Le Ministère de la Peur – Horologiom t.6 (Fabrice Lebeault – Delcourt)

La tête de l’ins­pec­teur Tineq est décou­verte dans la neige immacu­lée. Qui a tué ce policier sans histoire ? Le Major mène l’enquête dans les méandres de l’admi­nis­tra­tion d’Horo­lo­giom, pas toujours aidé par des sulbal­ternes de quali­tés très diffé­rentes et contraint d’affron­ter l’hos­ti­li­té de sa direc­tion.
Le premier album de la série Horolo­giom est parue en 94 et a vu cinq albums narrer les aventures étonnantes de Mariu­lo, l’homme sans clef, tombé par mégarde dans un univers fou peuplé d’hommes à clef à remon­ter et de machines délirantes. Assez emblé­ma­tique de ce que publie Delcourt à l’époque, Horolo­giom est un univers poétique, méticu­leu­se­ment dessi­né. Il décrit un univers peuplé de ronds de cuir à la Courte­line, rouages prison­niers d’une machine qui les dépasse. Les engins qui les entourent semblent fabri­qués en dépit de toute logique ingénié­rale et brillent par leur complexi­té foutraque et leur varié­té. Mariu­lo va se retrou­ver mêlé à des complots politiques et des tragé­dies humaines qui culmi­ne­ront dans une fin très métaphy­sique. L’ensemble est plus facile à lire album par album que dans la conti­nui­té (avec un tome 4 assez faible à mon avis) mais reste bien cohérent même si les deux premiers tomes de décou­verte de l’uni­vers restent évidem­ment les plus amusants à décor­ti­quer.
J’ai été très surpris de décou­vrir Fabrice Lebeault avec Le Croque­mi­taine (scéna­rio Filip­pi) dans la collec­tion Aire Libre pour une histoire sans aucune des machines qui avaient fait le succès d’Horolo­giom, la repré­sen­ta­tion des person­nages humains n’étant pas son point fort à l’époque (pas lu). Après un autre album en solo, Le Mangeur d’his­toires, très inspi­ré par le feuille­ton (pas lu non plus), il revient donc chez Delcourt pour retra­vailler dans l’uni­vers qui l’a fait connaître. Alors que cet éditeur semblait avoir tourné le dos à tout un style narra­tif et visuel qui avait fait sa réputa­tion, ça a été une petite surprise de voir un nouvel Horolo­giom dans les rayons des libraires.
Première consta­ta­tion, Fabrice Lebeault n’a plus aucun problème avec le dessin de person­nages :-) et les machines folles prennent beaucoup moins de place dans l’his­toire. On retrouve le goût de l’auteur pour le feuille­ton avec des person­nages de fonction­naires très Troisième République et l’enquête suit la logique du monde où évolue le Major, avec le risque de frustrer le lecteur qui ne connait pas tous les rouages du système décrit. Mais l’ensemble tient bien la route grâce aux person­nages bien campés et souvent savou­reux. Reste un mystère qui ne sera pas éclair­ci ici : pourquoi cet univers est-il aussi pauvre en femmes (une seule ici) et pourquoi ont-elles systé­ma­ti­que­ment des rôles de policier ? L’ins­pec­teur Freud mène l’enquête…
On termi­ne­ra par dire un mot sur les couleurs qui passent de Florence Breton qui avait fait un travail tout à fait intéres­sant à Alber­tine Ralen­ti et Madie Zombie qui, en dehors de patro­nymes rigolos, oscil­lent entre le bon et le … supre­nant, notam­ment sur des effets Photo­moch pas vraiment convain­cants à mes yeux de vieillard ronchon.

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6 commentaires

  • Un auteur que j’appré­cie beaucoup.
    Je conseil surtout la lecture de l’album ” Le Mangeur d’histoires” qui est passé assez inaper­çu mais qui est pourtant excep­tion­nel et origi­nal.

  • Merci Li-An pour cette petite critique plutôt positive. C’est toujours très grati­fiant de connaître l’avis d’un confrère surtout s’il est encou­ra­geant. Pour ce qui est de la présence féminine restreinte que trahissent mes albums, il y a une expli­ca­tion toute simple qui n’a rien à voir, du moins je l’espère, avec un quelconque complexe freudien : J’ai beaucoup de mal à dessi­ner les femmes ou du moins à leur donner suffi­sam­ment de carac­tère pour en faire des person­nages ”viables”. Mais je travaille beaucoup pour pallier cette faiblesse !
    Merci aussi pour ton blog passion­nant !

    • @fabrice : merci à toi pour ce petit commen­taire :-) et cette expli­ca­tion non-freudienne. On pourrait faire une analyse des dessi­na­teurs et de leurs rapports avec la repré­sen­ta­tion des femmes mais elle n’a pas sa place là. Quoiqu’il en soit, j’espère que l’album s’est suffi­sam­ment vendu pour que tu travailles sur une suite et en espèrant te croiser un jour sur un festi­val ou autre.

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