Spirou et les femmes

Fantasio se marie (Benoît Feroumont – Dupuis)

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Dupuis continue sa politique de coercition des talents avec un nouvel album unique signé Feroumont consacré au personnage maison Spirou. Malgré ma haine déclarée envers ce marketing effréné, j’avoue que j’étais curieux de voir ce qu’il pouvait en tirer. Éh bien, un album 100% féministe.

Fantasio a rencontré la femme de sa vie, Clothilde, l’unique fille de la très puissante Suzanne Gallantine qui règne sur un empire de presse féminin. Comme il va s’installer chez sa promise et qu’il a d’importants détails à régler (la couleur du futur canapé), une place se libère pour Seccotine qui décide de devenir la compagne d’aventure du vieux Spirou un peu dépassé par les nouvelles technologies et dont la déco tendance Franquinienne mériterait un dépoussiérage.
Pendant ce temps, une voleuse s’empare d’un tiers d’un collier précieux aux pouvoirs magiques qui permettent de rajeunir. Entre défilé de mode et accouchement, Seccotine et Spirou traquent la voleuse.

L’enquête est elle-même est assez gentille et l’élément fantastique peut gêner certains lecteurs mais, finalement, c’est à un autre niveau que la lecture mérite le détour.

Comme je l’ai dit, c’est un album « féministe » voire féminin. C’est qu’à part Spirou et Fantasio, il n’y a AUCUN personnage masculin. Tous les personnages sont des femmes.
De plus, Feroumont s’est amusé à aborder le maximum de thèmes dits « féminins »: mode, beauté/rondeurs, mariage, accouchement, peur du vieillissement… Si Fantasio et Spirou sont un peu dépassés, les filles assurent et Seccotine passe de la course poursuite en moto au défilé de mode tout naturellement – et l’utilisation des objets numériques n’a pas de secret pour elle.
J’ai été un peu surpris de la fin de l’histoire – les « méchantes » s’en sortent avec la bénédiction de Spirou – jusqu’à ce que je me rappelle d’un truc. Si il y a bien des gens qui profitent de l’éternelle jeunesse, ce sont les personnages de BD et Spirou en est le meilleur exemple.

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Le travail visuel de Feroumont est à la hauteur avec des designs de personnages très cool – Spirou a rarement été aussi vivant – mais je ne suis pas conquis entièrement. La faute à des dialogues surexplicatifs où on nous explique bien tout ce qui se passe, ce qui donne l’impression que les gamins lecteurs sont moins intelligents qu’avant. Et il y a évidemment une absence de taille: le désir. Les relations amoureuses de Fantasio et sa future sont sur le mode bêta et si Spirou est un peu gêné par la cohabitation avec Seccotine, visiblement il est toujours autant privé d’érection…




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    8 commentaires

    • J’ai beaucoup,beaucoup aimé;tout en me triturant le ciboulot,idiotement: pourquoi tant de « Spirou »…
      et désormais des Lucky Luke,Chlorophylle,et autres labellisés « vu par ».
      C’étaient pas des « auteurs »,avant?
      Et quand laisserons reposer ces chers vieux machins?(je ronchonne)

      • Ils ne laisseront pas: ce sont des commerciaux. Il faut imaginer ça comme les super-héros US déclinés à l’infini pour faire tourner la machine à fric…

    • Je pense que le vrai Spirou modernisé, c’était Lapinot. Un héros qui vit des aventures mais qui ne vit pas dans une bulle, qui a une vraie vie sociale crédible. Là, avec les Spirou récents, quels qu’ils soient, on est toujours dans un entre-deux, jouant la carte de la modernisation mais toujours sur le mode du clin d’œil, en mettant en évidence le côté rétro ou vieux garçon du personnage etc. Est-ce que ça défriserait vraiment le lectorat de voir Spirou en couple ? ça me paraît assez étrange, ce tabou.

      • J’imagine que ça correspond aussi au public visé – des préados. Sauf que l’on créerait plus de tel personnage pour viser un tel public…

        • C’est d’autant plus bizarre que la sexualité chez les ados est abordée dans le magazine Spirou dans la série « Tamara » par exemple. Je ne demande pas des scènes de cul façon Lastman mais qu’on sorte de cette vision un peu blagueuse du Spirou boy-scout paumé au 21ème siècle, ça ne mène à rien et ça ne parle à personne.

          • Je suis sûr que ça parle bien aux « vieux collectionneurs belges ». Reste à voir si les ventes suivent – parce que c’est surtout ça qui compte, hein…

            • Ben j’ai pas les chiffres mais toute l’histoire des « Spirou par » c’était pas une idée pour contrer l’érosion des ventes de la série-mère ?

              • C’est une idée pour exploiter une licence et ne pas trop dépendre du bon vouloir des auteurs de la série principale – Tome et Janry avait plus ou moins laisser tomber le Spirou pour se concentrer sur le Petit Spirou sans que l’éditeur puisse agir là-dessus.

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