Comix Club n°6

Cette année, pen­dant la très incroyable et casse-gueule séance de jury pour le Prix Margouillat, je me suis fait repro­cher à plu­sieurs reprises de ne pas lire assez de BD. Cette accu­sa­tion est mal­heu­reu­se­ment fon­dée. En jetant un coup d’oeil sur la liste les 50 (!) nomi­nés, je me suis ren­du compte que je n’en avais lu aucun (en fait, en y repas­sant, je me rends compte que j’en ai lu 6 et que je peux par­ler de manière décon­trac­tée des 2/3 res­tants en fai­sant par­fai­te­ment illu­sion). Quoiqu’il en soit, 50 albums coû­tant en moyenne 15 euros cha­cun, ça nous fait une belle somme sans comp­ter la place où les ran­ger. Bref, je suis ren­tré chez moi un peu inter­lo­qué et dépi­té. Faudrait-il trans­forme mon bud­get “illus­tra­tions” + “romans SF” + “CD” en une pile consé­quente de BD ? Il faut quand même recon­naître que je suis désor­mais plus inté­res­sé par la BD en tant qu’auteur qu’en tant que lec­teur. Mais dans les bonnes réso­lu­tions de cette année, il y a une place pour la BD (c’est mal bar­ré). J’ai donc com­man­dé le der­nier numé­ro de Comix Club, de la même équipe qui gère le désor­mais fameux blog Comix Pouf (et je remer­cie ici Big Ben de me l’avoir offert pour me remer­cier des efforts que je four­nis sur ce blog. Faites un blog, il en res­te­ra tou­jours quelque chose).
Comix Club est une revue cri­tique de BD (ou de “créa­tion gra­phique nar­ra­tive” pour cer­tains snobs) avec ses qua­li­tés et ses défauts. Ses qua­li­tés sont nom­breuses: maquette sobre et de bon goût, dos­sier consa­cré à des auteurs par­ti­cu­liè­re­ment peu connus, chro­niques variées où l’humour n’est jamais tout à fait absent et même quelques BD qui parlent… de BD. Pour les défauts, je n’en compte qu’un de vrai­ment d’importance: la pro­pen­sion à assé­ner des véri­tés pas tou­jours convain­cantes. Mais c’est un défaut du genre qui a le mérite de lan­cer la dis­cus­sion. Au menu donc, une ren­contre avec Gunnar Lundkvist auteur sué­dois publié notam­ment chez l’Association, avec les frère LeGlatin, créa­teurs du fan­zine Bicéphale, une longue ana­lyse du blog de Frantico (trop longue et trop com­plai­sante à mon goût vu l’intérêt réel du pro­jet et son évi­dente arti­fi­cia­li­té. Jean-Paul Jennequin semble être la seule per­sonne en France à pen­ser que Frantico n’est peut-être pas Lewis Trondheim), BSK sort un album bizarre de sa biblio­thèque (le genre de choses qui voyait le jour dans les années 80), Wandrille explique com­ment “Révolutionner la BD sans trop se fou­ler”, idée rigo­lote mais qui aurait méri­té un peu plus de délire peut-être, Andréas Kündig fait deux pages très inté­res­santes (allez les lire, c’est trop com­pli­qué à expli­quer), Guillaume Laborie m’a fait beau­coup rire (invo­lon­tai­re­ment) en ten­tant de démon­trer que tout auteur peut se pas­ser des édi­teurs pro­fes­sion­nels (j’imagine que des géné­ra­tions d’écrivains pour­raient se dire “mais pour­quoi ne pas y avoir pas pen­sé plus tôt !”) et oublie d’analyser les dif­fi­ciles sur­vies finan­cières ou artis­tiques d’auteurs BD qui s’autoéditent (Uderzo, Godard par­mi les plus anciens…) ou néglige de par­ler de David De Thuin. Ensuite 4 planches sym­pas de Big Ben, un gros dos­sier sur les Zombies dans la BD qui se lit bien (même si on n’y parle même pas d’Archie Cash, ça le fait pas…) et pour ter­mi­ner (ou presque), un témoi­gnage sur Caption 2007 Oxford, la conven­tion annuelle de la BD alter­na­tive à Oxford où on apprend rapi­de­ment que les auteurs Anglais pré­sents ont une connais­sance déplo­rable de la BD alter­na­tive non anglo­phone et là tout est dit…
Malgré les réti­cences déve­lop­pées plus tôt, la lec­ture de l’ensemble m’a été pro­fi­table. En s’ancrant réso­lu­ment dans un choix créa­tif qui m’est plu­tôt étran­ger, les articles m’ont obli­gé à réflé­chir sur ses ana­lyses et pro­po­si­tions sans l’agacement que me pro­cure les revues plus “grand public”. À conseiller à toute per­sonne un peu curieuse.
Les édi­tions du Groinge http://www.20six.fr/groinge (à noter que la revue est trou­vable sur un site de vente de biens cultu­rels bien connu).

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