Le vaisseau d’or portugais – Franka (Henk Kuijpers – BD Must)

Franka-vaisseau-dor

Franka, il faut la mériter… L’héroïne de Henk Kuijpers est passée de Spirou aux Humanos (trois albums publiés avec un sacré décalage). La voilà chez BD Must, un petit éditeur spécia­li­sé dans les tirages de luxe, qui semble décidé à publier les aventures de la rousse aux longues jambes un peu plus sérieu­se­ment.
Il est inutile de s’attar­der sur l’album tel quel, les fans de Franka appré­cie­ront, les pas chauds reste­ront froids. Je vais plutôt essayer d’expli­quer ce qui me plaît/​intrigue dans cet opus. Les réédi­tions se faisant dans le désordre (des problèmes de droits ?), la version BD Must débute par une histoire en quatre tomes avec des références (petites) à des albums pas encore parus. Franka, à la recherche de boulot en tant qu’en­quê­trice, découvre qu’un fameux voleur d’objets d’art tourni­cote à Amster­dam et se fait engager pour l’espion­ner. Pour ceux qui s’en souviennent, dans Spirou Franka a une grosse tête sur un corps assez menu dans une certaine tradi­tion franco-belge. Dans les deux premiers albums Humanos, elle s’équi­libre avant de prendre une taille manne­quin : petite tête et longues jambes. Elle passe donc d’intel­lo active à poupée canon intel­li­gente (et toujours aussi active). J’ignore si c’était pour suivre son public ou pour se faire plaisir que Kuijpers a fait évoluer de cette manière son héroïne mais du coup ses aventures deviennent plus adultes dans l’approche des person­nages (le fond reste le même, j’en parle­rai plus tard). Franka tombe donc amoureuse de son beau cambrio­leur mais, en jeune fille décidée, ne s’en rend compte qu’après avoir décidé de le séduire en pensant mener le jeu. Kuijpers la montre faire son petit shopping pour la grande scène de séduc­tion (robe et dessous rouges) et, comme on aurait pu l’ima­gi­ner sans trop y croire, on connait tout de la fréquence de ses rapports amoureux (mais pas le conte­nu :-)). Franka est apparue dans Spirou à une époque où les fesses et les seins de ces dames se dévoi­laient : Hislaire avec sa Violette, YannConrad et d’autres. Si on prend comme exemple Natacha, héroïne emblé­ma­tique de la BD franco-belge, qui amène un person­nage de jeune femme sédui­sante voire sexy, on peut en effet se poser la question de sa vie amoureuse. Dans le cas de Franka, on sait mainte­nant où on en est : quand elle est amoureuse elle s’envoie en l’air le plus souvent possible (une jeune fille saine, ma foi). Ce qui nous amène au travail de Kuijpers. Sa ligne claire a bien évoluée, passant d’une séche­resse post-Hergé à une fluidi­té qui me rappelle plus l’Ever Meulen des années 80 (argh, je n’ai pas un seul livre de Meulen !!!) puis Serge Clerc qu’il cite comme inspi­ra­tion. Mais il y a une constante : le besoin de créer un monde ”trans­pa­rent” où tout est visible – pub, lampa­daires, archi­tec­ture… On retrouve ce besoin de tout montrer dans les dialogue des person­nages qui commentent en perma­nence leurs actions ou leurs désirs. Franka passe son temps à se faire des idées sur son histoire d’amour en se justi­fiant et le lecteur doit être mis au courant. De la même manière, des tas de petits détails d’arrière plan ou des person­nages secon­daires inter­fèrent avec l’his­toire princi­pale. On découvre par exemple que la comman­di­taire de Franka – qui l’agace par son côté mater­nel – est lesbienne. Ça ne semble pas avoir d’impor­tance dans l’his­toire mais ça comble le besoin de tout montrer de Kuijpers. Son côté méticu­leux se retrouve dans ses scéna­rios avec par exemple ici une trame histo­rique, son goût pour les ”actions” sophis­ti­quées (du coup, il y a plein de cambrio­lages soigneu­se­ment plani­fiés) et sa facili­té à caser de belles voitures de collec­tion. De la même manière, on pourra appré­cier le maillot de bain blanc de Franka, parti­cu­liè­re­ment seyant, et qui va préci­pi­ter sa perte (non, je ne spouale pas).
Malgré toutes ces quali­tés, Franka reste une série ”mineure” pour le grand public et la presse. La faute à un univers peut-être trop propre, très souriant et rassu­rant, un peu hors du temps. Je termi­ne­rai avec quelques regrets techniques : une maquette de couver­ture vraiment ”bateau” – ah ah – et une impres­sion un peu écrasée aux couleurs saturées dans certaines pages et ça m’a gêné forte­ment – pas très pro tout ça. Mais à la sortie de cet album, j’ai eu envie de me replon­ger dans ma collec et de comman­der la suite. Un signe qui ne trompe pas…

plage polluée

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21 commentaires

  • On jurerait du Marc Hardy cette page…”Mineure” Franka..?Je la consi­dère comme une grande bd populaire,trés riche.Mais ton large billet-précis et juste-est à cet honneur.Qu’est-ce que c’est que ces réédi­tions de FRANKA aux éditions FURETEUR ?

  • Cf. ici : http://​www​.bdgest​.com/​f​o​r​u​m​/​f​r​a​n​k​a​-​5​-​a​l​b​u​m​s​-​e​n​-​f​r​a​n​c​a​i​s​-​s​u​r​-​1​8​-​o​-​t​6​8​1​1​-​1​0​0​.​h​tml
    Visible­ment un drôle de binz (une manière d’écou­ler des impres­sions ”de luxe” ni vu ni connu ?). La réali­sa­tion de l’album pose problème, surtout chez un éditeur de ”prestige”. ET j’ai un peu corri­gé le ”mineur” :-) Bon, bref, ce ne sera pas encore cette fois-ci que cette pauvre Franka sera mise en valeur comme il le faudrait…

  • Est-ce que,”tout simplement”(hum),FRANKA n’est pas victime d’une étrange autant qu’inex­pli­quable incapa­ci­té de passer le pont,la frontière comme les oeuvres aussi populaires qu’ac­ces­sibles que sont les travaux de TOONDER,VANDERSTEEN(oui,booon).Et puis qu’est-ce que c’est que ce billet sur FRANKA sans Totoche!?!

  • Jamais réussi à lire les aventures de la demoi­selle (il y a un côté étouf­fant dans la mise en case et en page, ça manque de vide !), mais j’adore telle­ment les dessins impres­sion­nants de préci­sion que j’ai deux albums (ceux des humanos, je crois… ou chez Alpen ? ah mais c’est pareil..). Bref, encore un truc inexpli­cable sur mes étagères.

  • C’était bien chez les Humanos. C’est vrai que le côté très méticu­leux peut-être saoûlant comme dans les Blake et Morti­mer. Dans cet album, il y a quand même plus d’espace.

  • Marc Hardy ???? Là non, je ne vois pas du tout, Juju !

    C’est quoi cette histoire de Fureteur ? On trouve effec­ti­ve­ment depuis peu ces bouquins à prix ”normal” (sans ex libris), comme le diffu­seur l’avait annon­cé il y a quelques mois.

  • Franka, ça doit être un truc de myopes, Grospa­ta­pouf.
    Pendant que tu y es, avoue aussi que tu lis Axelle Parker en cachette aux cabinets, ça soula­ge­ra ta conscience.

  • A totoche:Je pensais à Marc Hardy en voyant la page telle quelle,sans l’agrandir;plutot le Hardy de ”FEUX”,”ANGES & DIABLESSES” épuré et proche de ce genre de compositions.Non;vraiment pas ?

  • Franka, je n’ai pas réussi a accro­cher à l’his­toire non plus. J’ai acheté les dents du dragon en réedi­tion humano, envie donnée par ce blog.
    (je revends cet album, petit prix + frais de ports)

    Etrange, j’ai beaucoup aimé l’hom­mage de Kuijpers à Uderzo, tout en ligne claire dans l’album Astérix et ses amis. (2007)

  • Tu parles de la peau ? (oui, je suis d’accord, comme je suis dans Arkel dans Spirou, faut s’accro­cher pour voir une vraie ressem­blance).

  • La version Luxe de bdmust était agrémen­tée de très belles illus­tra­tions. Je me suis acheté les versions classiques de ce cycle-ci (en essayant de les intégrer au milieu de mes albums Dupuis, Humano, Big balloon en VO ou en allemand).
    J’ai rencon­tré l’édi­teur à Angou­lême qui avait un prospec­tus bien pratique pour montrer la chrono­lo­gie, mais je me suis débrouillé avec wikipe­dia.
    Je regrette un peu le manque de fluidi­té du scénar (on est entrai­né loin de notre quête première, et on y retombe un peu comme un cheveux sur la soupe).
    C’est vrai que la quali­té de l’impres­sion fait un peu ”coffre à BD” (photo­co­pies couleurs pas belles)

    Mais la préci­sion du trait et le souci des détails sont légen­daires chez koïjpeurs… Un nouveau cycle est prévu pour bientôt.

  • @ li-an
    Pour te faire culpa­bi­li­ser, non.
    Je suis assez grand pour gérer la respon­sa­bi­li­té de mes achats compul­sifs…

  • Il faudra tout de même que je jette un oeil aux franka les plus récents (dessi­nés a partir de 2005), histoire d’en avoir le coeur net.
    Concer­nant ton blog, heureu­se­ment qu’une chronique bien faite donne des envies !

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