros canar­desques et de magie pour­rie, dans un billet consa­cré pré­ci­sé­ment à un héros pour­vu d’un bec apla­ti et d’un pou­voir magique qui ferait per­si­fler même un natif de Troy?

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