Robin des Bois de Ridley Scott

affiche robin des bois ridley scott Voilà un film qui a priori ne me disait trop rien. Si Gladiator du même Ridley Scott avait été intéressant à voir, le côté un peu lourdingue des conflits politiques m’avait gavé sans compter la mise en scène très musclée. Mais une critique dans Télérama (mon numéro de Première est arrivé trop tard mais était tout aussi enthousiaste) finit par me convaincre. J’étais curieux de voir un Moyen Âge reconstitué de manière crédible (d’après les critiques).
Ça commence très bien. Une Marianne énergique tente de s’opposer à une bande de gamins/rôdeurs qui viennent lui voler la récolte. Deuxième séquence avec un siège de château par Richard Coeur de Lion décrit comme une grande gueule aux abois et criminel de guerre qui … meurt. Tout le monde connait la légende de Robin des Bois: Robin lutte aux côtés des paysans anglo-saxons contre le shériff et les nobles d’origine Normande soutenus par le méchant Prince Jean en attendant le retour de Richard Coeur de Lion qui saura faire justice. Si Richard est mort d’entrée, on échappe à la légende ! En effet, Robin est un pauvre orphelin, simple archer dans l’armée du Roi, qui se fait passer pour Robert de Nottingham pour rentrer plus vite en Angleterre. Arrivé là-bas, le vieux seigneur de Nottingham lui propose de prendre la place de son fils Robert pour que les terres ne soient pas confisquées par la royauté et que Marianne, sa belle fille, puisse les conserver. Voilà donc Robin déjà marié sans l’être à Marianne ! Pour l’instant, tout roule. Les décors sont très bons, la vie de l’époque est sympathiquement reconstituée. Si Richard est mort d’entrée, on échappe à la légende…
Mais un traître, ami félon du Prince Jean, a décidé d’aider le Roi de France à envahir l’Angleterre et ravage le Nord du Pays avec des soudards français débarqués nuitamment. Les Barons anglais décident de marcher contre Jean sans Terre avec l’aide de Robin qui a découvert entre temps qu’il est le fils du créateur de la Magna Carta, charte visant à restreindre les privilèges royaux et ancêtre des constitutions démocratiques. Vaguement vexé d’être paumé (comment ça les Français envahissent l’Angleterre ???), je décroche de l’histoire qui se résument à des coups d’épées et le point d’orgue du film, le débarquement français repoussé par l’ensemble des Anglais me donne envie de sortir de la salle (sauf qu’elle est pleine à craquer et que je n’ai pas envie de déranger les gens).
Les nombreuses interviews données par Ridley Scott et son acteur Russel Crowe tournent autour de l’idée que les précédents Robin des Bois étaient de ridicules pantalonnades et que leur film à eux, c’est du sérieux. Sauf que… En y réfléchissant à deux fois, j’ai eu l’impression qu’il y avait plusieurs scénarios mélangés. Un tour sur Wikipedia confirme les problèmes des différentes versions, comment on est passé d’un film centré autour d’un shériff de Nottingham gentil à une ode à la démocratie et au boutage des Français hors d’Angleterre. La toute première scène est symptomatique: une Marianne échevelée, un gamin inquiétant affublé d’un masque, cette scène d’ouverture n’a pas vraiment de suivi. Les gamins en question, des orphelins qui rôdent dans les bois en quête de mauvais coups apparaissent de manière très sporadiques, sauvent Marianne du feu (on ne sait pas trop pourquoi) et finissent à la bataille finale montés sur des poneys (!). On en voit un qui se bat comme un ninja contre un soldat lourdement armé (re !). Les personnages secondaires sont eux-mêmes écrasés par le duo Marianne/Robin. Le shériff est inexistant, frère Tuck élève des abeilles et boit des coups, les compagnons font surtout l’infanterie, le méchant est méchant. Cate Blanchett est très bien en femme de tête plus toute jeune qui fait tourner la boutique mais sa couleur de cheveux noire m’a fait demander pendant tout le film si c’était une vraie brune (j’ai un problème avec les couleurs des cheveux des actrices, je veux bien le reconnaître).
« Ouééé, on va faire comme dans Il faut sauver le soldat Ryan ! » Pour ce qui est de la réalité historique, la Magna Carta est du costaud et je découvre que Louis VIII de France a bien envahi l’Angleterre à l’aide de barges. Sauf qu’il a réussi son coup et a occupé tout le sud de l’Angleterre, soutenu… par les barons anglais rebelles ! Ceux-là même que l’on voit dans le film défendre la mère patrie… Je tiens à rappeler qu’à l’époque, l’Angleterre possédait elle-même de nombreux territoires sur le territoire géographique français, ce qui n’est jamais abordé une seule fois dans le film !
J’aurai pu gober toute cette embrouille si le personnage de Robin n’était pas taillé pour le public américain: défenseur de la démocratie, proche de la Nature et résistant aux envahisseurs. La bataille finale m’a définitivement achevé. Il y a eu un producteur qui a lu le scénario et qui comme moi a pensé « les Français débarquent en Angleterre, c’est vrai ? ». Sauf qu’il a rajouté aussi sec après: « Ouééé, on va faire comme dans Il faut sauver le soldat Ryan ! ». Et c’est comme le débarquement en Normandie du film de Spielberg avec les mêmes plans: des soldats lourdement armés qui se noient dans l’eau pendant que les balles des mitrailleuses boches traversent les eaux. Ah non, là c’est les flèches anglaises, sorry. La bataille en elle-même n’a aucun intérêt: Marianne s’est fait tricoter une armure pendant la nuit et vient donner des coups d’épées, les gamins font les ninjas et Philippe Auguste pousse de gros soupirs et je le comprends.
À la fin, tout le monde se retrouve dans la forêt de Sherwood car c’est maintenant que commence la légende (il parait que Scott est partant pour une suite) !

Tout ça me donne envie de revoir le dessin animé, bien plus rigolo et mieux écrit ma foi.

Wikipedia complètera votre culture défaillante sur la période:




  • Auteur de BD et bavard impénitent | Contact | Bio/Biblio | Dernier album: La revanche du grand singe blanc (Vents d'Ouest - 2013).

    2 commentaires

    • Répondre juin 12, 2010

      denis

      Ah ah ! Moi aussi je me suis fait piéger par Télérama ;-)
      Pour ma part, je préfère la version en collants verts avec Errol Flynn, qui a autrement plus de classe que le lourdaud Russel Crowe :-)

    • Répondre juin 12, 2010

      Li-An

      Oui, l’équipe de Scott passe son temps à se moquer des bas de Robin, comme les critiques d’ailleurs, mais ils avaient plus de classe que ce look cuir.

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