Rubber, un film qui ne tourne pas rond de Quentin Dupieux

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J’ai regardé hier soir Rubber de Quentin Dupieux, connu sous le nom de Mr Oizo dans le monde musical. Il me semble avoir tenté de regarder Steack, un autre de ses films, sans en être trop sûr mais le résumé de Rubber était trop motivant: « le meilleur film de pneu serial killer ». Haut la main.

Dupieux commence à être apprécié par une frange intello/barrée avec ses films à l’humour déroutant tendance troisième degré et construit vaillamment une espèce de filmographie improbable. Rubber est un film de serial killer avec des spectateurs dedans. Après une introduction où un shériff nous explique que le film est basé sur le « no reason », des spectateurs s’installent dans le désert avec des jumelles braquées sur l’horizon pour regarder un film justement. Un gamin dit « j’espère que ça ne va pas être chiant » et c’est le moment qu’a choisi mon fiston pour reprendre sa partie de Risen. Je me suis retrouvé tout seul avec mon fer à repasser – j’ai pensé que c’était un bon film pour repasser – et sans mes chemises, j’aurai peut-être lâché l’affaire moi-aussi.

Un vieux pneu sort de sa léthargie et commence à écraser tout ce qu’il croise jusqu’à ce qu’il coince sur une bouteille en verre. Mais en se concentrant, il arrive à la faire exploser ! C’est de la télépathie ! « Non, de la psychokinèsie. » rétorque un des spectateurs.
Le pneu croise la route d’une brune délicieuse (Roxanne Mesquida) qui échappe à la mort sans le savoir et la retrouve dans un vieux motel – il joue au voyeur ce sale pneu pervers. Un ado découvre que le pneu est doué de vie et l’auteur de crimes atroces – il fait exploser la tête des gens en se concentrant – mais personne ne le croit, surtout pas le shériff qui pense d’ailleurs que le film est terminé (non, je n’expliquerai pas cette phrase).

C’est donc un film gentiment barré mais j’ai accroché jusqu’au bout – « Je veux voir comment ça continue », dixit un des spectateurs. Comme ça fonctionne sur les clins d’œil et la distanciation, on ne peut pas parler réellement de scénario. Il y a peu de gags et ça tient sur les acteurs et la curiosité.

Difficile de dire si c’est à voir absolument. C’est plutôt bien filmé – pour ce que j’en sais – et les acteurs quasi tous US dans un décor désertique donnent un vernis de réalité pas déplaisant. Mais malgré l’étrangeté de la chose, on ne peut pas vraiment parler de scènes cultes ou d’interprètes qu’il faut absolument voir – d’ailleurs Robert qui joue le pneu à un physique passe-partout. Il manque peut-être un grain de folie réelle et dangereuse pour en faire un truc incontournable – et le rythme est assez lent, ce qui n’aide pas. C’est un film plus rigolo à raconter qu’à regarder. Mais c’est aussi un film intéressant si on écrit des histoires parce qu’il y a une recherche de liberté narrative que l’on croise très rarement au cinéma – plus en BD tendance Jade/Winshluss.




  • 7 commentaires

    • Tororo dit :

      Bon mais concrètement, dans le top 10 des films de pneus serial killers, il se situerait où? (à peu près).

    • jérôme dit :

      Je suis toujours assez sceptique devant les films de Quentin Dupieux (j’ai vu ses 4 premiers longs-métrages, finalement). Comme ça marche toujours sur le clin d’œil et la distanciation potache, au final on se demande si ça valait bien le coup de voir un film qui te répète lui-même qu’il ne sert à rien.

      • Li-An dit :

        Tu as quand même vu les quatre :-) L’inutilité revendiquée est devenue tellement rare – cf. les slogans des intermittents du spectacle – que c’en est touchant. Mais je ne sais pas si j’aurai le courage d’en visionner d’autres – le rythme est assez lent.

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