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Look up here, I’m in heaven

David Bowie est mort et j’avoue que, comme la plupart des personnes qui suivaient sa carrière, j’ai eu un peu de mal à le croire – au point de vérifier plusieurs fois les sources de l’infor­ma­tion pour être sûr que ce n’était pas une méchante rumeur.

David Bowie, c’est un des rares artistes pop/​rock/​ce que vous voulez dont j’ai acheté des albums couvrant toute la carrière et que je réécoute réguliè­re­ment. Vu mon âge, je ne l’ai vraiment décou­vert qu’avec l’album Let’s dance – soit disant peu appré­cié par les fans mais à quoi servent les fans à part se moquer d’eux ? Avant cette date, personne dans mon entou­rage n’écou­tait du Bowie et les critiques dans les vieux Métal Hurlant étaient sévères, se moquant sans vergogne de la ”Casta­fiore du rock” – leur goût les poussait plutôt vers le post-punk des Clash avec une nostal­gie Led Zeppe­lin. Bref 1983, un Bowie souriant en chemise et veste, le soleil d’Aus­tra­lie et une énergie dans l’esprit de l’époque et de mon adoles­cence. Un album qui me plaisait d’autant plus que le titre China Girl semblait être le seul morceau de toute l’His­toire de la pop/​rock à parler d’un person­nage asiatique.

Ce n’est qu’à Tahiti que j’ai écouté la première partie de carrière grâce au mari d’une collègue et sa collec­tion de vinyles. À partir de là, j’ai acheté réguliè­re­ment les nouveau­tés de sa plus mauvaise période jusqu’à l’incroyable 1. Outside, une espèce de concept album avec serial killer dont on attend toujours le 2. Inside – d’ailleurs je découvre les vidéos que je n’avais jamais vues aupara­vant. C’est un vrai coup de cœur qui va m’inci­ter à m’inté­res­ser à ses albums plus expéri­men­taux et une période que je ne connais­sais pas encore – Station to Station, Low ou Lodger.

Earth­ling va être le dernier album de Bowie que j’acquiers – et que je conti­nue à écouter avec plaisir. Même son retour ultra­mé­dia­ti­sé The Next Day ne va pas me convaincre totale­ment.

Finale­ment, son ultime opus – de son vivant – Darks­tar réveille ma curio­si­té et mon excita­tion… et l’annonce de sa mort douche mon envie de le suivre à nouveau.

En général, ma consom­ma­tion de musique tourné autour de nouveau­tés – nouveaux groupes, nouveaux sons – et si Bowie fait partie de mon panthéon person­nel, ce n’est pas seule­ment pour ses quali­tés d’écri­tures mais aussi son besoin de recherche perma­nente, sa capaci­té à se réinven­ter et à créer la surprise. Je l’ai toujours associé incons­ciem­ment à Moebius dans la liste des artistes jamais en paix et qui réussissent à se remettre en cause, à trouver du plaisir dans une carrière fleuve. Et il faut saluer le fait qu’il n’ait jamais réali­sé de film cinéma.

8 salopards, un film de Quentin Tarantino

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Je ne parle plus trop de western sur ce site depuis que mon grand projet a été refusé partout. Mais je conti­nue à en regar­der et puisque j’ai déjà chroni­qué les deux précé­dents films de Taran­ti­no, il semblait logique de dire un mot de ce huitième.
Les deux derniers opus de l’ami Quentin sont des westerns et on annonce une série western qu’il pilote­rait. On peut donc dire que c’est devenu son genre de prédi­lec­tion.

Atten­tion, spoils à venir. Évitez de lire la suite si vous comptez voir le film.
Les critiques et commen­ta­teurs ne sont pas très chauds sur ce film, accusé de ressem­bler un peu trop à ce qu’a déjà réali­sé Taran­ti­no. C’est vrai que ce 8 salopards est construit un peu comme son tout premier Reser­voir Dogs : une bande de crapules se retrouvent bloqués dans un magasin en pleine tempête de blizzard.
Kurt Russell est un chasseur de prime qui convoie Jenni­fer Jason Leigh dans une diligence menacée par le blizzard. En chemin, il ramasse Samuel L. Jackson, un autre chasseur de primes noir et Walton Goggins, le futur shériff de Red Rock, vers laquelle tout ce petit monde se dirige. Mais la tempête les oblige à faire halte au relais de Minnie Mink – Dana Gourrier – où les accueille un Mexicain du nom de Bob – Demián Bichir – et d’autres passa­gers d’une précé­dente diligence. Rapide­ment, le ton va monter d’autant plus que le person­nage de Kurt Russell soupçonne qu’un ou plusieurs person­nages cherchent à faire évader sa prison­nière.

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Comme souvent chez Taran­ti­no, je me suis un peu ennuyé au début du film, qui se met en place tranquille­ment jusqu’à l’arri­vée au relais. Si les person­nages parlent beaucoup, leurs dialogues sont moins étince­lants – ou décalés – que pour ses premiers films (j’ai revu il y a peu Pulp Fiction) et plus utili­taires. Mais le langage reste un élément impor­tant – divers accents sont utili­sés donc il vaut mieux le voir en VOST – qui déclenche réguliè­re­ment l’action. À remar­quer qu’il y a un person­nage quasi muet pour une grande partie du film : Daisy Domergue inter­pré­tée par l’excel­lente Jenni­fer Jason Leigh en salope qui n’a pas froid aux yeux.

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Si le film m’a beaucoup plu au final, c’est pour sa construc­tion. Taran­ti­no met en place ses chapitres avec brio et se permet un magni­fique flash-back qui souligne intel­li­gem­ment la violence des person­nages.
En plus, j’aime beaucoup son approche du western. Tradi­tion­nel­le­ment utili­sé comme support mytho­lo­gique états-unien, Taran­ti­no le place dans une vision histo­rique (une même approche que celle de Sergio Leone) – les rapports Noirs/​Blancs en pivot comme pour Django Unchai­ned – en propo­sant des person­nages marqués par la guerre de Séces­sion (où ils se sont tous compor­tés en salopards). C’est cette vision pessi­miste de l’Amé­rique qui donne son sel au film – l’esprit de famille est morti­fère, les héros sont des brutes et la Nation n’est en rien unifiée. Et un film qui finit sur deux agoni­sants hilares à la vue d’une pendue qui danse est telle­ment inatten­due dans le cinéma moderne qu’on peut consi­dé­rer que cette scène justi­fie large­ment la vision du film.
Finale­ment, le film est mieux construit et plus excitant que Django (il évite le piège du héros positif) mais il risque de ne toujours pas plaire aux ”fans” qui se sont arrêtés à Kill Bill. Mais à quoi ça sert, un ”fan” ?

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13 commentaires

  • Excellent article sur Bowie. Perso je suis devenu accro bien tard, avec Outside, mais les nombreux singles avaient quand même retenu mon atten­tion (Space Oddity, Starman, Let’s Dance, … les classiques quoi !!). Darks­tar aussi marque­ra les esprits.

  • Quant aux 8 salopards, la lenteur de la mise en place est large­ment compen­sée par l’extra­or­di­naire dernière 1/​2h de dénoue­ment. De plus, j’adore l’humour taran­ti­nesque.

  • Je suis en train de me réécou­ter sa disco­gra­phie, et le nombre de morceaux remar­quables est impres­sion­nant, sans compter son avant-gardisme perpé­tuel (sauf dans les années 80…). Un grand artiste.

    J’ai bien aimé ”Les huit salopards”, bien que trop long, mais ces dialogues, même longs j’adore ! Les acteurs s’amusent (cabotinent même un peu (Tim Roth fait du Chris­toph Waltz…) mais c’est Taran­ti­no, toujours un peu dans l’excès !), et ça fonctionne à l’écran. Mais c’est quand même un peu long, et les enjeux sont un peu faiblards.
    Et la musique de Morri­cone m’a paru totale­ment trans­pa­rente, c’est étrange…

    • Je me suis deman­dé si le rôle n’a pas été écrit pour Waltz d’ailleurs. Je me suis deman­dé si c’était une nouvelle musique ou des ”samples”. Il manque en effet les petits gris gris des Leone.

      Bowie a sûrement dû influen­cer la New Wave SF des années 60/​70 :-) Ou vice versa.

  • Bel hommage au person­nage qu’était Bowie.Comme l’étrange mécanique de préci­sion de la mort d’un personnage.Quel adieu,aussi.Il y avait un peu de ça chez Freddie Mercury,dans une ultime sortie,et le goût du ”mauvais genre” assumé.

  • 8 :
    Sorti de la projec­tion de huit salopards, qu’il me faudra revoir (assou­pis­se­ment réel de votre servi­teur au début du film).
    Restent des images fortes liées au pitto­resque du western ; Le christ ennei­gé du début, les chapeaux, les pilosi­tés, les bacchantes, fourrures, les uniformes, les gants, les flingues.
    Les acteurs sont excel­lents, comme toujours.
    Contrai­re­ment à ton avis, le manichéisme de Django enchai­ned m’à manqué :
    Les person­nages étants tous de beaux salopards (logique…) ou étant rapide­ment zigouillés, je trouve qu’on s’implique émotio­nel­lemnt moins dans ce genre de film

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