Le goût du chlore ( Bastien Vivès – KSTR )

couv

Ce que j’aime dans la pop/​rock, c’est que chaque semaine, les magazines titrent : ”voilà le meilleur groupe du monde !” quitte à ce que le groupe en question soit oublié six mois après.

Voilà donc le ”meilleur dessi­na­teur au monde” !

J’ai déjà parlé des deux précé­dents albums de Bastien Vivès dans la même collec­tion KSTR (il y a comme ça des collec­tions qui semblent être monopo­li­sées par un auteur) mais on ne va pas bouder notre plaisir. Déjà, on peut se félici­ter que KSTR se soit décidé à faire de vrais albums avec du vrai papier qui donne des couleurs correctes. Du coup, on peut appré­cier le dessin de Vivès à sa juste valeur. Comme dans la toute première histoire Elle(s), on assiste à la rencontre de deux jeunes personnes (lycéens, étudiants ?), cette fois-ci dans une piscine. Et il n’y a rien d’autre à dire. ”Elle(s)” ne m’avait pas complè­te­ment convain­cu, le person­nage princi­pal semblait un peu atone et j’ai eu du mal à le suivre dans ses hésita­tions. Ici, Vivès pousse plus loin le concept. Deux personnes se croisent dans un lieu public où les codes habituels de recon­nais­sance sociale et vesti­men­taires sont annihi­lés. En maillot de bain, ils se voient de loin en loin, discutent un peu et nagent. Évidem­ment, le garçon est attiré par la fille. Ce que pense la fille, on ne le saura jamais vraiment. Toute l’atten­tion est portée sur le corps, le mouve­ment dans l’eau, la concen­tra­tion sur soi-même. Il ne faut pas s’attendre à une histoire pleine de dialogues ou de person­nages pitto­resques, c’est simple, lent et superbe. Le travail grapique de Vivès n’est jamais dans la frime et n’a jamais été aussi beau. Alors que la généra­tion néo Associa­tion a cassé la rondeur franco-belge (qui était était aussi un héritage Disneyen) sans créer réelle­ment une vraie moder­ni­té (en se faisant l’héri­tière de travaux début du XX° jusqu’aux années 50/​60. Il n’y a qu’à regar­der les thèma­tiques visuelles de Blain, Sfar ou Blutch pour s’en convaincre), Vivès gère une rondeur de trait, des corps et des mouve­ment très modernes tout en laissant de la liber­té au trait, aux décors et au cadrage d’une manière très post Assoce. J’attends le prochain avec beaucoup d’inté­rêt.

vous marinez chez vos harengs ?

Comme je suis un ronchon, je tiens à dire en tant que nageur régulier que les piscines publiques sont souvent bien plus fréquen­tées que ça, qu’elles sont horri­ble­ment bruyantes une fois que l’on sort la tête de l’eau et que la plupart des gens nagent beaucoup moins bien et avec beaucoup plus d’efforts que ce qui est repré­sen­té ! Mais pour avoir prati­qué la natation dans les mêmes condi­tions (j’avais mal au dos et à Tahiti les piscines sont vides), j’ai retrou­vé les sensa­tions d’attente au bord de l’eau, à regar­der nager les gens…

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, infor­mez-moi en sélec­tion­nant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée.

Étiquettes

35 commentaires

  • J’ai hésité samedi dernier devant cet album. J’aimais bien l’esthé­tique globale de ce ”livre en bleu” mais je me suis resté méfiant par rapport au conte­nu. Tu trouves donc que le récit judti­fie égale­ment un achat ?

  • C’est un album diffi­cile à conseiller sur l’his­toire. Parce qu’elle tient sur très peu de choses. Soit on rentre dans l’atmo­sphère soit on reste froid…

  • Les dessins qu’il montre sur son blog, Comme quoi, sont à tomber.
    Qu’est ce qu’elles sont jolies, ses nanas …

    Le genre de mec qui me fait acheter un carnet de croquis, mais qui me le fait aussi­tôt jeter à la poubelle au bout de 2 dessins ;-)

    Le meilleur dessi­na­teur du monde ? Ça se pourrait bien … (mais c’est un préju­gé …)
    :-)

    A voir absolu­ment :

  • ça c’est un ”papier”!Et de me laisser-Merci encore LI AN-empor­ter par le charme fou de ces ”petits riens” qui compte:Outre la force de la mise en pages/scéne,je suis frappé par la gestuelle qui révèle l’approche sensible de ce ”meilleur dessi­na­teur au monde” qui comme tout bon auteur apporte son regard,sa ”grammaire”visuelle délicate et délica­te­ment couchée sur le papier.Vraiment trés bonne critique(ça ne vexe pas si je dis que ça me rappelle les papiers de”à suivre”..?)

  • @Hobopok : on dira que c’est parce que c’est réaliste :-)

    @Julien : je n’ai jamais été un lecteur de ”À Suivre” (ou plutôt très ponctuel­le­ment, quand ils ont publié du Moebius) et je n’ai aucun souver­nir de leurs critiques BD ni de qui les écrivait. Je suis plutôt Métal Hurlant voire Spirou avec des souve­nirs grandioses de critiques pleine de mauvaise foi assumée (ce brave Cornillon a réussi à dégom­mer Pratt et Tardi. C’est un vrai exploit).

    @Totoche : moi aussi j’achète plein de carnets de croquis mais je n’ai pas le temps de les finir :-) (voire de les commen­cer).

  • Marrant, je sais pas pourquoi, moi ça me rappelle les critiques (pleines de mauvaise foi assumée) du Margouillat …

    Comment s’appe­lait-elle, déjà, cette rubrique, dans Spirou où il y avait à la fois une critique positive et une autre négative ? (il y avait un tribu­nal, je crois …) Raaah, pas le temps de chercher …

  • C’était un duel(1980 – 1981)entre Yves Schlirf(encore libraire)et ”l’autre”(homme masqué qui était Alain de Kuyssche,rédac chef de spirou)…”La Schlir­fo­gra­phie” était le nom de cette excel­lente chronique où l’on débat­tait de Bourgeon,Binet,Hausman(ou des petits éditeurs et leur tirage limité à prix d’or),Hugo Pratt…Pas que de la B.D.,j’ai retrou­vé une chronique sur Philip K Dick”le guéris­seur de cathedrales”,Dashiell Hammett(Hééé oui),William Golding,Michel tournier,Jiri Trnka(un bouquin sur ce formi­dable réalisateur)Etc…En gros,ça s’appelle l’éveil,et c’était pas mal de diriger les enfants vers autre chose que la télé,starwars,ou un énièmme album de truc…Gilles verlant a m^me écrit dans spirou à cette période,ça allait dans le m^me sens:Dylan,The Cure,Etc..!

  • Oui, merci Julien, et parfois les discus­sions passion­nées conti­nuaient d’une semaine sur l’autre (j’ai retrou­vé celle sur ”Les passa­gers du vent” hier soir) : c’était comme ça, ”avant inter­net” !
    J’aimais bien ce principe qui permet­tait d’être critique à la fois positi­ve­ment et négati­ve­ment : même s’il y avait 2 avis tranchés, cela laissait finale­ment la conclu­sion au lecteur.

  • Ce joli concept a fini par se fatiguer. Il me semble qu’à la fin, ils n’arri­vaient plus à se dispu­ter les deux critiques.
    Et j’ai un souver­nir ému des rubriques rock qui étaient très pointues.

  • Pour ma part, je vais proba­ble­ment acheter cet album.

    Cela me permet­tra de me faire une idée, voir même éventuel­le­ment de criti­quer le critique ;-)

  • J’y vois aussi une forme d’adresse et de liber­té de trait doublée d’un je-m’en-foutage-des-canons-actuels qui n’est pas sans rappe­ler l’habile Rabaté.

    Les doubles critiques : personnes n’est abonné à Téléra­ma ? Je me les fade chez mes parents…

  • Arrêtez de décon­ner les gars !

    Pour une fois qu’un billet est aussi bien écrit !

    C’est bien simple : on dirait du Raymond !

    Non : là, vous êtes vaches !

    :-)))

  • Alala, monsieur Grospa­ta­pouf, je croyais que vous farnien­tiez sec.
    ”post-Assoce” c’est tous les gens qui s’ins­pirent du travail graphique et édito­rial de l’Asso­cia­tion des débuts sans avoir pu ou pouvoir s’y faire publier. C’est une école qui commence avec la création de la collec­tion Poisson Pilote.

  • Oui, mais la terrasse de Playa Bianca est bien équipée wi-fi alors je peux bloguer même dans la piscine.
    Mais tu définis le concept ”post-assoce” par la négative, il faudrait en décrire une esthé­tique, une inten­tion…
    Bon, là, je dois aller au club de voile, j’y repen­se­rai plus tard.

  • Bon, dévelop­pons…
    Un auteur ”post assoce” fait des albums en noir et blanc. Il raconte des histoires tristes, souvent autobio­gra­phiques. Son dessin est influen­cé par Sfar (Blain ou Blutch dans les meilleurs des cas) mais en règle générale, il se s’inté­resse pas beaucoup au dessin ou alors il s’applique à ne pas dessi­ner joli. Quelque fois, s’il veut se la péter, il préfère faire référence aux dessi­na­teurs indépen­dants US. L’auteur ”post assoce” fait bien atten­tion à ne rien connaître de l’héri­tage franco-belge. Il croit que Gaston a le téléphon qui son et que les Schtroumpfs est un dessin animé US. Il vomit les publi­ca­tions Soleil (et Delcourt s’il est dans un bon jour) accusée de faire des histoires héroïc fantai­sie avec ”des filles en string qui se battent contre des dragons” (on notera que cette accusa­tion révèle plus des fantasmes dusdit auteur post-Assoce qu’autre chose puisque, par défini­tion, ledit auteur n’a jamais ouvert un de ces albums (sauf en dédicaces où il s’ennuyait ferme) et qu’à mon grand regret, ces albums en questions ne sont pas fichus de repré­sen­ter un truc aussi rigolo (sauf en parodie, ce qui boucle la boucle)). Pour finir, l’auteur post-Assoce vend peu ‑dès qu’il commence à avoir du succès, il devient un ”Auteur” qui réalise des ”romans graphiques”. Il a 66,74 % de chances d’être contac­té par Sfar/​Trondheim pour reprendre une série Donjon ou reprendre une série que Sfar abandonne si son dessin corres­pond. Si tout va bien, il peut être publié en Poisson Pilote ou Futuro­po­lis un jour (état inter­mé­diaire).

    Détail impor­tant : un auteur post-Assoce n’est jamais publié par l’Assoce.

  • Merci pour ces préci­sions, maître ! Mais finale­ment, rien ne diffé­ren­cie les auteurs post-Assoce comme vous les définis­sez, des ”vrais” auteurs Assoce, si ce n’est qu’ils n’ont jamais été publié à l’Assoce. On peut peut-être envisa­ger le concept post-assoce dans la disso­lu­tion et la dissé­mi­na­tion des valeurs et de l’esthé­tique que la maison d’édi­tion de Menu a imposées au début des années 90. On peut situer le début véritable de l’ère post-assoce à la fin de l’année 2006, c’est à dire au moment l’écla­te­ment défini­tif, entier et reven­di­qué des ”associés-fonda­teurs” histo­riques et la mésen­tente Menu /​ Sfar. Bien sûr, cette dissé­mi­na­tion commence beaucoup plus tôt, et notam­ment dans la création de la collec­tion poisson-pilote, mais on peut y voir plus un mouve­ment d’influence, qui va prendre de l’ampleur, se dévelop­per, aboutis­sant à une floppée de collec­tions, de labels ou de petits éditeurs. Dans ce cas, le ”post-assoce” est plus du ”para-assoce”, ou de l’assoce générique, bref un succé­da­né dilué, voire complèt­ment disso­lu. Il serait intéres­sant d’envi­sa­ger plutôt le concept post-assoce de façon positive comme un dépas­se­ment de l’Asso­cia­tion. Ce n’est pas désobli­geant pour l’Asso­cia­tion elle-même, car c’est déjà lui confé­rer une impor­tance histo­rique centrale.
    Bien sûr, ce concept de ”dépas­se­ment” est un doux rêve, ou plutôt ne peut pas exister que dans diffé­rentes tendances étroites. Je trouve d’ailleurs que Menu, résolu de se démar­quer de la dissé­mi­na­tion, fait déjà du ”post-assoce 90”, ayant délais­sé la fiction (domaine défen­du par Trond­heim, David B et Sfar) pour une ligne plus expéri­men­tale.
    C’était assez prévi­sible, et néces­saire.
    Quant au bouquin de Bastien Vivès, que je trouve formi­dable, il corres­pon­drait assez à l’idée que l’on pourrait se faire d’un mouve­ment ”post-assoce” non dériva­tif. Je pense qu’il y a chez lui une grande fraîcheur, qui emporte tout (et réussit à convaincre même les vieux grincheux comme moi). Cette fraîcheur permet de trans­for­mer un livre a priori très ”air du temps” en petite expérience senso­rielle.
    Allez, j’y retourne (dans la piscine).

  • Dans ce cas là, il faudrait que je trouve un autre terme que post-Assoce pour les gens qui innovent dans l’héri­tage. Dans ma tête, c’est plutôt péjora­tif : ce sont des gens qui n’ont pas assez d’ima­gi­na­tion pour dépas­ser les concepts propo­sés par l’Assoce à l’époque. Le ”para-Assoce” est intéres­sant et je suis d’accord avec la défini­tion mais c’était déjà une sorte de perte puisque ça imposait un format classique ‑je n’ai rien contre d’ailleurs puisque je le pratique :-)). Mais dans le cas de Trond­heim, je trouve qu’il y a perdu. En fait, je pourrai rejoindre Menu dans son combat contre les auteurs qui font ”semblant” de faire de l’Assoce dans la forme mais qui n’ont rien compris au fond sauf que c’est un débat qui m’ennuie : il y a les auteurs que j’aime bien et les autres. Qu’ils fassent de l’Assoce ou du comics ou du gros nez (je sens que les du9 vont rappli­quer) me laisse indif­fé­rent.
    Vivès est intéres­sant parce qu’il dépasse ces clivages mais peut-être de manière incons­ciente (il faudrait lui poser la question). Du coup, je pense que l’ ”indépo­lice” lui tombe­rait sur le paletot mais on connait tous la police (bonjour amis policiers ! Je vous aime !).

  • C’est marrant que tu fasses référence à l’héri­tage disneyien franco-belge pour décrire la ”rondeur” du trait de Bastien Vivès vu que Vivès a fait Les Gobelins (‘pas allé jusqu’au bout du cursus il me semble) et bosse encore dans l’anim’ à l’occa­sion je crois (au générique du court ”clichés de soirée” de merwan chabane, et il a super­vi­sé le pilote d’une adapta­tion de son Poungi la racaille…)
    La simili­tude de parcours avec les Franquin/​Morris ne m’avait jamais frappé mais effec­ti­ve­ment y a de ça… L’étude gourmande des corps et du mouve­ment tout en cherchant une lisibi­li­té maximale…
    A part ça, une inter­view du gars, limite people, sur le côté autobio de l’album : http://​actuabd​.com/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​7​163

  • C’est évident qu’il a fait de l’anim (je l’igno­rais) mais il ne se contente pas de plaquer des mouve­ments artifi­ciel­le­ment sédui­sants (ce que j’appelle le ”dessin de pieds entremélés”)sur ses persos. Il y a notam­ment un travail sur la fatigue, la discré­tion qui est intéres­sant.

  • @Hobopok : sauf qu’ils semblaient plus motivés et plein de bonnes idées au départ. Ça tourne de plus en plus à ”on a une idée pour un album, on ne va pas gâcher les autres”.

  • Voilà, je suis très en retard, mais j’ai fini par le prendre, cet album.
    C’est un beau livre. Je n’ai pas de commen­taire parti­cu­lier sur le dessin, mais me suis laissé fasci­né par ces traver­sées de bassin, par ces évolu­tions inter­mi­nables dans un monde tout en bleu. Il n’y a pas de suspense, mais l’auteur crée tout de même une tension dans le récit. Et d’ailleurs, comment compre­nez-vous finale­ment ce que dit sous l’eau la jeune fille ? C’est une bonne astuce de Bastien Vives que de ne pas nous le révéler.
    Bonne lecture, donc, et un auteur de plus à suivre ! Par ailleurs, je trouve que ton article rend fidèle­ment compte de ce que repré­sente ce bouquin. Félici­ta­tions !

  • La honte ! : je suis le seul à ne pas encore l’avoir acheté si je comprends bien :-)
    Bon, l’hon­neur est sauf puisque j’ai lu ”Holly­wood Jan” et qu’un collègue à qui j’en ai parlé, montré ton billet, ainsi que le blog de Bastien Vivès, l’a acheté et déjà lu !
    Tu vois que ton blog sert à quelque chose :-)

  • @Raymond : me voilà obligé de relire mon billet pour voir s’il est vraiment intéres­sant :-) Tu n’es pas le seul à te poser la question de ce dialogue muet puisque plusieurs recherches Google de ce genre conduisent les gens sur mon blog. Au passage, je signale que Sofia Coppo­la nous avait déjà fait le coup dans son très beau Lost in Trans­la­tion. Et c’est peut-être un succé­da­né du fameux ”Rosebud” de Welles…

    @Totoche : mon Dieu, je suis un ”facteur d’inflence” ! J’espère au moins qu’il n’a pas été déçu ton collègue :-)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *