Amitié étroite (Bastien Vivès – Kstr)

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Bastien Vivès publie albums sur albums et … ils se ressemblent. Du moins c’est ce que tous mes camarades de jeu m’ont soupi­ré lorsque je leur ai deman­dé leur avis (pour des raisons budgé­taires, je précède chaque achat par une étude de satis­fac­tion auprès d’un panel de lecteurs soigneu­se­ment triés sur le volet). Encore une histoire de jeunes gens qui se reniflent et qui hésitent entre amour et amitié parait-il. Bon, on se rabat­tra sur le dessin me forin­té­rieurje en achetant l’album.
Frances­ca, jeune femme de 23 ans mignonne, branchée fringues et boîtes de nuit est super copine avec Bruno, bosseur intro­ver­ti pas beau gosse (il a fait S, c’est tout dire, ouf ouf ouf). Et ce depuis le collège. Pendant que Frances­ca multi­plie les rencontres sans lende­main, Bruno sert de confi­dent. Jusqu’à ce qu’il croise une autre femme.
Comme toujours chez Vivès, les histoires sont large­ment basées sur le non dit, des person­nages qui se tournent autour sans expri­mer leurs senti­ments et en même temps, la conclu­sion ici en surpren­dra plus d’un. Pour ce qui est du dessin, c’est comme toujours d’une grande facili­té, d’une fluidi­té impec­cable avec ici une petite coquet­te­rie sous forme de traite­ment infor­ma­tique diffé­rent pour des scènes de flash back. Mais autant vous l’avouer, je n’ai pris autant de plaisir que pour Le goût du chlore qui avait su porter très haut l’ellipse et la fasci­na­tion de Vivès pour les corps. On peut même voir se dévelop­per des paradoxes quelque peu étonnants dans son oeuvre. Le person­nage de Frances­ca est visible­ment plus ou moins victime d’une culture de l’appa­rence. On la ”fiance” à un beau mec pour faire un beau couple, elle passe son temps à faire du shopping et sa canon copine Héléna réussit un casting pour un reali­ty show bien pourri au grand enthou­siasme général. C’est visible­ment ces oeillères cultu­relles qui l’empêchent d’assu­mer plus qu’une amitié pour Bruno qui souffre d’un délit de sale gueule assez grati­né. En dépas­sant ces futili­tés, elle peut enfin grandir. Mais cette belle parabole est un peu mise à mal par ce que dessine Vivès : la séance de shopping est légère et sexy, les jeunes sont beaux gosses et bien sappés et Bruno n’a pas le mauvais goût d’être trop gros ou trop maigre. Dénon­cer une culture de l’appa­rence en mettant en valeur la séduc­tion physique, voilà une entour­loupe qui me parait peu convain­cante. Je termi­ne­rai avec les deux scènes d’amour très intéres­santes puisqu’elles réussissent à être expli­cites sans faire cochonnes. Et en même temps, elles souffrent du même syndrome évoqué plus haut. En dessi­nant des top models , Vivès risque de glisser sur la froideur du papier glacé…
Du coup, j’ai choisi une planche un peu hors norme. Cadrer le haut du crâne de manière intéres­sante, ce n’est quand même pas donné à tout le monde.

haut du crâne

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24 commentaires

  • n’empêche, il aborde des chose que je n’ose pas faire et il arrive à le faire bien.… après s’il se répète c’est son problème ( c’est son quatrième album sur le même genre/​thème ?)

  • C’est à la fnac que j’ai feuille­té ce bouquin, ai commen­cé par la premiere page, ai fini à la premiere page. à part le fait que l’on peut admirer une certaine facili­té dans le dessin ( pour laquelle on se lasse vite d’ailleurs )cela ma fait le meme effet que si je regar­dais secret story, à fuir en courant.

  • Il ne répète pas:Il creuse un m^me sillon!Je n’iro­nise pas!Il nourrit,cultive ses ”obsessions”.Et puis un auteur recon­nais­sable entre mille(et ”mille” n’est plus une expression,mais une réalité)c’est toujours une heureuse nouvelle…Et si ce livre est moins convaincant,il n’est peut etre qu’une passe­relle ?

  • Ce que je veux dire c’est que cette BD me fait la meme impres­sion qu’une émission de télé réali­té ” secret storie ou une autre ”, c’est à dire qu’il semble dessi­ner ”la vie de tout les jours” comme s’il ni avais pas de scena­rio, on prends un carnet de croquis ( son style fait juste­ment penser à du croquis, c’est à dire des silhouettes prises sur le vif, assez leger mais avec beaucoup de virtuo­si­té, et de justesse )
    on va par exemple dans un lycée ou une fac, on se mets dans un coin,on observe et on dessine des jeunes gens dans leurs attitudes en repre­nant mot pour mot leur conver­sa­tion ( souvent terre à terre et sans inter­et ) et les cases ”croquis” s’ajoutent les unes aux autres comme le temps s’écoule, et au bout du compte, on à une BD.

  • J’allais le dire,tiens.Et l’exer­cice est délicat autant que passionnant.Périlleux,aussi:La preuve,tes réserves.Mais ça vaut la peine d’essayer.Quant au dessin,il me semble merveilleux;il ne joue pas de son aisance mais creuse là encore,se réinvente petit à petit.Ben oui,l’effet de surprise n’est plus aussi présent.

  • On se laisse une fois de plus embar­quer par l’aisance du dessin de Vivès , par sa facili­té à traiter du non dit et des sentiments.Mais une fin surpre­nante vraiment au vu de la couv’ et du titre tout était un peu télépho­né c’est le chemin qui fut passio­nant .

  • J’avais eu la même réaction urticante que Fanto­mas à la lecture de son premier livre, ”Elles”, mais j’ai réussi à me désen­si­bi­li­ser avec les suivants.

    Finale­ment, je devrais peut-être essayer de regar­der la télé-réali­té…

  • Je partage les senti­ments que Julien : Bastien Vivès cultive son style et il le fait avec talent. C’est un livre qui prolonge Elles, le Goût du Chlore et Dans mes yeux d’une manière ”un peu diffé­rente mais pas trop”. C’est un peu vite lu, mais cela se relit avec plaisir. Qui disait ”qu’être classique, c’est se répéter et savoir se répéter” ? Albert Camus, peut être, en tout cas, c’est à cela que je pense en lisant les albums de Vivès.

  • De toute manière, ça ne me gène pas qu’il se ”répète” (après tout, Tardi, Franquin, Pratt etc…). Mes réticences vont plutôt sur les probables problèmes de rapport dessin/​discours qu’il va rencon­trer en propo­sant de jeunes gens très beaux avec des thèmes ”quoti­diens”. Bon, le cinéma est plein de ce genre de choses – et même le plus intel­lec­tuel, genre Antonio­ni (au fait, Raymond, quand est-ce que tu nous fais un Grava­tar ?).

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