Deux albums BD de Magnus

Pas vrai­ment excité par ce qui sort en ce moment sur les étals des librai­ries, je m’amuse à partir à la recherche d’al­bums que j’avais laissé de côté à l’époque de leur sortie. Par exemple la série des Parti­sans de Magnus.

Magnus, c’est typique­ment l’au­teur que j’ai envie de redé­cou­vrir. Son écri­ture hors mode, sa vision très simple de la BD stimule bien plus mon cerveau que ces avalanches de BD au person­nages « type moyen à qui il arrive des choses ». J’ai envie de types extra­or­di­naires à qui il arrive des choses incroyables.

Nocturnes (Magnus – Magic Strip)

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J’ai lu dans un très bon article de BDZoomhttp://bdzoom.com/6230/patri­moine/le-coin-du-patri­moine-bd-roberto-raviola-dit-magnus/ – que l’in­té­rêt de Magnus pour l’Asie lui est venu en accom­pa­gnant la troupe de théâtre La Compa­gnia della Forca en tour­née en Asie Mineure.
La série des Parti­sans est inspi­rée du clas­sique chinois Au bord de l’eau qu’il met à sa sauce.
Dans un univers SF à la Flash Gordon plein de capes, d’épées et d’ar­mures de tout hori­zon – Magnus est un fan transi d’Alex Raymond – le procu­reur Sung-Ming, appré­cié par les brigands pour son haut sens de la justice, tue dans un accès de jalou­sie sa femme infi­dèle et finit par trou­ver refuge chez ceux qu’ils pour­sui­vaient avant de parti­ci­per à une révolte géné­rale contre un pouvoir corrompu.
La psycho­lo­gie des person­nages est très flot­tantes – comme souvent dans ce genre de récit ancien – et on découvre, éber­lué, des combats farouches, des hommes sans peur et des lâches gouver­neurs. Les femmes sont toutes des garces cruelles aux courbes affo­lantes et Magnus, dans des planches très denses à quatre bandes, donne libre cours à ses goûts féti­chistes légè­re­ment sadiques.
Il y a un côté too much pas toujours évident mais c’est surtout une BD de fou furieux dont il semble­rait qu’on ait perdu la recette. Allez, hop, je commande la suite.

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Tex Spécial – La vallée de la terreur (Nizzi & Magnus – Clair de Lune)

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En farfouillant pour mes achats, je me suis rendu compte que Clair de Lune venait de publier La vallée de la terreur, le dernier album dessiné par Magnus, un pavé de 240 pages qui lui a pris les sept dernières années de sa vie.
La série Tex a été créée par Gian Luigi Bonelli en 1948 au format fumetti et connait toujours un succès gigan­tesque en Italie. J’en ai sûre­ment lu des épisodes traduits dans les BD de poche de gare de mon enfance mais je n’en garde pas de vrai souve­nir.

Tex et son fidèle compa­gnon Kit Carson (person­nage histo­rique) sont appe­lés à la rescousse: une secte d’as­sas­sins surnom­més « les Vengeurs » sèment la terreur dans une vallée proche de San Fran­cisco. Tex aura ainsi l’oc­ca­sion de rencon­trer John Sutter (person­nage réel qui a fait fortune avant de voir la ruée vers l’or rava­ger ses posses­sions) et d’ef­froyables crapules exotiques qu’il saura remettre au pas.

Autant l’avouer, pour un premier Tex, je me suis globa­le­ment très ennuyé. J’ignore pour quel public l’his­toire est desti­née mais elle est plom­bée d’ex­pli­ca­tions redon­dantes et de dialogues inter­mi­nables et l’his­toire est vrai­ment d’une naïveté décon­cer­tante. Dès les premières planches, on sait qui est le méchant et grâce au flair légen­daire de Tex, on ne peut pas dire qu’il y ait le moindre suspens. Seul au coup de théâtre très feuille­to­nesque apporte un – tout petit – peu de sel à une histoire comme en faisait dans les années 50/60 quand il fallait tomber des scéna­rios tous les jours quasi­ment.
Plus ennuyeux, les méchants blancs meurent en prenant conscience de leurs fautes et en regret­tant le mal qu’ils ont commis alors que les Chinois et autres métèques ne comprennent visi­ble­ment qu’une bonne volée de plomb dans les gencives. Dans le genre détail qui m’énerve, imagi­nez une armée de types planquée dans une mine… sans que personne ne remarque les éven­tuels convois de nour­ri­ture néces­saires à leur survie – le scéna­riste, dans un trip très Bondien, évacue ces néces­si­tés subal­ternes.
Mais il parait que le public d’aujourd’­hui aime les clichés les plus éculés, alors…

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Passons au dessin. Il semble­rait que Magnus ait été parti­cu­liè­re­ment excité par le projet (imagi­nez un auteur Belge repre­nant Tintin) et il a accu­mulé retard sur retard pour donner le meilleur de lui-même. On ne peut que rester admi­ra­tif devant le travail effec­tué – maquette pour préci­ser l’ar­chi­tec­ture, ambiances trai­tées à la hachure, cadrages ciné­ma­to­gra­phiques peu courants chez Magnus. Mais tout son talent ne peut pas sauver un Tex affligé d’un long bâton dans le posté­rieur et d’un petit chapeau assez ridi­cule et ne parlons par du pauvre Kit Carson qui doit se conten­ter de faire des blagues à deux balles – ils ne seraient pas gay ces deux là ? Sans comp­ter que l’am­pleur du travail a justi­fié un assis­tant que l’on croit devi­ner par ci par là. Je ne peux pas m’em­pê­cher de penser que Magnus aurait pu faire d’autres choses plus exci­tantes ces sept années là…




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    12 commentaires

    • Arh!Le lettrage-Tex!Pour les mordus,il y a même des Tex dessi­nés par Joe Kubert,Buzzelli,ou Jesus Blasco,Colin Wilson.Un exer­cice de style.
      J’ai une image trop partielle,trop loin­taine de Magnus:ce billet m’a remis sur le droit chemin.

      • Si les histoires sont du même tonneau que celle-là, je passe mon tour. Il faut redé­cou­vrir Magnus et en même temps, c’est un vrai auteur avec un univers qui ne peut pas plaire à tout le monde.

    • Oui, au lieu de cow-boys avaleurs de para­pluies, il aurait mieux fait de dessi­ner la suite des aven­tures de Milady 3000. Ah qu’est-ce que c’était bien Milady 3000.

        • Il me semble que non. J’ai 2 éditions de Milady 3000: celle parue en Belgique chez Ansaldi en 1986, 64 pages couleurs (couleurs de Silvana Bigi, les mêmes que celles qui étaient parues dans Métal à partir de 1980) et celle de Glit­te­ring Images de 1985, 72 pages en italien et en noir et blanc (les deux éditions comptent en réalité autant de planches (62), celle de Glit­te­ring Images, plus aérée, comporte une page de titre, une page de faux-titre et quelques dessins pleine page en plus). Si je me souviens bien les Huma­nos avaient sorti un volume (je ne l’ai pas sous les yeux) plus petit, broché, au format de la revue, et avec un épisode en moins: je crois que les planches manquantes n’étaient pas parues non plus dans Métal.

          • Je ne me rappelle plus d’une édition Humano et je ne savais pas qu’il y avait deux autres éditions. Je n’ai dû croi­ser que celles chez Ansaldi.

      • C’est étrange, j’ai toujours eu du mal avec sa première période: son dessin « humo­ris­tique » sur Alan Ford choquait mon regard formé à l’école franco-belge.

      • Il paraît que la version Caster­man est cata mais on a dû en discu­ter sur « le lieu que tu fréquentes main­te­nant » et qui commence par fesse et qui finit par bouc.

    • J’aime beau­coup Magnus, j’ai eu des volumes d’Alan Ford entre les mains dans ma prime jeunesse, et je suppose que l’es­prit complè­te­ment allumé de la série m’a marqué… sinon j’ai remarqué il y a peu à quel point Magnus a dû être inspiré par le style graphique de… Al Capp. C’est assez évident non ?

      • C’est possible. Pour ce que j’ai lu, c’est surtout Alex Raymond qui l’a marqué, on le voit bien dans sa SF pleine de filles aux vête­ments collants et amples et les bottes et capes pour les mecs.

        J’ai un peu de mal avec sa première période, assez froide côté dessin. Mais ça devait être assez déli­rant dans mes souve­nirs loin­tains.

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